‹ Traité de logique;Chapitre 30 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III. A · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III. A

pouvoir d'être cause, c'est-à-dire avec Y activité; il vient avec le pouvoir de se connaître comme cause, c'est-à-dire avec la conscience; il vient enfin avec le pouvoir de tirer le principe de causalité d'un fait qu'il a vu en lui , et de l'étendre nécessairement et absolument à tout ce qui n'est pas lui , c'est-à-dire, avec la raison, de sorte encore une fois que l'innéité ne tombe point sur le principe, ou comme on le disait sur Vidée , mais sur la faculté , sur la raison , et sur toutes les autres facultés sans lesquelles l'exercice de la raison serait lui-même impossible.

41 . Il convient de déterminer maintenant quel rôle ces principes remplissent dans la formation de la science. îl est tout d'abord évident que, réduits à eux-mêmes, ces principes n'apprennent rien. En effet , ce n'est rien savoir que de savoir, par exemple , que tout fait commençant a une cause , que tout corps est dans l'espace, etc. Il n'y a là que sens commun, et point de véritable science. Mais d'un autre côté , sans ces données primitives et nécessaires de la raison , il serait impossible de rien apprendre. Ces principes sont les conditions de tout savoir ultérieur-, c'est sous leur loi que toute science est tenue de se composer. S'ils manquaient, toute science, physique ou philosophique , serait impossible , et manquerait de base et de fondement (*). Qu'on examine en effet les différentes sciences, et l'on verra qu'il n'en est pas une qui n'implique un certain nombre de ces vérités. Et, par exemple, toutes les sciences physiques n'impliquent-elles pas l'autorité du témoignage des sens , le principe d'induction , le principe que rien n'arrive qui n'ait une cause , comme la géométrie implique ce principe que deux choses

(*) C'est ce qui a fait que quelques philosophes se sont mépris sur la valeur et la portée de ces principes , et ont cru qu'il suffisait de leur appliquer le raisonnement déductif pour en tirer la science, dans la formation de laquelle l'observation n'aurait plus"' à intervenir. Voyez (119) l'exposé et l'examen de cette opinion qui n'aboutit à rien moins qu'à la négation de toute science de la réalité.

comparées à une troisième , et trouvées égales à cette troisième sont égales entre elles ? Et ainsi des autres sciences : toutes s'appuient sur quelques-unes de ces vérités. Ce qui ne veut pas dire qu'on les énonce toujours formellement en tête de ces sciences 5 car il en est bon nombre qui, par suite de leur absolue nécessité, sont si familières à toutes les intelligences qu'on se rendrait presque ridicule en les formulant ou en insistant sur leur évidence. Tels sont, par exemple , les principes se rapportant à la confiance qui est due à nos moyens de connaître, à la notion de cause , etc.

42. Le rôle que ces principes remplissent dans l'acquisition de la science les a recommandés à l'examen et aux recherches des philosophes de tous les temps et de tous les pays. Mais si on veut se servir des données que peut fournir l'histoire de la philosophie pour reconnaître le nombre de ces principes , le rapport qu'ils ont entre eux, la diversité des opinions donne quelque embarras et peut empêcher qu'on ne soit complètement satisfait sur ces questions secondaires d'ailleurs.

43. Les caractères essentiels de ces principes , considérés isolément, leur ont fait donner différents noms : leur évidence immédiate et leur spontanéité les ont fait dire principes immédiats et principes intuitifs , parce qu'ils se forment en nous comme de première vue (intueri); on les dit aussi principes absolus, principes de sens commun, vérités nécessaires, principes premiers, principes ou vérités de raison, suivant que l'on considère leur nécessité , ou leur universalité , ou la faculté à laquelle nous les devons.

44. Les différences que l'on remarque entre les listes qui en ont été données , ne contredisent point le caractère d'universalité que nous leur avons reconnu. En effet, ces différences viennent uniquement de ce que ceux qui ont entrepris ce travail ont vu plus ou moins , ont analysé , ceux-ci mieux et ceux-là moins bien, les éléments de la pensée; de ce qu'ils ont omis ou ajouté, confondu des principes distincts en un

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