PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE \U. llio
125. « Les progrès dont les sciences sont redevables à la » méthode des inductions, a dit un illustre savant, ont ra-
» petierît, ipse omni rerum cogitatione ablegata, censuitin ipsa cogitatione » satis esse praesidii , ut intellectus possit vi sua in omnium rerum etiam » abstrusissimarum, hoc est, non modo corporum, sed Dei etiam ac animae » notitiam perfectam venire. «(Gassendi, Syntagma philos., pars. 1 ; Log. lib. 1, cap. 11.); et dans le livre suivant, cap. 6, après avoir comparé de nouveau la méthode de ces deux philosophes, il ajoute : « At quia (Gartesius) » non tam ab ipsismet per se ac in se explorandis rébus, quam a solo ipso- » que a suis duntaxat cogitatis pendente intellectum procedendum existi- » mat, id facere profecto minus apposite quam superior videtur. »
Nous ne pouvons résister au plaisir de citer, en terminant, le parallèle que M. Bouillet a établi entre Descartes et Bacon, dans la notice qu'il a placée en tête de son excellente édition des œuvres du philosophe anglais : « Bacon » et Descartes sentirent tous deux, et dès leur première jeunesse, le vide de » la scolastique. Tous deux prirent de bonne heure la résolution hardie » d'opérer une réforme. Tous deux virent que le mal tenait au vice de la mé- » thode ; tous deux cherchèrent une méthode plus sûre, et en essayèrent » l'applicalion. Là est leur ressemblance ; mais ils diffèrent l'un de l'autre » plus encore qu'ils ne se ressemblent. Ce qui surtout frappe Bacon dans la » philosophie qui l'a précédé, c'est sa stérilité, son impuissance à produire » aucune œuvre. Ce qui frappe surtout Descartes, c'est l'incertitude des » connaissances humaines : l'un vise à la pratique, et donne pour pierre de » touche à la vérité des théories l'utilité des applications; l'autre est plus » spéculatif, et il place le critérium de la vérité dans la seule évidence. Ce » que Bacon attaque avec le plus de force dans la méthode des scolastiques, » c'est l'abus du syllogisme ; ce que Descartes combat principalement, c'est » l'autorité et la foi aveugle. Il revendique avec énergie les droits de la rai- » son. La méthode que conseille Bacon, c'est l'observation et Y induction-, » celle que prescrit Descartes, c'est d'abord le doute et l'examen, puis la » déduction géométrique. Le point de départ de Bacon est dans une mul- » titude de faits lentement et péniblement recueillis par l'observation assidue » de la nature entière ; celui de Descartes, dans un fait unique qui lui sert » de principe universel ; dans un fait qu'il puise au dedans de lui-même, » c'est-à-dire dans la conscience de sa propre pensée. Bacon est surtout » physicien, et il dirige presque exclusivement ses efforts vers le monde ma- » tériel. Descartes est plus porté aux études abstraites ; quoique grand phy- » sicien, il est de préférence métaphysicien et géomètre... Bacon n'a pas de » système, il ne veut pas en avoir. Satisfait d'avoir trouvé la route, il n'y fait » lui-même que quelques pas ; il ose à peine donner un petit nombre de so- » lutions partielles, et encore ne les présente-t-il que comme provisoires; il » attend tout du concours des efforts et de la sueeession des siècles. Des- » cartes, moins sage, crée un système avec lequel il prétend rendre compte n de tout, Après avoir commencé par le doute universel, il finit par le dog-
ïl\ll TRAITE DE LOGIQUE.
>' mono los bons esprits à cette méthode que le chancclior » Bacon avait établie avec touto la force de la raison et do » l'éloquence, et que Newton a plus fortement encore recom- » mandée par ses découvertes (*). » Aussi, après avoir donné l'analyse des travaux de Descartes et de ceux de Bacon sur la méthode, nous croyons devoir y ajouter les règles que Newton a présentées comme le dernier résultat de son expérience et de ses méditations assidues sur ce sujet important. Voici l'idée qu'il donne de la méthode, au livre 3 de son Optique, question XXXI : « Quemadmodum in mathematica, » itaetiam in physica, investigatio rerum difficilium ca mc- » thodo quae vocatur analylica , semper antecederc débet » eam quae appcllatur synthetica.
» Mcthodus analytica est, expérimenta capere, phienomena » observarc, indeque conclusioncs générales inductione inlerre, » necex adverso ullas objectiones admittere, nisi (pue vel ub
» experimentis vel ab aliis certis veritatibus desumantur
» Quod si ex phœnomenis nihil quod contra opponi possit ex- » oriatur, conclusio inferri poterit universalis. Et si quando in » experiendo postca reperiatur aliquid quod a parte contraria » faciat, tum demum non sine istis exceptionibus affirmetur » conclusio oportebit. Hac analysi licebit, ex rébus composi- » tis ratiocinatione colligere simplices ; ex motibus vires mo- » ventes ; et in universum ex efîcctis causas 5 ex causisque » particularibus, générales ; donec ad gcneralissimas tandem » sitdeventum. »
Voici maintenant les règles qu'il propose au commencement du troisième livre de ses Principes mathématiques de la philosophie naturelle.
« la régula. — Causas rerum naturalium nonplures admitti
<> matisme le plus hardi, et ne craint pas de terminer ses Principes par ces » mots étranges (Princ, IVe part.,§ 99) : Il n'est aucun phénomène en » la nature dont l'explication ait été omise en ce traité.)) Œuvres phil. de Bacon, édit. Bouillel, p. uv.
(*) La Place, Çxp, du système du monde, 5e édit., p. 378.