DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
tion et la base de tout bon raisonnement déductif. On ne saurait, à notre avis, trop insister sur ce point.
Troisième propriété. On peut, avec les éléments du syllogisme, faire une démonstration circulaire ( xùxXtp Setxvtweai) des trois propositions qui le composent, c'est-à-dire que tour à tour chaque prémisse peut devenir conclusion , et que la conclusion devient alors tantôt majeure tantôt mineure. Le peu d'utilité de cette propriété nous engage à passer sous silence l'application qu'Aristote en fait minutieusement à tous les modes de toutes les figures.
Quatrième propriété. Nous en dirons autant d'une quatrième propriété , qu'Aristote appelle conversion du syllogisme , et que les Scolastiques ont appelée obversion, pour la distinguer de la conversion des propositions. Elle consiste à changer la conclusion en son opposée contradictoire ou contraire, à retenir l'une des prémisses telle qu'elle est, et avec ces éléments à détruire l'autre prémisse dans une conclusion nouvelle qui lui est opposée.
Cinquième propriété. Un syllogisme peut prouver sa conclusion par la réduction à l'absurde. (Cf., p. 288, note (**)).
Sixième propriété. Quelques syllogismes peuvent conclure quand leurs prémisses sont opposées l'une à l'autre; mais avec des prémisses opposées, on ne doit jamais conclure que le faux , car la conclusion ainsi obtenue nie toujours son propre sujet; au reste, ce genre de conclusion n'est guère en usage que parmi les sophistes.
266. 6° Défauts du syllogisme. — Après ce qui précède sur les formes du syllogisme et les propriétés qui résultent de ces formes, Aristote n'a plus à traiter des défauts qui peuvent affecter la forme du syllogisme , mais bien de ceux qui peuvent- affecter le fond même de la pensée mise en syllogisme et s'opposer à une conclusion vraie, bien qu'elle puisse être encore régulière.
Le premier (ch. 16) consiste à prendre pour principe de démonstration la chose même qui est à démontrer tô èv dpxfi alteweai xcd'Xay.êàvetv. Par exemple, démontrer le parallélisme des lignes droites en s'appuyant sur des données indémontrables sans les parallèles elles-mêmes. On a donné à ce sophisme le nom de pclitio principii, pétition de principe, et celui de cercle vicieux.
Un autre défaut du syllogisme consiste à conclure le faux sans que cette fausseté touche à la question, tô pflj irâpâc toûto ré(i6a£vsiv <];£û8oç. Comme si par exemple, pour prouver que le diamètre est incommensurable, on prouvait, suivant l'idée de Zenon, que le mouvement est impossible; ce qui, en résumé, consiste à prendre pour cause ce qui ne l'est pas, t6 pjj aïxiov, wç aï-ciov, Non causa pro musa, comme on disait dans l'École (ch. 17).
Les chapitres qui terminent cette partie, renferment moins l'exposé de défauts particuliers aux syllogismes que des conseils généraux pour diriger la pensée dans la discussion ; ainsi , ne point laisser s'introduire de prémisses fausses (ch. 18) , ni accorder des prémisses qui tourneraient contre soi (ch. 19), ni se contredire soi-même (ch. 20), etc. (Cf. Log. frad.de M. Barth.Saint-Hilairc, notes de ces chapitres (*).
267. 7° Des divers raisonnements comme réductibles au syllogisme. — Aristote termine sa théorie du syllogisme par l'examen des diverses formes de raisonnements , autres que le syllogisme, mais qui toutes s'y ramènent nécessairement; il en trouve cinq : l'induction, l'exemple, l'abduction, l'objection, l'enthymème.
Nous avons parlé des deux premières (228 et 229), etnousavons essayé de faire voir qu'elles diffèrent essentiellement du syllogisme ou argument déductif. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous en avons dit. Les trois autres ne paraissent point constituer des espèces particulières de raisonnement, ni même apporter de nouvelles nuances dans la composition du syllogisme. Ainsi ,
(*) La dernière partie de YOrganon (Arguments des sophistes ), Trsplxwv o ocf taxixtôv èXéyxwv , contient une énumération des divers sophismes ou ressources employées par les sophistes pour induire leur adversaire en erreur : nous la donnerons ici afin de compléter ce sujet sur lequel nous n'aurons plus à revenir.
Les sophismes sont de deux sortes : les uns ont leur source dans les mois; les autres, en dehors des mots, dans la pe;.sée elle-même.
Les premiers sont : l'homonymie , l'amphibologie, les fautes d'accent , la forme du mot, la composition, la division. Les quatre premiers se réduisent à l'ambiguïté de mots dont nous avons vu des exemples (234) , e* le cinquième et le sixième à ce qu'on appelle ordinairement la confusion du sens divisé et du sens composé, et vice versa. Gomme : Use peut qu'un homme assis marche ; ce qui ne veut pas direqu'î'J marche en restant assis ( sens composé ) , mais que Y homme assis actuellement pourrait marcher (sens divisé), etc.
Les sophismes en dehors des mots sont au nombre de sept , et se rapportent : 1° à l'accident; 2° à l'absolu ou non absolu; 3° à l'ignorance du point à établir; k° à la conséquence; 5° à la pétition de principe; 6° à la cause qui n'est pas cause , et 7° à la réunion de plusieurs questions en une seule.
1° Accident, -rocpà t6 <7uu,6£6-r)x6ç, fallacia accidentis ; ce qui consiste à tirer une conclusion sans restriction d'un principe qui n'est vrai que par accident : Coriscus est autre que Socratc : Socfate est un homme; donc Coriscus est autre chose qu'un homme;
2° Absolu et non absolu, T& à-Xwç ^ ai) âTzkCoc , àX>à irr, , r, itou, •% rarcfe ,