‹ Traité de logique;Chapitre 46 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV

resse l'engage à confondre les choses qui se ressemblent un peu et à supposer qu'elles se ressemblent beaucoup. Il faudrait trop de peine pour examiner tous les rapports , ceux de la diversité et ceux de la ressemblance: l'impatience où il est de savoir s'en trouverait trop mal. C'est ce même besoin de savoir qui le fait induire avec une précipitation si souvent funeste à la science. L'induction est en effet si naturelle à l'homme que les enfants et les peuples naissants induisent beaucoup plus que l'homme instruit, rendu plus circonspect par la découverte de ses erreurs. Les esprits ne sont alors ni assez expérimentés , ni assez fermes , pour résister aux hypothèses qui leur sourient. Remarquent-ils que le mouvement est le signe de leur vie et de celle des animaux? Ignorants des lois qui chassent dans l'air les nuages , qui font bondir les fleuves , qui soulèvent les mers , qui font rouler les astres , ils attribuent à ces objets la volonté et l'intention qu'ils trouvent en eux-mêmes et les prient de les épargner. Si nous voulons prouver que c'est bien nous qui avons ordonné quelque chose , nous le dérangeons quelquefois pour le réorganiser ensuite, aussi s'est-on hâté d'en induire qu'il en est de même de la divinité, qu'il devait en être de même de ceux qui parlaient en son nom , et a-t-on demandé à tous de déranger ou de suspendre les lois de la nature. Souvenonsnous que l'induction n'est légitime que quand elle va du même au même : l'est-elle donc quand elle va de nous à Dieu?

85. 3° Mais ce n'est pas encore assez d'avoir observé des faits réels et trouvé par comparaison des ressemblances exactes ; il faut veiller à ce que le type général, en ne s'étendant qu'à des individus et des faits de même nature, ne le fasse que pour la partie de ces individus ou de ces faits sur laquelle a porté l'observation. L'homme étant plus avide de connaître la vérité que capable de la découvrir, doit se tenir en garde contre son penchant naturel à généraliser ses observations, et se souvenir que généraliser, vraiment généra-

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User, c'est souvent restreindre, et qu'induire c'est souvent réduire (*) . Si, par exemple, on se permettait de dire : tout corps abandonné à lui-même tombera, on aurait un principe faux, généralisé outre mesure et qu'on devrait restreindre en disant : tout corps dans un milieu moins dense, etc. Un autre exemple de généralisation trop étendue se trouve dans l'opinion de ceux qui pensaient qu'il n'y avait en nous que des principes généraux comparatifs : ayant très-bien observé que le plus grand nombre de nos principes généraux était le produit de notre travail , ils se hâtèrent d'en conclure qu'il en était de même de tous ; ils rejetaient ainsi tous ces principes qu'une abstraction immédiate généralise indépendamment de notre volonté. Ainsi tout principe qui , quoique précédé d'observations et de comparaisons , s'étendrait outre mesure ne serait au fond qu'une hypothèse sans droit à la confiance. — Il y a un autre inconvénient, et contre lequel du reste on a moins à se mettre en garde , à ne pas donner à une généralité toute la portée qu'elle devrait avoir : cependant il y a faute , car s'il n'y a pas science erronée, il y a science incomplète: il pourrait même se faire que n'ayant pas appliqué à une série de faits une loi qui leur convenait , on cherchât pour eux une autre loi que celle qu'on aurait trouvée et qu'on tombât ainsi par préoccupation dans une erreur , ou du moins dans une recherche inutile qui consumerait nos instants. — Le bien est de généraliser en raison juste des faits observés et comparés.

On trouve dans le premier livre du Novum organum de Bacon, quelques aphorismes qui se rapportent trop directement à la première partie de cette règle pour que nous puissions nous dispenser de les citer :

« Aph. 104. Une faut pas permettre que l'intelligence saute"

(*) Voici comment Newton s'est exprimé sur ce sujet, an livre 3 de son optique , question xxxi : «S'il n'y a aucune opposition de la part dts phénomènes, on peut tirer une conclusion générale. Mais, s'il se présente quelque exception de la part des phénomènes, il faut alors que la conclusion soit limitée par les exceptions qui se présentent.» (Voyez plus loin (135).)

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