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134 TRAITÉ DE LOGTQUE.
122. C'est donc un tort , et c'est même un tort assez commun de croire que le Novum organum contient un exposé complet et régulier de la méthode , ou seulement de la méthode dans sa partie inductive. Le premier livre n'est réellement qu'une introduction à la méthode -, le second , destiné à l'exposition de la méthode, est inachevé. Il en est du Novum organum comme de l'œuvre totale de Bacon , elle est restée incomplète 5 incomplète en son total, incomplète en chacune de ses parties. Et pour celles qu'il a essayé de compléter, la théorie se perd dans une foule de détails qui ont dû sans doute se présenter à celui qui le premier portait un regard sérieux et profond sur la partie inductive de la méthode , mais qui , par leur nombre, troublent l'esprit, l'empêchent de bien se reconnaître et de voir nettement comment il doit se conduire au milieu de toutes ces règles qui , ne convenant pas également à toutes les sciences, s'imposent toutes cependant au même titre et comme autant de lois , sans s'élever jusqu'à la généralité, ni se classer avec sévérité.
Ainsi le mérite de Bacon est moins dans ce qu'il réalisa que dans l'impulsion qu'il donna (*). Son mérite est d'avoir montré que les principes adoptés jusqu'alors n'étaient pas des principes, et que le syllogisme était impuissant pour augmenter le nombre de nos idées ; d'avoir proclamé plus haut que qui que ce soit en philosophie, que nulle autorité n'avait le droit d'imposer des principes, et qu'à l'esprit humain seul reviennent
(*) Les fondateurs de la Société royale de Londres le reconnurent pour maître et déclarèrent qu'ils ne voulaient qu'accomplir un de ses plus beaux projets et suivre ses sages directions (Hist. de la Soc. roy. de Londres, par le Dr Sprat, 1, p. 35, 36). Les encyclopédistes se mirent sous la protection de son nom et déclarèrent également (Disc. prêl. de l'Encyclop.) qu'ils ne faisaient que remplir le plan tracé par son vaste génie. Gassendi se fit gloire d'être son disciple et donna de sa méthode une excellente analyse. Enfin, naguère nos représentants regardant la propagation de ses écrits comme ce qu'il y avait de plus utile aux progrès de la philosophie et de la raison, avaient ordonné la traduction et l'impression de ses œuvres aux fiais du trésor public (Décret de la Convention nationale du 20 brumaire an in; dans le moniteur du 27 brumaire).