PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII. 12ô
pour qu'enfin on puisse prononcer la conclusion ; mais une fois que Ton connaît et le principe général et le rapport du particulier à déterminer au principe général, tout est connu pour nous, et la conséquence suit rigoureusement. Ainsi, en définitive, c'est l'observation, la comparaison, et en un mot, l'étude de la réalité en elle-même et sur elle-même qui donne vraiment la connaissance, et la déduction ne fait que l'appliquer et la démontrer -, ainsi qu'Aristote lui-même l'avait reconnu très-formellement (*). Le raisonnement déductif ou plutôt le syllogisme n'est que la forme que peut prendre ce procédé, il est incapable de nous donner rien par lui-même, et il est sans valeur réelle pour l'acquisition , quelle que soit d'ailleurs sa beauté comme figure assurant la régularité et la légitimité de la démonstration et de l'application.
Le syllogisme est fait pour tirer d'un principe ce qu'il contient , et il ne peut en tirer que ce qu'il contient , ainsi que le disent tous les logiciens. En Rappliquant aux principes généraux inductifs, s'il en tire une application particulière, c'est toujours néanmoins comme principe général qui doit se retrouver dans cette circonstance particulière , car il ne tire vraiment du principe général inductif rien de purement indi-
(*) Un passage de la rhétorique d'Aristote (liv. I, en. 2), semble indiquer que ce philosophe avait composé un traité spécial de la méthode : ce traité est perdu. Voici les principes de méthode qu'on trouve épars dans ses œuvres. « Le premier principe , c'est de rechercher les faits , les phénomènes » particuliers ( Des part, des anim., ch. 1). Il faut d'abord les recueillir » pour en découvrir ensuite les causes et la génération ( yivéasuç ). On ne » doit pas du reste, se borner à une observation isolée (Physiognom., ch. 2); » à elle seule elle ne saurait suffire; mais lorsque plusieurs s'accordent , on » peut déjà croire au fait avec plus d'assurance ; et c'est le propre de la phi- » losophie de conclure, par induction, le nécessaire de quelques faits parti- » culiers. Ici du reste , l'expérience et l'habitude ont une grande autorité, et » ce n'est qu'après avoir longtemps consulté l'expérience, qu'on est capable » de connaître les choses ( Physiognom., ch. h) et d'en parler pertinem- » ment. » Extrait du Mém. sur lalog. d'Aristote, par M. Barth. Saint- Hilaire, tome II, p. 31 ; consultez encore cet excellent ouvrage, même vol., p. 54. On voit par ces citations, combien Aristote était peu compris ou peu connu de ceux qui faisaient de ses œuvres un usage si exclusif.
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vidtiel. Ainsi en l'appliquant aux principes absolus on nopeul
en tirer que l'absolu et le nécessaire-, or l'absolu elle nécessaire nous est toujours connu et il n'y a pas lieu d'appliquer
le raisonnement aux principes absolus pour savoir s'ils sont applicables à telle ou telle particularité, puisque nous les concevons comme applicables à tout et à tout nécessairement, et cela, sans le secours du raisonnement.
Ainsi appliqué aux principes absolus, le raisonnement déductif n'en pourrait tirer que l'absolu, comme d'ailleurs sans lui et rien d'applicable à la science et à la vie, qui se composent de réalités (*). Et ceux qui ont eu la prétention de former la science en appliquant le syllogisme aux principes absolus n'ont pu en tirer que l'absolu et non la science de la réalité, ainsi que le prouve l'exemple de Spinoza et de tous ceux qui ont voulu fonder la science à priori et indépendamment de l'expérience, et dont tous les systèmes n'ont pas produit une seule vérité positive et applicable.
C'est donc l'induction qui doit fournir au procédé déductif ses matériaux ; car elle seule étudie et saisit la réalité. Le procédé déductif n'a de portée que pour l'induction, dont il est le complément et la contre-partie. 11 lui est égal et ses vérités sont de môme nature et de même ordre-, il redescend tous les degrés qu'a montés l'induction, et n'est applicable qu'aux vérités fournies par elle. C'est donc l'induction qui
(*j Aristote lui-même ne s'est pas contenté de dire que le syllogisme devait reposer sur les principes fournis par l'induction, il a encore distingué d'une manière très-nette la nature des principes absolus , qu'il appelle science en puissance , de la nature des vérités relatives quoique générales de l'induction , qu'il appelle science en acte. «La science et Je savoir sont » doubles : il y a la science en puissance et la science en acte. La science en » puissance est en quelque sorte la matière du général et elle est toute indé- » terminée, et elle s'applique à tout ce qui est indéterminé comme elle. La » science en acte est, au contraire, spéciale el déterminée, affirmant une » chose d'une autre chose. » (Métaphy ., liv. XIII, ch. 10 vers la fin.) Mais, il n'a point suffisamment distingué leur mode d'acquisition, et il les rapporte tous à l'induction : àSuvaxov xh xaOo'Xo'j Bsto'pïiaai û ;j.t, Si' È~cr;or;Y,:. (Dern. analy., ch. 18.)