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CHAPITRE IV

Se la discussion.

280. La discussion est encore de la conversation , c'est encore un enseignement réciproque et mutuel, mais dont l'objet est exclusivement scientifique ; c'est l'examen d'une vérité par deux ou plusieurs personnes d'opinions différentes qui , pour démontrer la vérité de leur opinion et la fausseté de l'opinion contraire , opposent des principes et des raisonnements les uns aux autres suivant des règles déterminées. La discussion diffère de la contradiction qui s'élève quelquefois dans la conversation, en ce que la contradiction indique seulement l'opposition des opinions, sans faire connaître quelles vérités déterminées on prend pour principe de démonstration. L'examen mutuel, sérieux et sincère de deux opinions différentes est la discussion ,• la vivacité et l'opiniâtreté à ne pas céder la changent en dispute; l'aigreur en altercation; les injures et la violence en querelle.

Les discussions sérieuses et sincères sont du plus heureux effet sur le développement de l'intelligence et la recherche de la vérité. En exerçant l'esprit, elles lui donnent de la vivacité , de la vigueur; elles suppléent à ce qu'il y a toujours de froid et de languissant dans l'étude privée et solitaire -, elles aiguisent l'invention , en nous forçant à chercher de tous côtés des arguments et des réponses. Les diverses oppositions qu'on nous fait, nous fournissant l'occasion de considérer un sujet sous tous ses rapports, font naître des vues qui peut-être sans

(*) Watts, Theright use ofreason^ ch. 9, trad. de 1762,

cela ne se seraient jamais offertes à nous , et en tous cas nous révèlent quelles obscurités et quelles difficultés peuvent se rencontrer dans notre opinion et s'opposer à son adoption. On devient donc par la discussion plus Imbile à distinguer l'erreur de la vérité, à confondre l'une et à défendre l'autre.

Mais il en est de la discussion comme de tous les moyens puissants : autant ils sont utiles quand leur emploi est légitime et réglé , autant ils deviennent nuisibles quand on en use mal. Si l'on oublie que le but de toute discussion doit être de faire cesser la divergence des opinions et de produire l'unanimité des jugements ; si l'on n'a d'autre but que de soutenir son opinion et de contredire celle des autres, l'exercice de la discussion nous rend , à l'égard d'autrui , audacieux , effrontés , insupportables même par notre obstination à soutenir tout ce que nous avançons, et, par rapport à nousmêmes , en nous habituant à nous trouver raison partout , à nous mettre au-dessus des raisons , il nous rend incapables de distinguer l'erreur de la vérité. C'est pour prévenir les malheureux effets du mauvais emploi d'un moyen puissant que nous proposons les conseils suivants :

281. 1° Examiner avant toute chose, d'un côté, si l'objet de la discussion présente quelque utilité réelle et pratique, et de l'autre, s'il n'est point au-dessus de la portée de l'intelligence humaine 5 car, dans l'un et l'autre cas , ce serait perdre son temps que de l'employer à discuter. On devra, de plus, examiner si l'assertion est de nature à pouvoir être vérifiée en la comparant aux principes que fournissent l'expérience et les lois nécessaires de la pensée, ou bien si elle repose simplement sur la disposition individuelle, les sentiments et les goûts de l'adversaire } car, dans ce cas, on ne peut la discuter.

282. 2° Si la question paraît digne d'être discutée et que nous soyons pourvus de tout ce qui est nécessaire pour l'examiner avec succès , commençons par rechercher si les asser-

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