CHAPITRE IX
Procédés pratiques du Magnétisme.
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Il est de la plus haute importance d’étudier et de connaître les procédés pratiques du Magnétisme, et par conséquent de les décrire avec toute la précision possible. C’est ce que je vais essayer de faire.
Indépendamment du baquet de Mesmer, justement tombé en désuétude , et dont je ne parlerai pas , il existe deux
méthodes pour magnétiser.
1° La méthode Dcleuze. . .
2» La méthode Du Polet.
La première présente le double inconvénient de donner un sommeil pesant en accumulant le fluide magnétique sur le cerveau et l’épigastre , et d’être peu décente avec les femmes fl cause' des attouchements qu’elle exige. Ce dernier motif suffirait pour la faire rejeter. La seule chose que l’on puisse conserver , pour les premières séances seulement , c’est la pression des pouces. Le moyen est bon pour établir le rapport entre le Magnétiseur et le malade.
La seconde est infiniment supérieure en tout point ; ses résultats sont plus efficaces ; elle offre l’avantage inappréciable de ne pas alarmer la pudeur des femmes, et de ne pas réveiller leurs justes répugnances par des attouchements.
Il est inutile que je décrive ici ces deux méthodes ; on les
trouvera parfaitement détaillées dans les ouvrages de ces Messieurs.
La Magnétisation se compose de plusieurs procédés qui
s’alternent ou se combinent selon les cas. Tous amènent de
bons résultats , pourvu qu’ils soient inspirés par la charité , appliqués avec discernement et à propos. Ils doivent être appropriés au genre de maladie , à l’organisation du malade , quelquefois au mode que l’on a adopté au commencement du traitement. C’est au Magnétiseur à saisir l’opportunité de leur application et à remarquer ceux qui produisent le plus d’effet ; qu’il se garde surtout d’adopter une méthode unique,, de contracter une habitude , de tomber enfin dans la routine. Il doit les employer tour à tour , ou simultanément , selon les effets qu’ils produisent , et, pour ainsi dire, par intuition ; il faut qu’il suive les impulsions de son coeur : c’est un guide (jui ne l’égarera pas. Ces procédés sont :
1° La volonté .
2° Le regard .
5° Les passes.
4° Les insufflations.
Les objets magnétisés.
La volonté est7 le seul procédé absolu ; elle agit sans le concours des autres , qui ne sont que scs auxiliaires. Elle est le principal , le seul moteur réel du fluide magnétique, et si elle n’est inlimément liée à ses auxiliaires, ceux-ci ne produisent rien , ou leur effet est éphémère et quelquefois nuisible.
Il est donc évident qu’avec la volonté on pourrait se passer
des autres procédés , surtout avec les somnambules , qui subissent plus directement l'influence du Magnétiseur. Mais la double nature du Magnétisme ne permet pas d’exclure entièrement le concours des autres procédés , qui, émanent de la' matière, seulement ils sont appelés à jouer le second rôle. L’action de la volonté est suffisante , à la rigueur , avec les somnambules; mais avec les malades qui ne sont qu’en somnolence , ou qui n’y arrivent pas , elle est incomplète , faible, lente et extrêmement fatigante pour le Magnétiseur. Pour obtenir des effets complets et prompts , il faut donc aider la volonté de ses auxiliaires , appropriés aux besoins de la maladie.
La puissance de la volonté explique les effets magnétiques obtenus à distance et à travers les corps opaques , et la vertu des objets magnétisés. Elle prouve l’efficacité des symboles , bagues , médailles ou reliques , touchés par une personne armée d’une foi vive et d’une charité ardente. La volonté unie à la foi et à la charité , donne la vertu curative à ces hommes que les, villageois , simples comme eux, appellent, à juste titre : « Guérisseurs. »
Ces Guérisseurs , qu’il ne faut pas confondre avec les Empiriques , magnétisent sans s’en douter; on leur a dit : Pro-
cédez ainsi , croyez , et vous guérirez les malades. » Ils ont cru , et ils les guérissent.
Ceux-là ne sont point les moins bons Magnétiseurs !
Qui croirait cependant, que , dans uolre société civilisée , il existe des lois qui défendent à ces braves gens , sous peine de la prison ou de l’amende , de guérir , gratis , les malades ,
ou moyennant une minime offrande volontaire , qu’ite déversent souvent sur les malades qui sont pauvres.
Risu ieneamus. Comprimons le rire fou.
Le regard est le plus puissant auxiliaire de la volonté -, il s’identifie avec elle , il en est l’interprète rapide et magique : Comme elle , il s’associe à tous les autres procédés , il les vivifie, et peut agir sans leur secours. Inséparable de la volonté et son représenlanl visible , le regard est l’agent le plus impérieux et le plus éloquent de ce qu’elle conçoit.
Avant de parler des gestes , appelés Passes , il importe de répondre aux mauvaises plaisanteries auxquelles ils ont donné lieu trop souvent , et d’indiquer la manière de les faire.
Il faut convenir que les Passes présentent , au premier aspect , aux personnes graves qui ne connaissent point le Magnétisme , une apparence de puérilité , qui produit une impression défavorable dont il est bien difficile de se défendre , et quelque chose de ridicule , aux esprits légers , qui ne voient jamais en tout que le côté plaisant.
