‹ Traité de logique;Chapitre 74 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII

» quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante » résolution de ne manquer pas une fois à les observer.

» Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour » vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c'est-à- » dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la préven- » tion, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements )> que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à » mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en » doute.

» Le second, de diviser chacune des difficultés que j'exami- » nerais en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait » requis pour les mieux résoudre.

» Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en com- » mençant par les objets les plus simples et lesplusaisésà con- » naître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la » connaissance des plus composés, et supposant même de V ordre » entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les » autres.

» Et le dernier, de faire des dénombrements si entiers et des » revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. »

Tels sont textuellement reproduits les préceptes composant la méthode de Descartes : ils sont contenus dans la seconde partie du discours.

La troisième est consacrée à exposer les principes de morale que l'auteur ne jugea pas à propos de comprendre dans son doute universel et qu'il adopta par provision, comme ille dit.

Dans la quatrième, il développe les raisons par lesquelles il prouve l'existence de Dieu et de l'âme humaine, qui sont les fondements de sa métaphysique.

Dans la cinquième , il rappelle certaines questions de physique dont , aidé de sa méthode, il a donné ailleurs les solutions 5 et « pour faire voir en quelle sorte il traitait cette ma- » tière, il donne son explication du mouvement du cœur et des » artères ; » et enfin expose la différence qu'il croit exister entre l'âme humaine et l'âme des animaux.

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Enfin, dans lasixième, il dit les raisons qui le déterminèrent à ne pas publier de son vivant son système du monde et déclare que son dessein est de consacrer loule sa vie à l'étude de la médecine, « car, dit-il, l'esprit dépend si fort du tempéra- » ment et de la disposition des organes du corps, que, s'il est » possible de trouver quelque moyen qui rende communément » les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jus- » qu'ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le » chercher. » Cette opinion de Descartes sur les rapports du physique et du moral et sur l'alliance des sciences physiologiques et des sciences philosophiques mérite singulièrement d'être remarquée (*).

124. Quant aux préceptes qui constituent sa méthode, on voit qu'ils doivent conduire au même but que ceux de Bacon, c'est-à-dire, à un art qui nous apprenne non-seulement à exposer la vérité telle que nos semblables nous l'ont enseignée, mais à la trouver par nous-mêmes, en faisant un légitime usage de notre intelligence. Tous les deux veulent le libre examen et remplacent l'autorité par l'évidence.

La première règle de Descartes est un simple énoncé des conditions de la certitude \ sa véritable valeur est dans le principe de certitude qu'il oppose à celui de la scolastique. La scolastique, pour admettre une chose comme certaine, invoquait l'autorité; Descartes ne se rend qu'à l'évidence. L'évidence saisie et clairement aperçue par le sens intime , est la vraielumière et le guide constant de tout travail philosophique. L'évidence, le raisonnement rigoureux et non l'autorité, telle est la base nouvelle qu'il donnait à la philosophie et sur laquelle elle n'a plus cessé de s'appuyer. Les trois autres préceptes contiennent sous une forme très-générale et même

(*) Bossuct lui-même était de cet avis, et se préparant à faire connaître à son royal élève les doctrines métaphysiques qu'il jugeait les plus exactes sur Dieu et sur rame, il commença par dos leçons d'anatornie et de physiologie qui occupent à peu près le quart du volume assez peu considérable qu'il avait composé à cette occasion.

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