PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE II
» encore ne douterait-on pas que l'on doute. » On ne peut donc ni parler du sens intime, ni l'attaquer, ni le défendre, sans se servir de son témoignage et sans en supposer la légitimité.
310. On a fait et on fait encore quelquefois dans l'école un grand nombre d'objections puériles qui toutes ou à peu près reposent sur l'indétermination des objets de la conscience ou sens intime. Le sens intime nous dit l'existence des modifications du moi, de la personne, et ne nous dit que cela. Il se tait sur les causes premières et occasionnelles que ces modifications peuvent avoir hors du moi, parce que sa portée ne va pas jusque-là et que son objet spécial est l'état de nous-mêmes. Dans sa portée et sa spécialité il ne nous trompe jamais : ce que nous nous sentons être, c'est par lui que nous le sentons; et ce que nous sentons, nous le sentons réellement. Unis à un organisme composé, nous pouvons par son moyen être affectés de nombreuses modifications ; le sens intime nous atteste que nous éprouvons ces modifications qui, ayant leur cause occasionnelle dans l'action de divers objets extérieurs sur diverses parties du corps, peuvent être différentes, opposées même, mais la différence etl'opposition contradictoire ne tombent point sur le témoignage de la conscience. Si quand l'organisme est sain, le moi se sent souffrant, si quand l'organisme est malade le moi se croit bien portant et, dans ses rêves ou son délire, croit accomplir tous les actes qu'il accomplit en santé, le sens intime fait connaître tous ces états intérieurs que le moi éprouve et sent réellement, mais il n'a point à prononcer sur l'état de l'organisme et sur ses rapports avec les objets extérieurs, et il ne prononce pas non plus sur ces objets qui sont hors de sa portée et de sa vue. Il ne saurait dès lors nous tromper ; c'est nous qui nous trompons en prononçant avec précipitation et inattention sur ce qui est du ressort des sens ou de toute autre faculté, sans nous être convenablement servis de ces mêmes facultés.