‹ Traité de logique;Chapitre 91 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VIII

nous les avons tirées , les déductions aux principes qui les contenaient , en un mot , en refaisant avec soin les opérations plus ou moins multipliées qui ont contribué à leur formation , donner à ces vérités la précision qu'elles n'avaient pas, ou leur rendre celle qu'elles avaient perdue. On comprend combien ce contrôle est surtout nécessaire pour bien reconnaître et distinguer les caractères des deux ordres de vérités générales; et c'est précisément cette opération que les métaphysiciens désignent , lorsqu'ils nous donnent le précepte de ramener, pour les éclaircir et les vérifier,' nos idées à leur origine.

§ 3- Delà mémoire du concret ou de l'association des idées.

147. L'association des idées est cette variété de la mémoire qui reproduit , comme enchaînées et liées les unes aux autres toute une suite de perceptions acquises une à une , mais pourtant unies entre elles par un rapport quelconque. C'est la mémoire des choses avec leurs rapports par opposition à la mémoire des choses sans leur rapports. Les actes de cette variété de la mémoire sont de vrais souvenirs , mais ce qui les distingue du simple souvenir, c'est la vue du rapport qui existe entre les idées reproduites et qui les fait comme dépendre les unes des autres. Dans l'association des idées , nonseulement un objet en rappelle un autre , mais nous regardons ces objets comme unis entre eux par ce même rapport. En conséquence , le point important à étudier ici n'est plus la circonstance commune à tout souvenir de la reproduction en vertu d'un rapport (nous l'avons fait plus haut, 134), mais bien celle des rapports qui forment l'association. Il s'agit de déterminer en quoi cette variété de la mémoire peut être bonne ou nuisible à la science selon qu'elle reproduit les idées unies par tels ou tels rapports.

148. Parmi les rapports qui existent entre les objets, il y en a qui tiennent uniquement à ce que les objets ont été perçus

simultanément ou successivement, ou à ce que leurs noms présentent des analogies ou des oppositions que leur nature ne présente point. Ces relations et celles qui leur ressemblent, dépendant de simples accidents de temps , de lieu, de mots, sont réelles sans doute , mais elles n'ont rien de fondamental et d'essentiel. Il y en a d'autres , au contraire , qui résultent de la nature et du fond même des objets : comme celles , par exemple , qui existent entre des choses essentiellement semblables ou différentes -, celles qui unissent les substances et les qualités , les causes et les effets , les fins et les moyens , la partie et le tout , les principes et les conséquences. Ainsi il y a entre les objets deux sortes de rapports , les uns passagers et purement accidentels , les autres raisonnables et essentiels. Nous avons déjà vu qu'il n'y a aucune espèce de rapport, de quelque nature qu'il soit, qui ne puisse conduire d'une pensée à une autre. Il y a donc entre nos idées deux sortes d'associations qui , répondant aux rapports , sont comme eux passagères et accidentelles, ou essentielles et durables. Mais, fortuits ou nécessaires, tous ces rapports entre les idées ne sont conservés par la mémoire qu'à la condition que l'attention les ait saisis entre les objets (133). C'est là la loi générale de la mémoire : elle contient l'explication de l'association des idées comme celle de la réminiscence (141). Si donc il dépend de la volonté de s'attacher aux uns plutôt qu'aux autres , il importe de montrer les conséquences de l'adoption et de la recherche des uns ou des autres , et de signaler ainsi ceux auxquels l'attention doit s'attacher de préférence.

149. Lorsque l'attention s'applique aux rapports qui paraissent de l'essence môme des choses, les souvenirs se lient nécessairement entre eux par ces mômes rapports, et nous revoyons constamment les choses unies par ces relations nécessaires et naturelles que nous avons d'abord distinguées entre elles. On voit de suite que ces rapports en pénétrant et en s'imprimant dans l'intelligence y déterminent des associations

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