‹ Traité de logique;Chapitre 27 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III

ment l'être intelligent sort du particulier pour entrer en possession de ces généralités.

Dès qu'une perception de conscience nous apprend que nous sommes, elle nous apprend en même temps que nous sommes de telle ou telle façon ; en même temps que , par suite de notre pouvoir d'abstraire , nous distinguons notre être et notre manière d'être , nous les percevons comme liés par un rapport. Nous voilà donc avec la perception d'une substance , d'un attribut et d'un rapport qui les unit. Mais il n'y a rien là encore que d'individuel 5 la substance est nôtre , l'attribut est nôtre ; cependant nous n'avons pas plutôt saisi cette union nécessaire de l'être et de l'attribut dans notre propre personne , qu'aussitôt il devient pour nous d'une évidence parfaite qu'il en est hors de nous comme en nous , en toute existence comme en notre existence , dans tous les temps et en tous les lieux comme en notre lieu et en notre temps. En d'autres termes , à peine avons-nous distingué les deux termes et leur rapport , que , par une abstraction immédiate , et qui n'a pas besoin du témoignage de plusieurs faits semblables, nous éliminons spontanément ce que cette perception primitive avait de particulier et de déterminé. La croyance relative qui nous faisait rapporter le mode perçu à l'être que nous appelons moi , s'étend irrésistiblement à l'universalité des modes et nous force à reconnaître que tout mode ou phénomène se rapporte à une substance. Et si nous essayons de mettre en doute ce principe, nous ne le pouvons- il guide tous nos actes , et ceux de tous les êtres intelligents qui sont forcés de le reconnaître comme nous. Ainsi donc , ce principe est immédiatement évident, spontané, nécessaire et universel.

35. Il en est absolument de même de ce principe : Tout phénomène commençant a une cause. Lorsque dans une circonstance , usant de notre activité , nous nous sommes sentis comme force produisant un acte , comme cause produisant un effet, entre cette cause et cet effet nous avons senti un rapport , un lien intime qui nous a fait attribuer l'un à l'autre.

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Mais à peine avons-nous vu celte relation entre notre force et noire acte, notre cause et notre effet, que le rapport absolu entre la cause et l'effet , entre toute cause et tout effet, se dégage aussitôt de ce que la première perception avait de personnel, et apparaît avec évidence dans son point de vue universel. De sorte qu'à l'instant même nous possédons un principe à l'aide duquel , dans la suite , chaque fois que nous verrons un phénomène , nous concevrons invinciblement une puissance qui le fait être. Or, quelle conscience et quel souvenir avons-nous d'un procédé qui nous aurait menés graduellement et pas à pas à la formation de ce principe? Une fois qu'on en est à généraliser une de ces vérités , on ne la généralise pas d'abord un peu, puis un peu plus , jusqu'à ce que, de degrés en degrés, et à force d'expériences, on la généralise tout à fait. Nul intervalle entre le moment où commence cette généralisation et celui où elle s'achève -, elle naît toute faite en quelque sorte et s'accomplit tout d'un coup , parce que son évidence est immédiate et parfaite. Sans doute il faut qu'il y ait un cas dans lequel nous percevions d'abord le rapport d'un effet à une cause, car s'il n'y en avait point , il n'y aurait pas lieu à généraliser ; le phénomène intellectuel manquant d'objet. Mais un seul suffit. Nous avons vu qu'il en était de même pour l'acquisition du principe précédent , tout attribut suppose une substance. Il a fallu que le moi sentît un phénomène et se sentît subsister au-dessous de ce phénomène variable pour arriver à l'idée de substance. 11 en est de même de toutes les vérités générales, nécessaires et absolues, c'està-dire que, par exemple, l'être intelligent a dû dire : ce corps est dans ce lieu , avant de dire , tout corps est dans un lieu , dans l'espace; ce fait m'est imputable, parce que fêtais libre en le faisant , avant de dire , tout fait libre est imputable à son auteur, etc. On peut s'en assurer en faisant sur chacune de ces vérités ce que nous venons défaire sur deux d'entre elles. De sorte qu'on peut dire , en résumé et en conclusion , que toute vérité générale nécessaire , suppose nécessairement la

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