DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IV
tions opposées ne sont pas exprimées en trop de termes , ou embarrassées d'idées qui ne sont pas nécessaires à la solution de la question • et , en ce cas , tâchons de les réduire aux termes indispensables les plus simples et les plus clairs. Si , pour donner plus de netteté et de brièveté à une question posée d'une manière obscure ou irrégulière, on est obligé de changer les termes ou de transporter les parties de l'énoncé , il faut , en le faisant , avoir le soin de ne point altérer le fond de la question. Tout homme qui cherche sincèrement la vérité dédaigne et méprise le petit artifice de ceux qui , en ajoutant ou faisant disparaître quelque terme, trouvent moyen de changer entièrement l'état de la question. Il suffît souvent, pour bien décider une question , de la proposer avec candeur et avec clarté. Telle personne , en posant la question d'une manière nette et précise, y répand plus de lumière qu'une autre qui discourrait confusément pendant des heures entières. Bien établir une question , ce n'est qu'en écarter ce qui n'y a point de rapport, en distinguer les différentes parties et les mettre dans l'ordre le plus convenable. Souvent il n'en faut pas davantage pour dissiper tous les doutes , et faire voir de quel côté se trouve la vérité.
En établissant la question, il importe encore de déterminer, par des explications franches et des définitions exactes , les termes et le sens des propositions que l'on discute , afin d'éviter les malentendus et les disputes sur des mots vides de sens. (Cf. P. R. , IIP part. , ch. 20, § 7.)
283. 3° La question posée, il convient de s'entendre avec son adversaire sur les principes par lesquels chacun soutient son assertion, et d'en constater avant tout la justesse. Le moyen le plus facile d'y parvenir, c'est la forme syllogistique rigoureuse qui oblige chacun d'énoncer les principes mômes qu'on croit inutile d'exposer dans la conversation ordinaire. Contenu dans de justes bornes, l'emploi de l'argument déductif en forme contribue à jeter de la clarté dans la discussion et souvent même dans la pensée de l'homme qui médite seul.
S'il n'est pas propre à ouvrir la route à de nouvelles vérités , il peut souvent prévenir l'erreur.
284. 4° C'est ici le lieu de citer et d'apprécier certains arguments , ou plutôt certains principes d'arguments, qu'il est assez fréquent de voir employer dans une discussion , pour entraîner autrui dans notre propre opinion , ou du moins pour le tenir dans une espèce de respect qui l'empêche de contredire.
Le premier oppose à l'opinion que l'on combat l'opinion tout à fait contraire, comme étant celle de personnes qui, par leur esprit , par leur savoir , par leur rang ou leur puissance , se sont fait un nom et ont établi leur réputation sur l'estime commune avec une certaine autorité. Comme il s'adresse à un sentiment de pudeur ou de modestie naturelle dont il semble qu'on ne saurait s'affranchir sans encourir quelque blâme , en contrecarrant les jugements de l'autorité ou de quelque savant docteur, ou de quelque fameux écrivain, Locke l'appelle argument ad verecundiam.
Le second consiste à exiger de l'adversaire qu'il admette la preuve et l'autorité mises en avant , ou qu'il en assigne de meilleures. Le même auteur l'appelle argument ad ignorantiam.
Le troisième consiste à mettre un homme en contradiction avec lui-même , en montrant que l'assertion qu'il combat est une conséquence de ses vues personnelles , ou des principes qu'il a émis, ou de l'approbation qu'il a faite des nôtres ( ex concessis)-, il est connu depuis longtemps sous le nom d'argument ad hominem, xàx' av6pw7iov.
Le quatrième s'appuie sur la droite raison, sur les lumières naturelles à tous les hommes sensés, ou, suivant l'expression de Locke, emploie des preuves tirées de quelqu'une des sources de la connaissance et de la probabilité. C'est, continue ce philosophe, l'argument ad judicium, et le seul de tous ces quatre qui soit accompagné d'une véritable instruction et qui nous avance dans le chemin de la connaissance. Car, 1' de ce