‹ Traité de logique;Chapitre 66 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII

philosophie et en sciences naturelles de l'autorité d'Aristote, et encore de celle de l'Église, le moyen âge ne reconnut pomt que les principes doivent être fournis à l'homme par l'expérience de l'homme , il les demanda à l'autorité. Et par suite, au lieu de les regarder comme susceptibles d'être discutés ou contrôlés et rejetés par l'expérience, il les reçut àtitre d'axiomes et d'articles de foi, invariables et inattaquables comme l'autorité à qui il les demandait, et ne laissa plus à l'homme que le soin d'en tirer les conséquences rigoureuses. De là la profonde différence qui sépare les règles actuelles de celles auxquelles s'attacha la philosophie scolastique. Les règles que la logique moderne impose à la déduction sont relatives à l'examen et à la vérification du principe général et des rapports par lesquels nous lui rattachons le particulier d'après ce que nous en connaissons ; en un mot, elles se rapportent encore à l'examen et à l'observation des objets de nos connaissances , attendu qu'une fois les principes posés , la conséquence suit inévitablement. Loin de là , les règles de l'ancienne logique ne concernent que la conséquence, et jamais les principes -, elles ne sont point d'examen, de contrôle, d'observation, mais d'application (*). Et comme, après tout, c'est le plus souvent en pa-

l'emploi de la méthode de division et qu'il consacre à peine une ligne (Politique, liv. 1, ch. I , § 2) à Y analyse qu'il ne nomme même pas, il est tout naturel que l'on ne se soit pas occupé de Yanalyse et du procédé d'observation dont elle est l'acte principal. Cf. infrà , 220 , note.

(*) C'est là ce qui les rendait si chères à l'autorité , mais en même temps si inutiles à l'époque où l'expérience n'avait servi ni à établir ni à vérifier les principes généraux. C'est ce qui faisait dire à Bacon : « La Logique en usage » est plus propre à consolider et fixer les erreurs qu'à découvrir la vérité. » CZVbu. org., liv. I, aph. 12.) «La méthode employée jusqu'ici est erronée et » impraticable; et lorsqu'on y réfléchit, on est frappé de stupeur en voyant » que personne n'ait pris à cœur et ne se soit même occupé d'ouvrir à » l'esprit humain une route sûre, partant de l'observation (ab ipso sensu) » et d'une expérimentation bien réglée, mais que tout ait été abandonné aux » ténèbres des traditions , et aux tourbillons étourdissants de l'argumen- » tation (traditionum caligini, vel argumentorumvertiginietturbini)...» Quant aux curieux et aux importuns qui demandent à la dialectique la valeur et la preuve des principes et des axiomes qu'elle emploie, elle les renvoie par

rôles que se fait cette application, toutes ces règles sont relatives à l'expression cl u procédé déductif'ou au syllogisme. Le principe général donné par l'autorité, donné en certains termes, fceÔsvccov twuiv, il doit être adopté, il ne peut plus être discuté (*), et les règles sont relatives à la comparaison de ces ternies comme termes, et ne se rapportent jamais à l'examen et à l'observation des objets mêmes que représentent ces termes. De là les formes extérieures de la démonstration et de renonciation , en un mot, toutes les figures que peut prendre l'expression du fait intellectuel, mises à la place du fait intellectuel lui-même.

119. 2° L'enthousiasme des partisans d'Aristote ou plutôt de la philosophie scolastique, ne se borna pas à soutenir, contre la pensée même d'Aristote, que non-seulement le syllogisme était la forme unique de la science, mais il alla jusqu'à dire qu'il en était le moyen unique (**). On conçoit bien qu'avec un système de logique qui ne laissait point l'examen atteindre par l'observation les objets de nos connaissances générales, mais le réduisait aux termes par lesquels nous les énonçons, il y ait eu absence complète de règles inductives, de règles dont l'objet est de nous permettre d'acquérir nousmêmes des principes ; mais ce qui est vraiment inconcevable, c'est que des hommes, nourris de l'étude d'Aristote , n'aient pas vu, que d'après Aristote lui-même, la déduction, telle qu'il l'entendait, n'était plus possible du moment qu'elle était réduite à elle-même. En effet, ce philosophe établit en divers passages de ses œuvres et notamment, Morale à Nicom., liv. VI, ch. 3, et Dern analy., liv. II, eh. 19 : « Que c'est par » Vinduction que sont fournis les principes sur lesquels se » fonde le syllogisme et pour lesquels, par conséquent {***), il n'y

une réponse bien connue, ad ftdem, et veluti sacramentum cuilibet arti prœstandum ( aph. 82 ).

(*) Damiron, Psychologie, p. 107.

(**) Voyez sur ce sujet les curieuses citations de M. Barth. Saint-Hilaire, Mémoire sur la log. d'Aristote, tome I, page 21.

(***) « Dans toutes les sciences les principes sont spéciaux pour la plupart,

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