PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV
prononce qu'avec l'identité de cause et de circonstance reparaîtra r identité des faits. Au contraire, si la loi d'un fait ne se laisse que vaguement sentir, ou si nos opérations ne peuvent ni la déterminer ni la définir, et ne nous permettent d'en juger que par aperçu, que par vague ressemblance, l'analogie, avec ses indécisions, vient alors remplacer la certitude de l'induction. Et à mesure que la distinction des rapports s'élève successivement à différents degrés de clarté , l'analogie , qui va comme elle , prend aussi différents caractères de précision ; en sorte qu'avant le terme où sont complets à la fois les deux faits corrélatifs de la perception générale et de la conviction inductive, on retrouve cette foule de nuances et d'insensibles gradations , dont nous avons déjà parlé (6) au sujet de l'évidence et de la certitude, de la probabilité et de l'opinion. Mais à présent, comme alors, nous nous dispenserons de marquer tous les degrés de l'échelle. Et comme il n'y a entre l'analogie et l'induction d'autre différence que celle du plus au moins , c'est-à-dire, que l'analogie porte sur des relations plus éloignées que prochaines, plus détournées que directes, plus secrètes que manifestes , mais toujours sur la vue des relations ou rapports , elle devra reconnaître les lois et les règles de l'induction , dont elle est comme un diminutif. En suivant ces règles rigoureuses , elle sera moins exposée à s'égarer en conjectures hasardeuses ou en vaines suppositions.
89. S'il ne faut pas rejeter l'analogie , il faut du moins l'employer avec réserve , comme un moyen dont les résultats ne s'élèvent jamais au-dessus de la probabilité, et qui est d'autant plus sujet à nous égarer que nous sommes naturellement enclins (84) à supposer entre les objets comparés plus de similitude qu'ils n'en ont en effet. Au lieu de s'appuyer sur des points de ressemblance essentiels et bien constatés par une comparaison scrupuleuse, les esprits légers se contentent de caractères apparents, et s'arrêtent à la superficie des choses. Souvent une simple vue des objets, une expression métaphorique, leur suffit pour donner à une vague analogie toute la portée
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d'une véritable induction. Voici un exemple de cette erreur. Quoique nous ayons conscience des phénomènes intérieurs, et que nous puissions les observer de manière à nous en former des notions précises, cependant c'est un effort si difficile pour notre attention, toujours sollicitée par les objets extérieurs, beaucoup plus facilement connus , que nous nous aidons de ceux de ces objets qui nous semblent avoir quelque rapport a\ec les phénomènes intérieurs pour concevoir ces derniers et pour les nommer. Par exemple, si quelqu'un demeure irrésolu entre des motifs contraires, dont les uns l'excitent à faire une chose et les autres à ne pas la faire, nous disons qu'il pèse ces motifs, qu'il balance, qu'il délibère avant de prendre une détermination. Ainsi nous comparons les motifs à des poids placés dans une balance, et nous raisonnons par analogie. Mais quelques philosophes ont tiré de cette analogie des conséquences très-graves : ils ont prétendu que, de même que la balance ne peut incliner d'aucun côté, quand les poids opposés sont parfaitement égaux, et de même qu'elle incline nécessairement du côté où se trouve le poids le plus fort, de même aussi nous sommes dans l'impossibilité de nous déterminer entre des motifs d'une égale force, et nous cédons nécessairement au plus fort. Or, l'observation des faits intérieurs prouve le contraire. On comprend donc dans quelles erreurs peut nous conduire l'analogie, si nous l'employons sans précaution. On a commencé, pour se faire comprendre, par comparer l'indécision de l'homme à celle d'une balance, et puis on a continué comme s'il y avait une parfaite ressemblance entre cette matière inintelligente et inanimée ; qui est la balance, et l'être actif et intelligent, qui est l'homme. Et de ce que l'une reste en repos dans certains cas, on a conclu que l'autre devait y rester dans un cas à peu près semblable.
On ne saurait donc trop se tenir en garde contre l'erreur qui consiste à voir d'abord un léger rapport de ressemblance entre deux objets et à conclure plus tard comme si cette ressemblance était réelle et fondamentale. 11 faut au contraire se