PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE IV
couvrons un fait , une qualité , et que nous reconnaissons en même temps que cette qualité est la conséquence rigoureuse d'une autre qualité que nous savons d'ailleurs être commune atout le genre dont cet objet fait partie , et être essentielle, invariable, constante dans tous les êtres des genres semblables. Ainsi un botaniste n'hésite pas à affirmer de tous les individus d'une même espèce le caractère de fructification qu'il saisit dans un seul : mais d'où vient la certitude de son induction? De ce qu'il sait que le nombre des feuilles et la disposition des rameaux sont sujets à beaucoup de variations , mais que le nombre et la disposition des organes essentiels de la fructification sont constants dans toutes les espèces d'un même genre, dans tous les individus d'une même espèce. Ce n'est donc point une seule observation qui le guide à chaque nouveau genre qu'il détermine , quoique peut-être ce soit un seul individu qu'il observe 5 mais ce qui le guide, c'est le résultat constant d'une série d'observations antérieurement faites. Il est facile de voir que , dans tous les cas semblables , il faut qu'un travail de généralisation ait déjà été fait , et que c'est moins une généralisation nouvelle que nous faisons qu'une application de la première, laquelle a dû, par des observations et des comparaisons successives, nous donner les ressemblances ou qualités communes au genre -, si cette première avait été mal faite et illégitime , la seconde serait illégitime et mal faite. Ainsi donc on voit que la valeur de ce cas prétendu unique n'est qu'une sorte d'illusion, et qu'il est toujours vrai de dire que cette généralisation ne doit jamais se faire immédiatement , mais passer successivement par tous les degrés de l'observation et de la comparaison, et que la condition de la certitude inductive se trouve dans le nombre des faits probants et dans l'absence de tout fait contraire.
Du reste , quel doit être le nombre des faits recueillis par lesquels cette certitude est acquise et au delà desquels on n'en sent plus croître la force? C'est ce qu'on ne saurait dire en aucune façon, Il y a des objets qui par leur nature se prêtent moins
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que les autres à la généralisation, et par suite les principes relatifs à ces objets, offrent plus de chance au doute et à l'incertitude, si on se hâte de les formuler. Telles sont en particulier les théories politiques et médicales, qui présentent toujours des probabilités beaucoup plus que des certitudes. Là où il y a dans les êtres une nature si complexe et dans l'enchaînement des faits une liaison si variable qu'on a peine à déterminer cette nature et cette liaison , il est difficile qu'on arrive rapidement à un principe général rigoureux , incontestable , et à ce point de certitude qui ne permet plus à l'esprit de se livrer au doute. C'est un avantage qui jusqu'ici n'a été le privilège que des sciences dont les objets plus simples présentent des caractères plus constants et plus bornés dans leur nombre : telles , la physiaue et la chimie. Il est alors plus facile de rassembler les faits, de les comparer sous tous leurs rapports, de reconnaître leurs relations et leur identité , et par suite on arrive plus vite a dégager les principes généraux. Ainsi le nombre des observations et des comparaisons à faire varie selon les objets que l'on étudie , et chacun doit sous ce rapport se consulter et se demander quand, dans sa conscience philosophique, il n'a plus de scrupule à former telle classe, à reconnaître telle loi; il n'y a pas d'autre règle à recommander là-dessus. '
84. 2° Mais il ne suffit pas de dire que l'induction ne doit venir qu'après la généralisation et la généralisation après la comparaison. Il faut bien se pénétrer de cette vérité que l'induction ne vaut que ce que la généralisation vaut, et qu'on ne peut mettre trop de soin à surveiller l'accomplissement de cet acte, et à faire qu'il aille sévèrement du même au même et ne comprenne dans un môme genre ou sous une même loi que des faits et des êtres semblables. Cette règle de prudence est une des plus difficiles à observer, car elle nous oblige de lutter contre le double penchant qui nous porte à généraliser et à induire. C'est qu'en effet l'homme est ordinairement porté à mettre une parfaite égalité partout où il ne découvre que quelques légères apparences. Sa pa-