PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE III
donne l'induction, il y a lieu de douter de la valeur d'un des deux témoignages, et il faut de nouveau les interroger, mais chacune suivant ses lois et sur les objets qu'elle est capable de nous faire connaître. L'une ne peut empiéter sur les vérités de l'autre. A la conscience il appartiendra de vérifier ce qui est de son ressort, aux sens ce qui est du leur, au raisonnement ce qui est du sien. C'est en ce sens et à ces conditions seulement que les facultés se servent mutuellement de critérium. Bien employée, chacune d'elles est infaillible et est à elle-même son critérium. Ce qui est faillible, c'est l'homme. Ce n'est pas le raisonnement qui le trompe, c'est l'homme qui raisonne mal. L'évidence des vérités premières est plus brillante que le soleil, mais tous les yeux ne s'exercent pas à la distinguer des fausses lueurs. La raison générale, l'autorité du genre humain proclame d'éternelles vérités, mais tous ne savent pas reconnaître et comprendre cette grande voix de l'humanité. N'accusons ni la raison individuelle ni la raison générale ; ne condamnons pas l'instrument parce que l'ouvrier est malhabile. Au lieu de chercher un critérium, un moyen infaillible de connaître le vrai, c'est un homme infaillible qu'il faut trouver. L'infaillibilité est dans l'essence de nos facultés, il faut la porter dans leur emploi. L'évidence instinctive se manifeste à toutes les consciences : il ne faut pour la reconnaître et affirmer les vérités qu'elle révèle que du bon sens, de l'attention etde la bonne foi. Si les vérités que manifeste l'évidence du raisonnement inductif et déductif sont d'un plus difficile abord, et demandent un sens plus relevé et une attention plus soutenue, la philosophie donne àl'être intelligent des règles pourleguider, et ellenousfait un devoir de les étudier et de consulter ceux qui nous ont précédés dans cette route. Ce que reconnaissant, l'homme de bonne foi rencontrera infailliblement si non toute la vérité, au moins toute celle qu'il est donné à l'homme d'atteindre.
57i TRAITÉ* DE LOGIQUE.