Livre VIII, fable
Ce n'est point la raison ( le raisonnement ) qui redresse le
qui n'avait pour lui ni la sanction de la raison ni celle du temps? tant il est vrai que les esprits les plus sages ne sauraient échapper aux conséquences qui résultent de la proscription d'un seul de nos moyens de connaître, (*) M. Royer-Collard, Dise, d'ouv. ; Reid, t. IV.
bâton 5 la raison n'atteint point les formes des corps, c'est le toucher qui nous donne ces formes. C'est ensuite la vue ellemême qui nous permet de juger autrement dans d'autres circonstances et de connaître les lois de la transmission de la lumière. Un aveugle possède la raison, et la raison ne lui apprendra rien sur les effets lumineux, comme elle n'apprend rien au sourd sur l'appréciation des sons. Chaque sens est infaillible dans sa spécialité et sa portée, et il n'appartient à aucun sens de corriger les témoignages qu'un autre peut seul donner. L'oreille ne peut prononcer ni sur les saveurs ni sur les couleurs; l'œil ne peut nous servir à rectifier le goût ou l'ouïe. Chacun de ces sens, employé dans sa portée, dans sa spécialité,avec une ferme attention , se contrôlera lui-même et se servira à lui-même de critérium par la conformité de ses témoignages répétés. Il en est de même de chacune de nos facultés : elles ont toutes une égale et légitime autorité, elles jugent toutes au même titre ; il n'y a point d'appel du tribunal des unes à celui des autres. Chacune d'elles se sert à ellemême de critérium. Ce que la conscience a vu d'abord confusément, elle le verra mieux dans un examen répété et soutenu par une vive et sincère attention-, ce qu'un témoignage humain a donné se vérifiera par un autre témoignage humain, si ce témoignage est possible. Mais jamais la conscience ne pourra atteindre le domaine du témoignage humain et le contrôler, ni ce témoignage atteindre et contrôler ce qui se passe dans la conscience.
338. Cependant, comme tout se tient et dans la nature et dans la nature humaine, et comme une faculté ne peut pas saisir une vérité qui ne serait pas une vérité pour une autre faculté à laquelle elle serait accessible sous un autre point de vue, on peut appeler les facultés au secours l'une de l'autre. Quand toutes les facultés s'accordent à nous donner le même témoignage, il y a impossibilité de douter, et l'on sent naître en soi la certitude. Si au contraire, il y a partage, si, par exemple, ce que dit la conscience présente une contradiction avec ce que