De ce que la conscience est un moyen de connaître
légitime et toute perception intérieure infaillible, il ne suit nullement que nous ne tombions jamais clans Terreur sur les choses qui sont de nature à être l'objet d'une telle perception. 11 ne nous arrive au contraire que trop souvent de nous tromper sur notre état intérieur, soit dans le cours ordinaire de la vie, soit dans la connaissance plus savante que nous désirons quelquefois prendre de nous-mêmes.
Combien de fois , dans les actes de la vie , ne nous trompons-nous pas, parce qu'au lieu d'écouter attentivement le témoignage de la conscience sur l'état de nous-mêmes , nous nous observons à la légère , et sur cette observation inattentive et incomplète , nous nous hâtons de prononcer des jugements qui nous plaisent plus que ceux que nous aurions été forcés de porter avec plus de vérité, si nous avions mieux regardé au dedans de nous. Ce qui pouvait déterminer tout au plus une opinion indécise, nous sert pour nous prononcer avec l'assurance de la certitude. Tel avare croit n'obéir qu'à la prudence quand il cède à la cupidité -, tel fanatique croit trouver en' lui un sentiment de zèle pour la religion qui , mieux examiné, se résoudrait en un sentiment d'orgueil et d'intolérance • et tel médisant croit ne servir que la morale publique et n'obéit qu'à son envieuse jalousie. « Passione interdùm mo- » vemur, et zelum putamus. Modicum lumen est in nobis, et » hoc citôper negligentiam amittimus. » {De imitât. Chris., liv. II, ch. 5.)
Il nous arrive encore de nous tromper, lorsque, dans un but plus scientifique, nous observons les faits que nous révèle la conscience, et que, pour les mieux connaître, nous voulons les étudier dans leurs divers éléments et leurs diverses circonstances, en un mot, les analyser. En effet, pour les analyser, il faut en considérer successivement et, pour un moment au moins, isolémentles éléments et les circonstances (*). Et comme chacun de ces éléments est important en lui-même,
(*) Cf. Cousin, 1828, 6e leçon.