PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VIII
souvenaient mieux des mots et des tournures de phrases des auteurs, et l'emportaient généralement sur ceux d'une conformation différente dans les classes où la mémoire est plus exercée que les autres facultés. Mais plus tard ayant reconnu que cela n'était pas assez vrai pour l'établir comme un fait général, et s'appuyant sur les observations précédentes, savoir que la mémoire ne se perd presque jamais entièrement, il fit de la mémoire une faculté générale qu'il attribua, selon divers degrés, à chaque organe cérébral, et qui disparaissait partiellement quand cet organe était lésé. Spurzheim a suivi cette dernière opinion de son maître. Des faits avérés et incontestables ont bien établi que le cerveau est l'organe matériel affecté à la production des faits intellectuels, mais ils n'ont pu encore servir à déterminer d'une manière exacte, ni même commune à tous les phrénologistes, quel est le nombre des diverses variétés de la mémoire, ni par suite la place qu'il convient d'assigner à chacune d'elles.
140. Pour rester fidèle à notre plan, il ne nous suffit pas d'avoir traité de la mémoire en général et d'avoir dit que cette faculté et ses actes sont nécessaires pour que la science soit possible ; il faut encore dire comment et dans quelles conditions la mémoire contribue pour sa part spéciale à la formation de la science. La mémoire n'est pas une faculté d'acquisition directe et première, mais comme les connaissances acquises servent d'appui à l'acquisition de connaissances nouvelles, la mémoire peut contribuer plus ou moins efficacement suivant qu'elle conserve bien ou mal ce qu'il faut ou non conserver. Or, sous ce rapport elle présente des applications, peut-être même pourrait-on dire des variétés que leur importance recommande particulièrement à notre étude.
De même que quand on connaît et qu'on étudie , on fait de deux choses l'une, ou on cherche à connaître les objets en eux-mêmes et séparément, ou on cherche les rapports qui les
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unissent 5 de môme quand on reconnaît et qu'on se souvient, il arrive de deux choses l'une, ou nous revoyons isolément un objet antérieurement perçu, à l'existence duquel nous croyons, mais sans nous souvenir du temps, du lieu, ni d'aucun autre accessoire qui accompagnait la première connaissance, ou bien, conduits par un rapport que nous avons perçu entre deux objets de connaissance, nous revoyons dans nos souvenirs ces deux objets unis par le même rapport. Nous conserverons faute de mieux, le nom de réminiscence à ces premiers souvenirs ainsi réduits; et le nom d'association d'idées à cet enchaînement de perceptions qui semblent unies les unes aux autres. Ces mêmes noms nous serviront encore à désigner les deux variétés de la mémoire qui répondent à ces deux faits : toutefois comme le nom de mémoire de l'abstrait nous semble mieux convenir à la première et celui de mémoire du concret à la seconde, nous les emploierons concurremment avec les autres.
§2. De la mémoire de V abstrait, ou de la réminiscence.
141. La réminiscence est un souvenir réduit à la pure et simple représentation des objets que l'on a connus, retranchement fait de toutes les circonstances accidentelles de lieu, de temps, etc. Ce qui ne veut pas dire que ce souvenir réduit soit un souvenir incomplet, imparfait ; loin de là il est souvent plus net et plus précis que quand l'objet est revu non plus seul, mais avec tous les accessoires qui l'accompagnaient. Ce dont on verra facilement la raison quand nous nous serons rendu compte de cette particularité.
Nous avons déjà dit que pour avoir souvenir, il faut avoir eu connaissance, mais que tout ce que nous avons connu n'est pas susceptible d'être retenu, qu'il faut pour cela que certaine condition ait été remplie, que cette condition est de donner une attention spéciale à l'objet dont la connaissance nous intéresse. Or, s'il arrive que dans l'objet de la connaissance, ce