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PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE IV

On n'induit donc que quand on généralise ; on n'induit que ce que Ton a généralisé 5 on n'induit bien que ce qu'on a bien généralisé.

76. On donne le nom d'induction à la partie du fait (*), à la croyance , au jugement qui nous conduit (inducit ) d'une loi générale constatée dans un moment , dans un lieu, dans des objets comparés , à tous les points de l'espace et de la

(*) Il serait bien à désirer que l'on eût des mots distincts pour désigner l'ensemble du fait et ses parties ; afin de ne pas se servir , comme nous le faisons et comme on le fait le plus souvent, du mot généralisation pour la première partie du fait et pour le fait total. On se sert aussi quelquefois , avec le même inconvénient, du mot induction pour exprimer l'ensemble de tous les actes à accomplir pour s'élever du particulier au général ; comme quand on dit : l'induction est le procédé qui sert à fournir les principes généraux.

Dans le langage de la philosophie scolastique , l'induction est un argument où, après avoir énuméré toutes les parties d'un tout et affirmé la même chose de chacune d'elles, on affirme du tout ce qui a été affirmé de chacune de ses parties. « Argumentatio in quâ ex singulariôus enumeratis ali- » quid universale colligitur. Si, v. g.probare velimutilem esse uni- » versant philosophiam , illud istâ inductione eflîciam : Logica est » utilis, metaphysica est utilis, physica est utilis , moralis disciplina » est utilis, ergo universa philosophia est utilis » Phil. de Lyon , Log., diss. 3. art. 4. quaest. 5. C'est là l'induction de la vieille école. Aristote se faisait de l'induction une tout autre idée. Voir Prem. analyt, liv. 2, ch.23, et Dern. analyt. Liv. 1 , ch. 18. C'est de cette induction que Bacon a dit avec infiniment de raison qu'elle était un emploi puéril de l'esprit, ne conduisant qu'à des conclusions sans portée et sans valeur. « Inductio quœ » procedit per enumerationem simplicem res puerilis est , et precario » concluait. » ( JVov. Org., liv. 1, aph. 105. ) Et il ajoute au même endroit : « At inductio, quœ ad inventionem et demonstrationem scien- » tiarum et artium erit utilis, naturam separare débet per rejectiones » et exclusiones débitas ; at deinde post negativas tôt quoi sufjiciunt » super aflirmativas concludere. » Et cette courte description résume tout ce que nous avons dit de la généralisation et de l'induction. Elle montre comment la généralisation faisant, d'abord disparaître la variété individuelle des phénomènes et des êtres et la resserrant comme en mie poignée , manipuli instar (IVov. Or g., liv. 1, aph. 112), permet ensuite à l'induction de croire ces lois applicables à tous les points de l'espace et à tous les moments de la durée. Dans son langage énergique et pittoresque, Bacon appelle ces lois des propositions éminentes ; les comparant à des tours élevées auxquelles on ne peut arriver que par les degrés de l'observation, mais du haut desquelles ensuite la Yue embrasse un horizon illimité.

durée, à tous les objets que ne peuvent atteindre l'observation et la comparaison.

On donne le nom de principe d'induction à cette vérité première en vertu de laquelle nous induisons , savoir , à la croyance que , toutes circonstances égales d'ailleurs , dans une substance semblable la même cause produira le même effet , ou en d'autres termes , que tout se fait dans la nature en vertu de lois stables et générales.

On donne enfin le nom de vérités générales inductives aux vérités que nous fait obtenir l'induction par l'application de son principe. On les nomme aussi très-souvent principes généraux inductifs , comparatifs , empiriques , par opposition aux principes généraux intuitifs et absolus que donne la généralisation immédiate.

77. Mais les rapports que ces trois choses ont entre elles les ont fait souvent confondre et désigner par un même nom (*) : induction. La multiplicité de sens donnés à ce mot est malheureuse, en ce qu'elle peut faire croire que les vérités inductives ont les mêmes caractères que le principe d'où on les tire ; ou que le principe a lui-même le caractère des vérités dans lesquelles on en trouve l'application ; tandis que ces caractères sont essentiellement différents, ainsi que nous allons le montrer en les comparant.

Remarquons , en passant , qu'ayant trouvé le principe d'induction au nombre des vérités nécessaires , la comparaison que nous ferons de ce principe avec les vérités générales qui en sont l'application , nous servira en même temps de comparaison entre les deux ordres de vérités , données par la généralisation absolue d'une part et la généralisation comparative d'autre part.

(*) Premier sens. L'induction suit immédiatement la comparaison ( Miss Edgeworth).

Deuxième sens. L'induction nous apprend que les mêmes effets suivent les mêmes causes. Raisonner par induction.

Troisième sens. L'induction que vous venez de former est illégitime,]

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