‹ Traité de logique;Chapitre 55 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V

sectes : ... eos usque ad pallorem, usque ad convicia , usque ad sputa, nonnunquam et usque ad pugnos, fustem et ferrum digladiari. Des émeutes sanglantes signalèrent la fureur des deux partis, qui comptaient jusqu'à des rois dans leurs rangs. L'empereur Louis 'de-Bavière se rangea du côté des nominaux, et Louis XI, s'attachant aux réalistes, persécuta cruellement les partisans de la secte rivale. Cette querelle philosophique se prolongea jusqu'au temps où les doctrines de la réforme vinrent fixer sur des discussions plus sérieuses l'attention des hommes éclairés. L'importance de cette question et des débats qu'elle souleva, se trouvait bien moins dans les rapports qu'elle avait avec la science, que dans ceux qu'on lui croyait avec les vérités fondamentales du christianisme. C'est vraiment sous ce point de vue que la considéraient les contemporains (*) ; aussi à cause de son peu d'importance au point de vue scientifique , nous dispenserons-nous de rapporter l'historique de ses longs débats et les raisons que l'on avançait de chaque côté pour soutenir des solutions que l'observation analytique des faits intellectuels était seule appelée à donner. 102. Que nous apprend donc à ce sujet l'observation des faits?

(*) Illi utique nostri temporis dialectici, imo dialectice haeretici, qui non nisi flatumvocis putant esse univers aies substantiels (Saint Anselme, Opp. éd. Gerberon , p. 41 ). Recédant à nobis novelli, non dialectici, sed haeretici, qui magnitudinem quâ magnus est deus...... deum non esse

impiissimè disputant (Saint Bernard, in Cant. Serm., lxxx, p. 1548).

Roscelin ne reconnaissait que l'individu; il niait l'existence du genre qui est au-dessus de l'individu , il niait également l'existence des parties qui sont au-dessous de l'individu , et les regardait comme de purs mots. Cette opinion fut attaquée par Abélard, mais toujours au point de vue théologique et comme étant contraire au passage de l 'Évangile^oU il est dit que les disciples offrirent à Jésus un morceau de poisson qu'il mangea : obtulerunt ei partem

piscis assi et cum manducasset, etc. Luc, ch. 24, vers. 42, 43. Voici

les expressions d'Abélard : hic (Roscelinus) sicut pseudo-dialecticus , ita e£pscudo-christianus, cum in dialecticû suâ nullam remportes habere œstimat, Ha divinam paginam impudenter pervellit, ut eo loco quo dicitur dominus partem piscis comedisse , partem hujus vocis, quœ est piscis, non partem rei intelligere cogatur ( Abél., Opp., p. 334;. Voir sur ce point, Cousin, Introd. auxœuv. inéd. d'Abélard,p. cliv et xci.

Peut-être Roscelin avait-il seulement voulu dire que la partie fragmentaire, un bras, par exemple, n'a pas d'existence propre, et qui, ainsi réduite, puisse commencer ou continuer d'être. Mais son assertion n'était pas vraie, quant à l'existence même de la partie ; elle n'était d'ailleurs pas vraie relativement à la partie élémentaire qui est avant l'individu qu'elle contribue à constituer. Cf. suprà (10).

Qu'est-ce qu'une idée générale , et quel est son objet? Et d'abord qu'est-ce qu'une idée individuelle et quel est son objet ? nous l'avons déjà vu (Oàll); une idée, c'est la vue d'un objet de connaissance, substance ou qualité, fait ou circonstance , isolé de ce à quoi il est nécessairement uni dans la réalité de l'existence objtctivc, et dans la réalité de la perception d'où l'idée peut se dégager. Ainsi même à l'idée individuelle ne répond aucun objet qui existe ainsi isolé, mais bien un objet uni à d'autres objets , une qualité à une substance , une substance à une qualité. Qu'est-ce maintenant qu'une perception générale? Une perception générale consiste à connaître que telle et telle qualité est constamment celle de tels et te's êtres, que telle ou telle circontance est constamment la loi de tels ou tels faits; Dans la recherche et la perception du général , on ne voit pas la qualité sans la voir en un être, la circonstance sans la voir en un fait. Là tout est concret et composé comme la réalité elle-même. Qu'est l'idée générale? C'est la vue isolée de cette qualité, de cette circonstance commune, avec abstraction de toutes les individualités où nous l'avons perçue.

Or, quand on a déterminé ce qu'est un genre et ce qu'est une loi, quand on sait d'ailleurs ce qu'est une idée et la manière dont l'idée se produit en nous, il est difficile de se demander sérieusement, 1° ce qu'est une idée générale, 2U si une idée générale n'est qu'un mot, 3° enfin , ce qui répond à une idée générale ; ou du moins il est difficile de ne pas trouver aussitôt la réponse à cette triple question.

1° Une idée générale est, comme toute idée, une modification de l'être intelligent, laquelle résulte de son pouvoir de considérer séparément ce qui est un dans la réalité , et , comme idée générale , elle consiste dans la vue isolée d'une qualité commune à un certain nombre d'individus. Il ne faut donc pas dire, avec Roscelin, que l'idée générale n'est rien , n'existe pas ou qu'elle n'est qu'un pur nom , puisqu'elle est un fait très-réel , une modification de nousmême, et que de plus elle peut réellement exister sans un nom qui la traduise et la rende sensible.

2° « Si vous croyez que les idées générales soient autre chose » que des noms, dites si vous pouvez quelle est cette autre chose?» (Condillac, Langue des calculs , chap. 4). Rien n'est plus facile ; l'idée générale est la vue isolée d'une qualité commune à un certain nombre d'individus (¥), qui les caractérise, les distingue et permet

(*) A la rigueur, ou trouverait celte réponse elle-même dans le chapitre cité de Condillac, si ou voulait l'étudier avec soin.

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