‹ Traité de logique;Chapitre 76 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII

» me contentai de supposer que Dieu formât le corps d'un

» homme entièrement semblable à l'un des nôtres , mais

» sans âme raisonnable etc.»

Il n'y a point d'observation là dedans ; et c'est là de la déduction, ou il n'y en a nulle part.

Dans sa sixième partie , il explique encore comment il procéda à ses recherches physiques et en particulier à ses recherches de médecine : « L'ordre que j'ai tenu en ceci a été tel : pre- » mièrement, j'ai tâché de trouver en général les principes » ou premières causes de tout ce qui est ou peut être dans » le monde , sans rien considérer pour cet effet que Dieu seul » qui l'a créé, ni les tirer d'ailleurs que de certaines semences » de vérité qui sont naturellement dans nos âmes. Après cela, » j'ai examiné quels étaient les premiers et les plus ordi-

» naires effets qu'on pouvait déduire de ces causes; puis,

» lorsque j'ai voulu descendre à celles qui étaient plus particu- » Hères, il s'en est tant présenté à moi de diverses , que je n'ai » pas cru qu'il fût possible de les connaître et de les rap- » porter à notre usage, si ce n'est qu'on vienne au devant » des causes par leurs effets , et qu'on se serve de plusieurs » expériences particulières. »

Est-il permis de dire que Descartes oublie sa méthode dans ce même discours qu'il consacre à l'exposer, et dans les exemples qu'il donne de son application? Ne serait-il pas plus prudent de ne voir dans sa méthode que ce qu'il y a vu lui-même (*), et plus vraisemblable de penser que dans ses préceptes il comprend, sans bien les distinguer, la déduction et l'induction ? C'est par la déduction qu'il commence dans les exemples cités , et il n'emploie l'expérience qu'en dernier

(*; Dans la sixième partie de son Discours, Descartes recommande expressément de ne voir dans ses œuvres que ce qu'il y met. « Pour ce qu'on ne » saurait si bien concevoir une chose et la rendre sienne, lorsqu'on l'apprend » de quelque autre , que lorsqu'on l'invente soi-même , je suis bien aise de » prier ici nos neveux de ne croire jamais que les choses qu'on leur dira » viennent de moi , lorsque je ne les aurai point moi-même divulguées. »

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lieu et en désespoir de cause, loin de reconnaître expressément que c'est par elle qu'il faut monter aux principes.

Descartes n'est donc pas, au même titre que Bacon, le père et le fondateur de la méthode expérimentale, de l'induction : mais c'est à lui comme à Bacon que nous devons la revendication définitive des titres de la raison individuelle en face de l'autorité. Son mérite et son titre à notre reconnaissance, sont d'avoir mis dans le monde une lumière qui ne peut plus s'éteindre, d'avoir renversé la foi aveugle à l'autorité et de l'avoir remplacée par cette noble liberté de la pensée qui consiste à examiner, à méditer, et à ne se rendre qu'à l'évidence. Par suite de l'imperfection de sa méthode, l'auteur fut moins heureux dans les sciences physiques que dans les sciences mathématiques. Et comme il ne partait pas des faits, mais abusait du procédé déductif, il n'aboutit qu'à des systèmes qui sont à peine connus aujourd'hui. Mais ces systèmes eux-mêmes furent d'une haute utilité parles discussions qu'ils firent naître, et surtout par l'activité et l'indépendance qu'ils donnèrent à l'esprit de recherche. Ce que ces systèmes présentent de hardi, de gigantesque, était peut-être nécessaire pour tirer violemment l'esprit humain des routes étroites et làusses où le retenait la philosophie scolastique. Ce qui est incontestable, c'est qu'ils attirèrent l'attention générale sur l'auteur et sur sa méthode. Les hypothèses furent attaquées, le système périt et pour jamais, mais l'esprit d'indépendance de la méthode fut adopté et imprima à l'Europe savante l'heureuse direction qu'elle a suivie avant que les sages écrits de Bacon eussent obtenu de l'influence même dans la patrie de leur illustre auteur (*).

(*) Voici le jugement que porta Gassendi, dans la comparaison qu'il fit des travaux logiques de Bacon et de Descartes : « Is (Cartesius) Vcrulamium » (Baconem) ea in re imitatus est, quod novam quoque philosophiam a fon- » damenlis excitaturus , omne omnino proejudicium exuere imprimis vo- » luit... Non eamdem tamen viam est quam Verulamius ingressus ; sed » quum Verulamius auxilia a rébus ad perficiendam intellectùs cogitationem

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