PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V
pas que fait la science dans son indéfinie perfectibilité (*). Les plus beaux exemples que l'on puisse citer sont dans les sciences naturelles la classification de Bernard de Jussieu pour la botanique, celle de Linné avec les réformes de Cuvier pour la zoologie, et en philosophie la classification des sciences par M. Ampère.
96. Maintenant que nous connaissons cette nouvelle opération dont la loi est d'être accomplie par l'être intelligent dans le double but 1° : de présenter l'image fidèle de l'ensemble des êtres dans leurs rapports réciproques .5 2° à la faveur de cet ordre de saisir plus facilement et de retenir plus aisément, il nous reste à tracer les règles qui doivent en assurer la légitime exécution.
97. Deux méthodes se présentent (95) et nous donnent deux sortes de classifications. Or, il est tout d'abord évident que la classification naturelle atteint seule le premier but , puisque seule elle ordonne les groupes d'après leurs degrés de ressemblance et de différence non extérieure , accidentelle et déterminée arbitrairement, mais intime, essentielle et déterminée par la nature même. Pourtant il faudrait bien se garder, en voulant atteindre un but de manquer l'autre et de se préoccuper en faveur de la classification naturelle au point d'abandonner la méthode artificielle, laquelle dans une multitude de cas et surtout au début de la science mérite d'être préférée à l'autre. En effet, comme on ne fait alors usage que d'un seul caractère ou du moins d'un très-petit nombre qui ont entre eux une analogie visible et tranchée, il en résulte que les divers principes qui président à la formation de chaque groupe, ramenés tous à la considération du caractère fondamental, comme à leur centre commun, sont bien plus faciles à saisir et à graver dans la mémoire $ ce qui remplit déjà le second
(*) Cf. Cuvier, Le Règne animal distribué d'après son organisation ' 1. 1 y introd, , p. Il et 12.
but de la classification : tandis qu'il est à craindre qu'une classification naturelle, prématurément tentée, alors que la science à son début ne connaît qu'un petit nombre d'êtres et de faits, et conséquemment peu de caractères généraux, peu de liaison entre ces caractères, il est à craindre, disons-nous, que la classification naturelle prenant indifféremment ses principes dans tous les caractères que présentent les objets, ne rétablisse ainsi la multiplicité qu'elle avait pour objet de faire disparaître, et ne présente à l'esprit qu'un ensemble mal lié, défiguré par des lacunes , par des divisions disparates et rebutantes pour la mémoire, et ne manque ainsi le double but qu'elle se proposait. Les faits viennent à l'appui de ce que nous avançons et l'histoire des sciences nous apprend que les classifications artificielles ont toujours précédé et préparé les classifications naturelles, dont l'essai n'a été fructueux qu'alors que la science avait recueilli un nombre de faits tel qu'elle pouvait réellement apprécier les rapports qui unissent les objets. Ainsi en botanique Tournefort et Linné précèdent Jussieu, et en philosophie Bacon et d'Alembert précèdent M. Ampère.
En résumé , reconnaître les deux méthodes, et, avant toute chose, savoir, selon les circonstances, apprécier l'opportunité de chacune d'elles.
98. De tout ce qui précède on conclut facilement que les principales règles de la classification artificielle doivent être :
1 De choisir des caractères aussi importants que possible, mais surtout simples et faciles à percevoir 5
2 ' D'ordonner ses groupes avec une parfaite symétrie.
99. La première de ces règles peut, jusqu'à un certain point , être regardée comme commune aux deux méthodes ; mais la symétrie , qu'on ne doit jamais perdre de vue dans la classification artificielle, ne doit pas nous préoccuper autant dans la classification naturelle. Si elle se présente , il faut la saisir avec soin et empressement; sinon , se garder de forcer et d'altérer la nature en voulant la trouver là où elle ne su