DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
ne considérant que les figures vraies et usuelles du syllogisme, il n'avait pas cru devoir y comprendre une figure bâtarde, presque sans usage , et dont les modes convenablement exprimés rentrent dans la première figure.
Voici d'ailleurs en quoi consiste cette figure : Ainsi qu'on se le rappelle, c'est la position du moyen qui constitue les figures, et cette position ne peut subir que trois variations : 1° ou entre les deux termes, commesujet et attribut ; 2° ou après les deux, comme attribut ; 3° ou avant les deux, comme sujet. Mais dans la première figure , où le moyen est entre les deux termes , il peut se présenter deux cas : d'abord, le moyen est sujet de la majeure et attribut de la mineure, ou bien il est attribut de la majeure et sujet de la mineure. Ce second cas est ce qu'on a appelé la quatrième figure de Galien, Galenica figura ; laquelle renferme cinq modes, deux affîrmatifs particuliers et trois négatifs, dont un universel etdeux particuliers. Mais comme celte figure est peu naturelle, et que la position du moyen est réellement la même que dans la première figure, on a le plus souvent préféré considérer ses cinq modes comme des modes indirects de la première figure, qui a ainsi neuf modes, quatre directs et cinq indirects.
A part cette prétendue addition de Théophraste et de Galien, on ne trouve plus rien de semblable dans la foule des commentateurs grecs et des commentateurs latins qui adoptèrent aveuglément tous les principes dethéoried'Aristote,etnepensèrentqu'àenéclaircir les obscurités et à aplanir aux élèves les difficultés de l'étude.
Quand plus tard des sociétés nouvelles furent élevées sur les débris de l'ancienne, que la philosophie fut remplacée par les principes théologiques et que tous les problèmes autrefois résolus par la réflexion et la science le furent par l'autorité religieuse, qu'il ne fut plus dès lors permis de chercher et d'inventer, et qu'il ne restait plus qu'à développer ou à conclure, la théorie de la déduction parut plus nécessaire que jamais. Aussi la logique d'Aristote jouit d'une faveur immense : YOrganon devint le seul code de la pensée. Chez les Arabes qui l'appliquaient au Coran, comme dans l'église chrétienne qui l'appliquait à la Bible età l'Évangile, on ne songea plus qu'à répandre la théorie d'Aristote, à la traduire dans toutes les langues en usage parmi les savants, à la commenter, et à l'élaborer dans ses moindres détails.
La théorie du syllogisme fut donc regardée comme complète et comme achevée. Mais si cette théorie est complète en ce sens qu'elle épuise l'examen de toutes les formes syllogistiques possibles, il faut au moins convenir qu'elle est d'une longueur qui la
rend horriblement difficile à retenir. La simplicité n'est le premier résultat d'aucun travail, et rarement le même homme a la gloire d'inventer et de simplifier. Aussi , comme Aristote fut le premier à vouloir fonder l'art de raisonner sur l'observation du langage, et, qu'en tout, il faut avoir examiné une grande quantité de faits avant de trouver un petit nombre de lois ou de règles véritablement utiles, sa théorie s'obscurcit sous une multitude de détails minutieux , et elle n'est point suffisamment dominée (*) par des principes généraux qui , donnant la raison de chaque forme légitime, aident à se reconnaître au milieu de ce dédale de modes concluants , non-concluants , concluants par conversion. Cette difficulté fut sentie de bonne heure; et aux travaux des commentateurs qui avaient d'abord essayé d'éclaircir cette théorie et d'en classer les formes diverses et nombreuses , se joignirent plus tard des explications graphiques et l'emploi de lettres et de mots mnémoniques propres à représenter par leurs combinaisons , les divers modes dans leur quantité et leur qualité, à indiquer les conversions à faire, en un mot à faciliter par toute sorte de procédés, l'intelligence d'une théorie qui réclamait pour être bien comprise , une force d'attention plus qu'ordinaire.
270. L'emploi de divers dessins pour faciliter l'explication de la théorie d'Aristote paraît remonter aux Grecs eux-mêmes (**}. Le premier usage connu de lettres et de mots mnémoniques, se trouve dans YEpitome logicœ doctrinœ Aristoteles de Nicéphore Blemnidas , abréviateur grec, qui florissait vers la moitié du XIIIe siècle (1254), ce qui ne veut pas dire qu'il en soit linventeur. Pierre d'Espagne (mori en 1277, pape sous le nom de Jean XXI) , dans son manuel de logique (Summulœ logicales) , popularisa l'usage de ces lettres et de ces mots. Plus tard de semblables mots, destinés à fixer les règles du syllogisme, furent, comme ces règles ellesmêmes, disposés par les scolastiques en vers bizarres mais faciles à retenir, et en diverses formules barbares arrivées jusqu'à nous sans nom d'auteur (***).
(*) Mém. sur la iog.. par M. Barth. Saint-Hilaire, vol. II, p. 231.
(**) Cf. Mém. sur la log., par M. Barth. Saint-Hilaire, II, p. 339-341.
(***) L'ordre des dix catégories ayant paru difficile à retenir, on avait fait,
pour en faciliter le souvenir, le distique suivant :
1. Substance. 2. Quantité. 3. Qualité. 4. Relation. S. Action. C. Passion.
Arbor sex serras fervore réfrigérai us tas ;