PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VIT
le droit et le pouvoir de les trouver, par l'emploi légitime de la raison et de l'induction. Son mérite est d'avoir détourné des vaines discussions et des spéculations stériles de l'école , et d'avoir poussé l'intelligence humaine dans une voie de recherches qui ont produit toutes les merveilles théoriques et pratiques de la science moderne. Ce sont là ses vrais titres de gloire.
123. Presque en même temps que l'Anglais Bacon remplaçait l'ancien organum par le nouveau, le Français Descartes essayait de soustraire la raison humaine au joug de la scolastique et de lui apprendre à ne relever que d'elle-même et des lois que Dieu lui a faites, et à ne se rendre qu'à l'évidence 5 à cet effet il publiait son Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences (*). Il nous est donc impossible de ne pas parler de ce discours. Mais l'ouvrage de Descartes est du nombre de ceux qu'il est impossible de faire connaître par une analyse à qui ne Fa pas lu. Il est d'ailleurs si court que l'on ne peut se dispenser de connaître par soi-même un ouvrage dont un excellent juge a dit « qu'il ne croirait à la réalité des études philosophiques en » France que lorsqu'il le verrait entre les mains de tous les » jeunes gens qui étudient la philosophie » (M. Droz, vol. 2, «page 50). Ce n'est donc que pour faciliter la comparaison des principes de Bacon avec ceux de Descartes, que nous écrivons ce qui suit.
Le discours de la méthode peut se diviser en six parties, ainsi que Descartes l'indique lui-même dans l'avis qu'il a placé en tête de ce discours.
Quand Bacon et Descartes parurent, ils eurent non-seulement à édifier la science et la méthode, mais à renverser au préalable la méthode incomplète qui régnait et les erreurs qu'elle avait produites. En conséquence, ils devaient employer
(*) Le JYov. or g, parut en 1620; le Discours de la méthode parutàLeyde
en 1G37.
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deux sortes de moyens, dos moyens de destruction et de déblai ou négatifs, et des moyens d'acquisition et de construction ou positifs. Descartes, ainsi que Bacon, commence par les moyens négatifs, et leur consacre la première partie de son discours et môme le commencement de la seconde (*). Cette partie répond donc au premier livre du Novum organum. Mais dans le discours de la méthode, tous les moyens destructifs et préparatoires se réduisent à un seul, le doute méthodique, qui est cet effort sur soi-même par lequel on s'abstient de prononcer sur les choses qu'on n'a pas vérifiées par soi-même et qui ne sont pas d'une évidence irrésistible.
Descartes commence par raconter comment après avoir étudié tout ce qu'on étudiait de son temps, il fut amené à douter de la valeur de ce qu'il avait appris, et à soupçonner qu'il y aurait un immense avantage à renverser cet amas de croyances entassées en lui par plusieurs diverses personnes et à les rebâtir sur un plan qui lui appartînt en entier. Il espérait que la logique qu'il avait apprise « pourrait contribuer à son dessein. » Mais, comme Bacon, il reconnut bientôt que les subtilités de la logique scolastique ne pouvaient lui être d'aucun secours. « En examinant la logique, je pris garde, dit-il, » que les syllogismes et la plupart de ses autres instructions » servent plutôt à expliquer à autrui les choses qu'on sait, ou » même, comme l'art de Lulle, à parler sans jugement de celles » qu'on ignore, qu'aies apprendre, et bien qu'elle contienne en » effet beaucoup de préceptes très-vrais et très-bons, il y en » a toutefois tant d'autres mêlés parmi eux qui sont ou nuisi- » blés ou superflus, qu'il est presque aussi malaisé de les en » séparer que de tirer une Diane ou une Minerve hors d'un
>» bloc de marbre qui n'est point encore ébauché Ce qui
» fut cause que je pensai qu'il fallait chercher quelque autre » méthode-, et au lieu de ce grand nombre de préceptes dont » la logique est composée, je crus que j'aurais assez, des
(*) Il consacre au même sujet la première de ses Méditations.