‹ Traité de logique;Chapitre 155 sur 228 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II

L'abduction (à^ayùiYTi) n'est qu'un syllogisme dont la majeure est de toute évidence, mais dont la mineure, moins évidente, a besoin d'être prouvée.

L'objection ( èvaxaaCç , instantia des Scolastiques ) n'est qu'un syllogisme par lequel on cherche à démontrer une proposition contraire à une autre proposition, et qui n'a que ce caractère particulier d'être précédée de la proposition à laquelle la conclusion doit être opposée.

L'enthymème n'est qu'un syllogisme ordinaire , mais formé de propositions tirées du vraisemblable ( è£j elxdxwv ) ou de signes ( èx a7){xe(tov ) et non pas du vrai. Ordinairement on n'y exprime qu'une seule des deux prémisses , mais ce n'est là , suivant Aristote, qu'un caractère accidentel commun à d'autres raisonnements; le caractère vrai de l'enthymème est de se fonder pour conclure sur la vraisemblance ou sur le signe de la chose qui est conclue. Ce caractère accidentel est devenu pour nous le caractère essentiel d'un argument, appelé du nom d'enthymème, qui se trouve ainsi détourné de sa signification aristotélique.

■f\ itpdç xi XéYEaôat, , transitus à dicto secundùm quid , ad dictum simpliciter; c'est tirer de ce qui est vrai relativement une conséquence que l'on prendrait pour vraie absolument : Tel est bon orateur; donc il est bon citoyen.

3° Ignorance du point à établir, xb nocpà xtjv xou è^év^ou àyvotav , ignorantia elenchi , qu'il serait plus rationnel d'appeler la déviation ou le détournement du sujet. On n'en voit que trop d'exemples dans les débats ordinaires , quand l'ignorance s'efforce de prouver ce qui est étranger à la question, ou que la passion et la mauvaise foi attribuent à un adversaire ce qui est éloigné de son sentiment, pour le combattre avec plus d'avantage.

lx° La pétition de principe. Déjà exposée.

5° Le sophisme relatif à la conséquence, xb irapà xb ê7co'jjievov, consiste à regarder la consécution de deux choses comme réciproque quand elle ne l'est pas. Par exemple : Quand il a plu , la terre est mouillée ; or la terre est mouillée , donc il a plu.

6° Cause non cause. Déjà exposé.

7° Réunion de plusieurs questions en une seule , xb irapà xô xà T&efco èpoL>xïi[J.axa* ëv itoieîv. Par exemple, si, de plusieurs choses bonnes ou mauvaises , on demande , en les réunissant , sont-elles bonnes ou ne le sont-elles pas ? De quelque façon qu'on réponde, on paraîtra se tromper et se réfuter soi-même sur l'ensemble. C'est là un des pièges les plus familiers aux sophistes.

Ces divers sophismes sont encore cités presque tous dans la plupart des logiques et sous les mêmes dénominations : on pourrait cependant les considérer comme des variétés du quatrième , l'ignorance du point à établir , ainsi qu'Aristote le fait lui-même observer ( Argum. des soph^ ch. G ).

268. Telle est en son résumé , la théorie complète du syllogisme tracée par Aristote dans ses Premières analytiques. Si la logique d'Aristote est incomplète quant à l'acquisition des principes ou à la partie inductive , ainsi qu'il est facile de le voir par les reproches que lui ont adressés tous les grands représentants de la philosophie moderne , et par une lecture attentive de son œuvre , si elle se rapporte moins à l'art de diriger son intelligence et de chercher la vérité pour soi-même, qu'à celui de l'exprimer et de la développer au moyen de la parole, et si par une suite nécessaire sa théorie du syllogisme se rapporte plus à la forme qu'au fond, on est au moins forcé de convenir qu'elle est sous ce rapport complète au suprême degré (*). On peut voir par cet exposé, tout rapide qu'il est, combien de points de vue elle embrasse, comment elle s'enchaîne dans ses diverses parties, et quelles difficultés elle présente; mais on peut voir aussi quelle en est l'abondance et surtout l'incomparable sagacité. Dans une matière toute neuve , Aristote n'a rien omis ; il a tout prévu , tout classé , et n'a voulu rien laisser à ses successeurs. Or, quand une fois une théorie est ainsi complète, son histoire est presque en même temps terminée , puisque tout doit se réduire , soit à des commentaires et des simplifications , soit à quelques attaques impuissantes. Ainsi en est-il de la théorie du. syllogisme d'Aristote; tous Êes efforts tentés depuis lui, sont parvenus moins à y ajouter quelque chose qu'à en modifier ou à en éclaircir les détails.

269. Ainsi Théophraste prétendit ajouter cinq modes indirects aux quatre modes de la première figure reconnus par Aristote, ainsi que nous l'apprend Alexandre d'Aphrodise {Comment, sur les Prem. ànalyt., p. 48); et Apulée (De hab.doctr. Plat., liv. III J; car les ouvrages logiques de Théophraste sont perdus. Il paraît encore que plus tard , Galien fit des cinq modes indirects de Théophraste , une quatrième figure ; c'est du moins ce qui résulte du témoignage d'Averroès, puisque les travaux logiques de Galion pt rirent dans l'incendie du temple de la Paix. Mais il y a lieu de croire que ce ne fut ni par ignorance, ni par distraction, qu'Aristote omit cotte quatrième figure, attendu que lui-même indique ces modes indirects au chap.7,duliv. T,des Prem. analyt.{Cf. latrad. de M. Barth. Saint-Iîilaire, p. 34. J; mais bien plutôt parce que

(*) C'est une justice que Bacon lui-même a rendue à Aristote. « In analy- » ticâ nihil desiderari reperimus; (juin potiùs oncratur superfluis, quàm in- » diget accessionihus. (De aug., liv. V, ch. Zi, § /j, et plus bas, § 0 : Pars » de elenchis sophismatum pracclarè tractata est ab Aristolclc quoad prae- » cepta ; etiam à Platone adhuc meliùs quoad exempla. »

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