PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII
doit fonder la science ; et le procédé déductif, impropre à découvrir et à trouver, ne peut faire que l'application et la vérification des vérités inductives. C'est là le rôle qu'on n'aurait jamais dû oublier de lui conserver. Il est juste dédire aussi que l'erreur sur la portée et la valeur du syllogisme était facile, surtout au début dans la science. Les principes absolus vont à tout: comment ne pas croire qu'ils contiennent l'explication de tout, que tous les trésors de la vérité sont contenus dans le sein de ces vérités éternelles, et qu'il suffit pour les en tirer d'appliquer le syllogisme à cette mine inépuisable. Ils ont d'ailleurs en eux quelque chose d'immuable et de parfaitement clair qui est bien fait pour séduire. L'évidence progressive des vérités inductives, faible encore au début de la science, changeant à chaque instant par suite de leur indéfinie perfectibilité, n'offrait point quelque chose d'aussi sûr, d'aussi stable. On ne croyait pas qu'on pût conclure du particulier au général, et les expériences n'étaient ni assez nombreuses , ni assez bien faites pour révéler la force et la valeur du procédé inductif. C'est là sans doute une des causes de l'erreur que nous venons de signaler.
120. Dans tout ce qui précède, nous avons vu qu'Àristote n'avait ni ignoré , ni méconnu la vraie méthode d'acquisition de la science, et nous avons indiqué les principaux passages qui peuvent être opposés à cette opinion de ses détracteurs , ou de ses admirateurs immodérés , qu'il aurait prétendu faire du syllogisme l'instrument unique de la science. Mais, nous avons vu en même temps que tous ses principes de méthode manquaient soMvent de précision, qu'au lieu d'être ordonnés et de former une théorie directe et complète, ils étaient épars çà et là dans ses œuvres. C'est encore là sans doute une des causes qui amenèrent la prétention de ceux qui voulurent fonder la science sur le syllogisme. Cette prétention amena une réaction violente contre la logique d'Aristote , rendue responsable des torts de ceux qui, à force de l'admirer, n'en
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comprenaient plus la portée. Quelques protestations avaient déjà été faites dans la première partie du xvie siècle (*) *, mais ces protestations manquaient d'indépendance , restaient toujours sous le joug de l'antiquité, et ne faisaient que changer d'autorité en prenant pour maître Platon , Zenon ou Épicure , au lieu d'Aristote, lorsque Bacon, par suite des découvertes déjà assez nombreuses dues à l'observation des faits , comprenant la puissance et la portée de l'observation et de l'induction, prétendit instaurer les sciences, c'est-à-dire les appuyer sur une base nouvelle et vraiment scientifique, en les recommençant ab imis fundamentis (Nov. org. I, aph. 31), attendu que rien de ce qui avait été fait précédemment n'avait le caractère scientifique , que les principes imposés à la physique, aux sciences naturelles, à la philosophie, n'étaient pas des principes , et que dès lors ces prétendus axiomes devaient être soumis à un sérieux examen , ou plutôt abandonnés comme n'étant que rêveries de sophistes. Pour atteindre les vrais principes , la vraie science , il voulait qu'on s'appliquât d'abord à recueillir quelques faits bien analysés et bien observés dans les circonstances qui les accompagnent, qu'on éliminât les circonstances accidentelles , et qu'on coordonnât les circonstances essentielles à la production d'un fait en lois de ce fait -, qu'on vérifiât ensuite les lois en se servant de la connaissance que l'on en a pour reproduire les faits euxmêmes en reproduisant leurs circonstances essentielles, et qu'à l'aide de la connaissance de ces premières lois, ou, comme il dit , à l'aide de ces axiomes , d'abord peu généraux , et de l'observation de nouveaux faits , on s'élevât à d'autres principes plus généraux, mais toujours limités et précisés avec soin par l'observation de la réalité. Il appelle induction la nouvelle méthode qu'il propose , et il la résume en ces mots : « Analyser les expériences , les décomposer et conclure néces-
(*) Ci'- Barlli. Sainl-llilaire, âlém. sur la log, d'Aristote, 3e part,, ch. 12.