‹ Traité de logique;Chapitre 186 sur 228 · PARTIE COMPLEMENTAIRE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE COMPLEMENTAIRE. CHAPITRE II

erreurs admises comme des vérités. Mais pour que cette cause fût légitime, il faudrait que la déception vînt de nos facultés elles-mêmes, et non de nous dans l'emploi que nous en faisons- Or, c'est précisément le contraire qui a lieu j l'intelligence a ses lois, chaque moyen de connaître est infaillible dans sa spécialité et dans sa portée, et on attribue à tort à l'intelligence les erreurs où l'on tombe faute de vouloir s'en servir conformément à ses lois. Nous allons essayer de justifier cette assertion; ce qui sera la réfutation du scepticisme partiel ou total.

Tout ce que nous connaissons ou percevons étant l'objet de la conscience, des sens, de la mémoire, de l'induction, de la déduction et de la raison, il s'ensuit que c'est la légitimité de ces moyens de connaître que nous devons examiner.

§ 1 . Dé la conscience.

309. La conscience ou sens intime est cette faculté au moyen de laquelle nous savons ce qui se passe en nous (*); sensations? perceptions, sentiments, opérations de toute espèce, émotions esthétiques ou morales , conception de notre destinée, en un mot, tous les faits qui ont lieu en nous, voilà son objet. La conscience n'est le principe d'aucune de nos facultés, mais elle est leur lumière à toutes, elle est leur condition suprême m Ce n'est pas parce que nous avons conscience de ce qui se passe en nous, qu'il se passe en nous quelque chose, mais ce qui s'y passe serait1 comme non avenu, s'il ne nous étaitattesté par la conscience. Un être ayant conscience est un être qui vit et se sait vivre, qui vit de telle façon et se sait vivre de telle façon. Ce qui ne veut pas dire que dans cet être toute l'existence soit accessible à la conscience : la circulation, la transformation et l'assimilation des aliments, la rénovation des or ganes, en un mot toute cette partie de l'existence qui se passe moins en nous qu'en ces organes qui sont à nous , demeure

(*) Cf. Encyol. nouv. du XIXQ siècle, t. III, au mot Conscience.

olll\ TRAITÉ DE LOGIQUE.

ignorée de la conscience. La conscience saisit ce qui est de la personne intérieure, ce qui est du moi. Voilà son objet propre et spécial -, ses perceptions sont pour cette raison dites perceptions intérieures. Rechercher si la conscience est une faculté véridique et légitime, c'est rechercher quelle est la réalité des objets qu'elle nous permet de percevoir • c'est rechercher si le plaisir et la douleur, la certitude et le doute, l'affirmation et la négation, l'amour et la haine, les actes de volition, d'attention, de commandement à soi-même, etc., sont des états de nous-mêmes réellement existants au moment où nous les percevons.

Ainsi posée, comme elle doit l'être, la question de la légitimité de la conscience paraît d'abord et sur le champ la plus étrange des questions qui puissent jamais être faites et un véritable délire. Examinée ensuite avec toute l'exactitude et toute la patience imaginable, elle conduit toujours à ce même résultat, que nous ne pouvons obtenir de nous-mêmes le plus léger doute sur ce point, ni nous faire croire un seul instant qu'il puisse arriver que la tristesse, par exemple, que nous sentons en nous n'y soit pas en effet.

Nous ne pouvons exister, sans exister d'une manière ou d'une autre, et nous ne pouvons nous savoir, ou, comme on dit vulgairement, nous sentir existant, sans nous sentir existant d'une manière ou d'une autre. Croire à l'existence et à cette manière d'exister qui nous révèle l'existence est une seule et même chose. Or, la croyance irrésistible à notre existence, et à notre manière d'exister, lacertitude que nous en avons, la vérité qui en résulte, voilà pour nous la première vérité acquise, celle que l'ignorant et le savant prennent pour type de toute certitude, lorsque, pour affirmer leur certitude sur un point, ils disent : J'en suis certain comme de mon existence. C'estqu'aussi il n'y a personne qui ne se fie pleinement au témoignage de la conscience, et <^ue nulle créature humaine ne peut s'empêcher de croire à la vérité de ce qu'elle lui atteste. Là expire le scepticisme; car, comme l'a dit Descartes : « Doutât-onde tout

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