CHAPITRE II
Du scepticisme
307. Lapremière opinion, dite scepticisme (*) ou Pyrrhonisme (de Pyrrhon qui la professa en partie), n'a jamais été sérieusement et réellement adoptée par une intelligence humaine. Le doute qui en fait le fond est un doute factice et impuissant, qui naît et meurt enfermé dans les limites de l'imagination logique et ne pénètre jamais dans la réalité de la vie , ni môme dans la pratique scientifique. Aussi ceux qui le professent sontils dans une contradiction perpétuelle , se servant des sens pour affirmer leur doute sur la véracité des sens , du raisonnement pour démontrer que le raisonnement est illégitime, et de la mémoire pour se rappeler leur doute d'hier sur cette faculté et les raisons dont ils l'appuyaient. Cela vient de ce que l'homme ne peut, quoi qu'il fasse, se soustraire aux lois constitutives de son être, et que parmi celles-ci se trouve la nécessité de croire au témoignage de son intelligence sous ses diverses formes.
308. La cause générale de toute manifestation sceptique se trouve , nous l'avons déjà dit (306) , dans la vue des diverses
(*) Ce mot n'a pas toujours été pris en ce sens. On appela, dans le principe, axexTbcoç, tout philosophe qui prescrivait de suspendre son jugement et d'examiner, axé^To^ai ; puis on donna ce nom à ceux qui prétendaient que l'homme devait toujours douter, et suspendre son jugement.