PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VI
atteindra dans le tube barométrique ; comme je connais la loi générale de l'ascension des liquides et que je sais que la hauteur est en raison inverse de la.pesanteur spécifique , si je connais la pesanteur spécifique du liquide en question, je sais, sans avoir besoin d'expérimenter , à quelle hauteur il atteindra.
105. Dans toutes les opérations qui ont précédé celle que nous venons de décrire , ce qui était connu , c'était l'individu, le particulier, et nous voulions , en partant de cette donnée, nous élever (induci) par le procédé inductif à la connaissance du général. Dans l'opération intellectuelle qui nous occupe, c'est le général qui est connu • et nous voulons, à l'aide de cette donnée, connaître le particulier, revenir du genre à l'individu, de la loi aux faits qui doivent se succéder dans tel ou tel cas particulier; nous voulons , en un mot , redescendre (deduci) du général au particulier, d'où vient que cette opération intellectuelle est dite déduction.
106. On voit par tout ce qui précède que la déduction n'est pas et ne saurait être une opération primitive . On ne commence pas par déduire ; on ne commence pas par connaître le particulier sans le soumettre à l'observation , et en se contentant de tirer sa connaissance de celle du général. Il faut avant être entré en possession de la connaissance générale , et on n'y arrive qu'en partant de l'étude empirique des individus, et des comparaisons qui en révèlent les qualités communes et les lois constantes. Alors seulement on peut essayer de ne plus étudier les individus en eux-mêmes et de tirer la connaissance d'une de leurs propriétés des autres propriétés connues dans le général. Ainsi on ne déduit que quand on a induit, que quand on a reconnu des genres et des lois, ou quand on en a adopté de reconnus par autrui. La déduction nous permet de nous servir des principes acquis en les appliquant aux individus et aux faits qu'il est difficile ou impossible de soumettre à l'observation. C'est là son premier usage. 107. La déduction repose sur l'induction; les connaissais
ces qu'elle nous donne., elle les tire de l'induction, et, par suite , ne peut donner que ce que l'induction contient, et ne vaut que ce que vaut l'induction : c'est ce rapport intime avec l'induction qui la fait si souvent employer pour vérifier l'induction elle-même , et s'assurer si les principes sont vrais , et si les faits qui sont s'accordent avec les lois qu'elle nous dit être. En effet, d'après la manière dont sont formées les vérités inductives, tout ce qui est vrai du genre doit être vrai de l'individu , puisque le genre ne contient que des qualités communes. Si donc la loi de tel genre est légitimement formulée , tel individu de ce genre devra y être soumis 5 on expérimente sur cette déduction , et si le résultat est en contradiction avec la loi , c'est une preuve que cette loi n'est point celle du genre, et que la généralisation qui l'a formulée est à recommencer. Les deux opérations de l'induction et de la déduction sont ainsi dans un rapport tel, que la seconde ne peut exister sans la première , et que la première peut et doit être appliquée et vérifiée par le moyen de la seconde } car une fois les genres et les lois reconnus et formulés par l'induction , ou l'ordre de l'univers est nul de plein droit, et il n'y a plus à compter sur lui , et , par conséquent , il faut renoncer à l'induction elle-même , ou l'on peut tirer de ses principes généraux des applications sûres et des moyens de vérification.
108. Et de même que l'induction tire sa légitimité et sa force irrésistible des principes absolus et nécessaires sur lesquels elle repose (73), de même, la déduction tire la sienne de ceux de ces mêmes principes qui lui servent de base et de fondement. Quand elle conclut l'identité des effets et des phénomènes de l'identité de cause et de substance , elle s'appuie sur le même principe que l'induction en l'appliquant à sa manière. Quand elle prend, pour arriver à sa conclusion, un intermédiaire entre l'objet donné et la qualité à découvrir, et que du rapport de convenance entre cet intermédiaire d'un côté , et l'objet et la qualité de l'autre , elle conclut le même