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CHAPITRE V

De la classification.

90. Par suite de comparaisons et de généralisations on a acquis un grand nombre de connaissances générales -, mais on les a acquises comme leurs objets se sont présentés, c'està-dire sans ordre. Or, pour qu'il y ait science, science achevée, et propre à être retenue par l'être intelligent, il ne faut pas seulement des connaissances générales, il faut encore que ces connaissances soient rigoureusement enchaînées les unes aux autres et dans un ordre tel que l'une d'elles, étant prise au hasard, ait avec celles qui la précèdent ou qui la suivent plus de rapports qu'avec aucune autre. Une nouvelle opération est donc nécessaire pour établir cet ordre ; cette opération est la classification. Il faut pour l'accomplir continuer de comparer les types généraux obtenus , chercher en quoi certains d'entre eux se ressemblent encore, placer à côté les uns des autres ceux qui diffèrent le moins et en les réunissant par un nouvel acte de généralisation , en former un type plus élevé ; et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les types soient ordonnés entre eux.

91. Lorsque la classification opère ainsi sur des types d'êtres à caractères communs, le groupe ou être collectif résultant immédiatement de la comparaison et de la réunion des individus s'appelle espèce. Le groupe plus relevé résul-

tant do la réunion des espèces est le genre: les genres par leur réunion constituent une famille, les familles un ordre, les ordres une classe, les classes un règne, etc., l'ordonnance totale est un système (*). Mais comme un genre ou un groupe quelconque n'est lui-même qu'une espèce par rapport à un groupe plus élevé qui devient alors le genre, il suit qu'en réalité tout est réductible aux idées et aux dénominations d'individu, d'espèce et de genre.

92. Lorsque la classification s'exerce, non plus sur des êtres, mais sur des lois qu'elle coordonne en les rattachant à un rapport principal, son procédé ne change pas pour cela. Il faut toujours les disposer dans un ordre tel que chacune d'elles soit contenue dans celle qui précède et contienne celle qui la suit. Mais dans ce travail les dénominations se simplifient : la généralité, quelque étendue qu'elle soit, s'appelle toujours une loi, une loi plus ou moins générale. Quelques-uns cependant appellent principe la plus générale et la plus vaste des lois appartenant à un même ordre de faits , et conséquences celles qui lui sont subordonnées- quelquefois encore on donne le nom de théorie à une réunion de lois sur un même sujet • exemple : la théorie de la chaleur. Lensemble est toujours dit un système.

93. Pour former un système, la classification place à une extrémité le genre le plus étendu , la loi la plus vaste , à l'autre extrémité l'espèce la plus étroite, la loi la plus restreinte -, dans l'intervalle et par gradation les genres et les lois qui tiennent le milieu entre les deux extrêmes, de manière que par la place même qu'occupe un des objets classés, on puisse juger de sa nature et de ce qui le distingue de tous

(*) La dénomination des groupes n'est pas si nettement fixée qu'elle soit toujours employée dans l'ordre de gradation précédent. Les uns font l'ordre plus général que la classe; d'autres intercalent la tribu entre la famille et l'ordre, etc. Trois dénominations seules sont généralement employées; ce sont celles de système pour désigner l'ensemble; de genre pour la réunion des espèces ; d'espèces pour la réunion des individus.

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