‹ Traité de logique;Chapitre 28 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III

perception d'un cas particulier dans lequel elle apparaît et duquel , d'après une loi de notre nature , elle est subitement dégagée, et portée à sa généralité absolue par la raison (*), forme de l'intelligence qui nous donne les vérités générales , universelles et nécessaires.

36. Il a donc fallu que l'être intelligent perçût un fait particulier où se manifestât le principe général, pour que l'autre fait de la conception de ce même principe se développât en lui. Mais remarquons bien ce que ces deux faits sont l'un à l'autre, le fait individuel que nous apercevons est l'occasion, la condition de la conception générale , mais il n'est point le principe de cette conception -, il la suggère, mais il ne la contient point. Cette conception est une loi primitive de notre nature intellectuelle; laquelle loi se manifeste avec des caractères de nécessité et d'universalité à propos d'une expérience accidentelle qui n'atteint qu'un seul fait et qui est renfermée dans les limites d'un moment de la durée et d'un point de l'espace. Supposons même pour un instant que plusieurs fois le fait individuel se soit présenté avant que la conception générale se soit formée , cette conception ne serait pas pour cela le produit de l'expérience due à cette répétition, comme quelques-uns le prétendent, en soutenant que dans toutes ses opérations, l'être intelligent ne fait que tirer des données de l'observation ce qui y est contenu. Car, après

(*) Il s'en faut beaucoup que le mot raison ait dans l'usage un sens précis et déterminé. Ainsi, on s'en sert pour désigner: — l'intelligence elle-même; La raison de l'homme le distingue des animaux; — le juste emploi qu'on fait de l'intelligence : Sans la raison que fait-on de l'esprit? son malheur et celui des autres (De Levis) ; — la faculté de juger naturellement de ce qui est de droit , de devoir, de justice , de vérité , plus brièvement le bon sens : Toutes les fois que la raison est contre un homme , cet homme ne manque guère de se tourner contre la raison (Hobbes). La raison finira par avoir raison ( d'Alembert ;; — les preuves , les motifs , les causes , les ensembles , la proportion, etc., etc. On dit d'un homme qu'il a raison quand la manière dont il apprécie les choses nous paraît conforme à ce que nous regardons comme la vérité.

tout, cette expérience ne nous donne qu'un nombre déterminé de circonstances, et nous appliquons ce principe à toutes les circonstances possibles ; non point parce que nous avons vu plusieurs fois que cela est, mais parce que nous concevons et croyons nécessairement que cela doit être ; et précisément à cause de cette nécessité , notre raison l'applique hardiment à tous. les cas possibles, et le conçoit comme la loi de tout ce qui est. Mais quelque impuissante que soit l'expérience à contenir cette conception absolue, il n'en est pas moins vrai qu'il faut qu'un fait particulier, accompli en vertu de la loi nécessaire et absolue, se soit montré à l'être intelligent, pour que la raison soit entrée en exercice , et ait pu dégager de ce fait, par une abstraction immédiate, le nécessaire et l'absolu. Or, le fait particulier est dit l'antécédent psychologique de la perception du principe général. D'un autre côté , si le moi n'a perçu ce principe que dans sa manifestation particulière, ce principe n'a pu se manifester qu'à la condition d'exister auparavant , et en ce sens le principe est dit Y antécédent logique, et du fait particulier, et de la conception du principe général ; mais à peine nous sommes-nous trouvés, dans un fait particulier, sous la loi du principe général en vertu de laquelle ce fait a eu lieu, que la perception du principe général a lieu en nous.

37. Pour rendre cette vérité plus sensible, nous allons en faire encore l'application au principe de causalité. Il faut que le moi soit cause pour d'abord se sentir cause d'un effet, et pour ensuite concevoir des causes hors de lui -, et ce fait particulier et personnel d'être cause et de se sentir cause est dit l'antécédent psychologique et chronologique du principe de causalité, parce qu'il se montre et doit se montrer à nous avant que notre raison en tire ce principe. Mais en même temps, dans l'ordre de la nature et de la nécessité , il a fallu que le rapport de l'effet à la cause existât comme nécessaire et comme absolu, pour que le moi se saisît cause produisant un effet ; car ôtez ce rapport, il pourrait se faire alors qu'il y

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