‹ Traité de logique;Chapitre 203 sur 228 · PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE III

les conserver l'un et l'autre, de les fortifier l'un par l'autre, et d'en former un faisceau contre lequel le doute serait impuissant?

337. Un illustre philosophe (*) a dit qu'on ne faisait pas au scepticisme sa part, et qu'une fois introduit dans l'entendement il l'envahissait tout entier. Et rien n'est plus vrai. Il faut donc dire de toute recherche d'un critérium ce que nous venons de dire de la doctrine qui propose l'autorité ou la raison universelle comme critérium .• qui rejette une seule de ses facultés, les rejette toutes, et abdique sa propre nature. Il faut donc accepter tous les moyens de connaître que l'auteur de toutes choses nous a donnés, nous en servir suivant leur spécialité et leurs lois, et ne point avoir la prétention d'en choisir un pour le faire dominer sur les autres. Cette prétention renferme d'ailleurs une impossibilité pour ne rien dire de plus. Pour qu'une faculté pût devenir le critérium d'une autre faculté, il faudrait qu'elle pût se mettre à la place de la faculté à juger, saisir les mêmes objets et prononcer sur eux, et dans ce cas ce serait cette faculté critérium qu'il faudrait toujours employer et non l'autre. Mais la spécialité rigoureuse de chacune de nos facultés ne permet point une semblable substitution. Les sens révèlent un ordre de réalités, la conscience un autre, la raison un autre. Nulle ne peut sortir de son domaine 5 les sens demeurent étrangers aux objets de la conscience et du raisonnement -, le raisonnement, étranger à ce qui tombe sous les sens, ne saurait contrôler leur témoignage. Il ne faut point dire, comme on l'a souvent répété avec le Fabuliste :

Quand l'eau courbe un bâton , ma raison le redresse.

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