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PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE VI

notre propre pensée, et à l'exploitation de la pensée instinctive du vulgaire, l'exploitation de la pensée réfléchie des philosophes. Enfin l'expérimentation se fait souvent sans que nous ayons besoin delà préparer- le temps, ce grand faiseur d'expériences, ne nous laisse pas un moment sans nous assiéger de besoins, d'affections, d'émotions et d'idées, qui, bon gré mal gré, nous font agir de toute manière et nous exercent en tous sens. Ainsi, l'expérimentation est applicable à la science philosophique tout comme à la simple observation 5 seulement elle demande peut-être encore plus d'habileté ; elle exige une patience, une faculté de garder les lois à vérifier, une invention d'expériences, une prudence et quelquefois une hardiesse de tentatives, une présence d'esprit, une force et une finesse qui en rendent l'art très-difficile. Mais on doit remarquer, en faveur des sciences philosophiques , qu'une fois qu'une ferme volonté et une résolution soutenue ont habitué l'être intelligent à ce genre d'exercice , les expériences à faire sur les phénomènes internes offrent beaucoup plus de facilité dans l'exécution , et promettent plus d'exactitude dans leurs résultats que celles par lesquelles sont obligées de passer la plupart des sciences naturelles. On n'a point en effet de distance à parcourir, de longues périodes de temps à attendre, pour voir les phénomènes se présenter 5 on porte toujours avec soi tout l'objet de ses études 5 à toute heure , en tout lieu, dans la scène mobile de la vie, dans le jeu varié du commerce social, on peut vérifier le développement des divers phénomènes dont on cherche les lois. Grâce à cette expérimentation naturelle et perpétuelle, le même fait vingt fois reproduit sous des conditions différentes, laissera paraître ce qu'il a d'invariable et de constant , s'abstraira des circonstances accidentelles qui e modifient dans les différents cas , et se livrera sans effort à l'observateur dans ses éléments constitutifs.

356. Ainsi, en résumé, accessible à l'observation et à l'expérimentation, l'objet de la philosophie doit être traité par le

procédé inductif, que Bacon lui-même (*) avait déclaré applicable à l'un comme à l'autre ordre de sciences.

(*) Voici en quels termes précis et formels Bacon s'est expliqué sur ce point important : « On nous demandera encore, plutôt peut-être pour ex- »primer un doute que pour opposer une objection, si ce n'est qu'à la philo- » sophie naturelle, ou si c'est aussi aux progrès des sciences logiques, mo- » raies et politiques que nous entendons appliquer notre méthode. Or, tout ce »que nous avons dit jusqu'ici, nous avons entendu le dire comme applicable à » toutes les sciences sans exception^ et de même que la logique ordinaire, qui «soumet tout au syllogisme, s'applique non -seulement à l'histoire naturelle, »mais à toutes les sciences , la nôtre, qui procède par \ induction, a aussi »une portée universelle (omnia complectitur) . Nous composons une histoire »et dressons des tables de découvertes {tabulas inventionis aussi bien de la «colère, de la crainte, du respect et des autres sentiments, ou d'exemples » d'affaires civiles, ou des opérations intérieures des facultés de se souvenir, de «composer, de diviser, déjuger, et autres , que du chaud et du froid, ou de »la lumière, ou de la végétation, ou d'autres faits du même ordre. Toutefois, «comme notre procédé d'interprétation (qui exige des matériaux bien re- « cueillis et bien ordonnés) n'a pas seulement égard aux opérations et à 1 exer- «cice de l'intelligence, ainsi que la logique vulgaire, mais bien à la nature «même des choses, nous dirigeons l'intelligence de manière qu'elle puisse «aborder l'étude de cette nature avec des procédés parfaits de tous points ; «c'est à cette fin que, dans notre doctrine de Y interprétation, nous avons «introduit des préceptes dont le nombre et la diversité permettront de «conformer nos moyens de recherche à la manière d'être et à la nature de «l'objet étudié. Multa et diversa prœcipimus, quœ ad subjectif de quo innquirimus, qualitatem et conditionem, moduminveniendi applicent.» (JYov. Or g., I,aph. 127.)

Il semble que, par une déclaration aussi explicite, Bacon a voulu prévenir l'accusation portée plus tard contre lui : 1° de n'avoir pas vu que sa méthode , l'induction , était aussi bien applicable aux sciences philosophiques qu'aux sciences physiques ; 2° d'avoir même proscrit les études psychologiques comme ne pouvant aboutir à aucun résultat.

Ce qui sans doute a donné lieu à la première accusation, c'est que les exemples choisis par Bacon pour faire comprendre l'application de ses règles sont tirés de l'ordre physique. Or, s'il est très-vrai que Bacon prend le plus souvent ses exemples dans l'ordre physique ; il n'est pas moins vrai qu'il les prend aussi quelquefois dans l'ordre psychologique. Ainsi, l'aph 26 du liv. II, contient comme exemple les lois du souvenir; l'aph. 35 du même livre contient comme exemple le raisonnement II n'est pas moins vrai qu'il recommande l'étude de l'homme intérieur, de l'esprit, comme étant le fondement indispensable de tous les arts qui se rapportent à l'homme intellectuel et moral fVoy. Sent, de interp. nat., § 7, p. 337 éd. Bouillet : qui primum et ante aliaanimi motus non eœploralit), et qu'il prescrit l'emploi de la même méthode dans celle élude que dans celle du monde. Et s'il

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