‹ Traité de logique;Chapitre 53 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V

montre pas d'elle-même. En classification naturelle , il faut donc prendre ce qui se montre et ne rien ajouter. D'un autre côté ce serait une erreur de croire qu'il faut coordonner uniquement d'après la somme minutieusement formée de toutes les ressemblances et de toutes les différences. Outre que le temps ne le permettrait pas, les différences et les ressemblances , qui rapprochent ou séparent les êtres et les faits , ne sont pas toutes d'égale valeur, Il y a des caractères dominateurs qui donnent des rapports importants et des caractères secondaires qui donnent des rapports subordonnés. 11 ne suffit donc pas de les compter, il faut les peser, pour ainsi dire , il faut établir leur subordination exacte. D'après ce principe , la principale règle de la classification naturelle , mais aussi la principale difficulté , consiste dans l'appréciation de la valeur relative des divers rapports qu'ont entre eux les objets que l'on ordonne. Mais , pour juger convenablement de la valeur d'un rapport, il faut connaître l'importance des phénomènes ou des circonstances d'où on le tire , ainsi que l'importance du point de vue sous lequel on le considère. En général, un phénomène et une circonstance sont d'autant plus importants qu'ils offrent plus de constance et d'universalité , et qu'on les juge plus essentiels dans l'existence des êtres ou des faits que l'on compare (*). Il en est de même pour l'importance du point de vue sous lequel on compare. — Ainsi, par exemple, il est clair que si l'on veut tenter une classification des êtres organisés , l'importance des organes à considérer pourra être établie ainsi qu'il sait : 1° organes essentiels à la nutrition et à la reproduction ; 2° organes protecteurs 5 3° organes accessoires, etc. Le point de vue lui-même sera plus ou moins important, suivant que l'on aura égard : 1° à la présence ou à l'absence des organes-, 2° à leur position dans la symétrie générale -, 3° à leur nombre ; 4° à leur forme ; 5° à leur gran-

(*) Delafosse , Précis élémentaire d'histoire naturelle, II, p. 104 et suiv.

deur relative, consistance, couleur, etc. — Et enfin, si l'on voulait tenter une classification naturelle des systèmes de philosophie, il faudrait tenir compte, par exemple , du temps, du lieu , des hommes, des questions, des méthodes, des solutions, etc.: mais, parmi ces rapports, il en est qui sont essentiels et les autres secondaires ; il faudrait donc déterminer leur importance relative et s'appuyer sur les plus importants. Et comme il y a plusieurs points de vue sous lesquels on peut comparer, soit les méthodes , soit les questions, etc., il faudrait encore, avant tout, en déterminer l'importance relative , pour n'employer que les principaux , et négliger sans inconvénient ceux qui seraient placés aux derniers degrés de l'échelle.

Remarquons , en terminant , que l'importance des caractères et des points de vue sous lesquels on les considère varie suivant la nature du but qu'on se propose dans la classification , et que par conséquent la place qui convient le mieux à un objet par rapport à d'autres objets peut varier relativement à ces mêmes objets dans plusieurs classifications. En effet, les objets ne sont pas considérés sous le même point de vue dans toutes les sciences : pour chaque science , ils peu- Vent donc avoir , ils ont même effectivement entre eux des rapports spéciaux et particuliers , et par conséquent , quoique la méthode générale des classifications soit toujours la même, chaque classification peut et doit offrir des N différences dans l'ordre des mêmes objets , suivant qu'elle est faite en vue de telle ou de telle science.

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