11 est facile , dans une explication simple , de trouver leur justification , et de leur rendre le sérieux et l’importance qui leur appartiennent.
Le Magnétiseur en appelant à lui , par la volonté , la matière essentielle , pour la transmettre au malade , fait de son corps , si je puis m’exprimer ainsi , un réservoir de cette matière, c’est-à-dire , du fluide magnétique. L’endroit par lequel ce fluide peut s’écouler avec le plus d’abondance et de facilité, se trouve naturellement aux extrémités ; ainsi les doigts peuvent' être considérés comme les robinets du réservoir, et
dès lors lès Passes -, au lieu d’étr e puéi'iles el ridicules , sont nécessaires et rationnelles.
Les Passes consistent à promener la main de haut en bas devant le corps du malade , à six pouces environ de distance, les doigts souples, rapprochés sans se toucher et légèrement inclinés , leur pointe dirigée vers lui el le pouce un peu détaché. Il faut surtout éviter la raideur dans le bras , car , au lieu de lluide , on ne donnerait qüe du vent, et , pour y parvenir , en commençant la Passe, la main doit être plus élevée que l’épaule, et celle-ci ne doit agir que dans son articulation, et ne pas suivre le mouvement descendant de la main. Quand la Passe est terminée , il faut fermer la main à demi , la ramener à hauteur de la tête du malade , ouvrir les doigts sans précipitation , recommencer le mouvement indiqué et continuer ainsi pendant une demi heure environ , terme ordinaire pour que des effets se manifestent , s’il doit s’en produire. Si après sept ou huit séances semblables , il n’en apparaît pas, il est probable que le Magnétiseur est sans influence sur la maladie; mais; avant d’abandonner le traitement, il doit essayer de magnétisèr le malade en se plaçant à quelques pas de distance , parce qu’il arrive assez souvent qu’on produit de loin des effets qu’on n’a pu obtenir de près.
Il ne faut jamais faire des Passes en remontant , à moins qu’elles ne soient ordonnées par un bon somnambule , parce qu’on pourrait renverser le cours du sang , le faire affluer au cœur, ou au cerveau , et produire une crise dangereuse. On ne doit employer les Passes en remontant , que dans un seul cas ; c’est quand on a la certitude que le sang a contracté
l’habitude de se porter avec violence plutôt d’un côté du corps que de l’autre , et voici comment il faut procéder :
Si le sang, je suppose, se porte habituellement sur la partie gauche et que la droite en soit privée , il faut faire les Passes en remontant le long du côté gauche , faire légèrement le tour de la tête, sans s’y arrêter , et les terminer en descendant tout le long du côté droit, jusqu’aux pieds; là il faut faire une petite pose pour y attirer et y fixer le sang. Ces Passe » doivent former un arc de cercle extrêmement allongé ; mais , pour les employer , je le répète , il faut des indices certains , ou l’avis d’un bon somnambule. Elles sont alors parfaites pour rétablir
l’équilibre dans la circulation du sang.
Les Passes doivent être lentes, souples , égales , gracieuses et séparées par un léger intervalle , afin qu’elles aient le temps de produire leur effet complet. Il est bon de former de temps en temps quelques points d’arrêt , en tenant la main dirigée vers les pieds , pour attirer les effluves et le sang vers les extrémités inférieures , ce qui est souvent très-utile et ne peut nuire dans aucun cas. Ces temps d’arrêt soulagent le Magné- . liseur et facilitent la circulation du fluide ; pendant leur durée , le Magnétiseur doit avoir les yeux fixés sur le malade , et , par la pensée , ordonner à la nature d’agir efficacement.
M. Du Polet a rendu un service immense au Magnétisme par les importantes réformes qu’il a introduites dans les procédés-pratiques du Magnétisme. C’est avec juste raison qu’il prescrit de faire les Passes debout , d’une seule main et en se plaçant à côté du malade au lieu de se poser en face. Dans cette position , le Magnétiseur a plus d’énergie , dispose mieux
de ses forces , et son regard ne gène pas le malade , si c’est une femme. * •
Si la fatigue , ou tout autre motif , oblige le Magnétiseur à prendre un siège, il faut , autant que possible, qu’il s’arrange de manière à dominer le malade.
Les Passes constituent la Magnétisation généralement usitée. Bien que ce ne soit pas indispensable , il est bon de les mêler à tous les autres procédés , parce qu’elles portent sur toute l’organisation. Il y eir a' de cinq sortes, à part les Passes en remontant, qui forment une exception :
1» Passes à petits courants.
2» Passes à grands courants.
5° Passes palmaires.
4® Passes digitales.
8° Passes transversales.
Les Passes à petits courants se font du front à l’épigastre; on les emploie dans la Magnétisation ordinaire.
Les Passes à grands courants se font de la tète aux pieds ; on les applique dans les cas qui exigent des effets puissants
et prompts, par exemple, dans les invasions violentes et soudaines du sang au cerveau , ou à la poitrine. Dans ce cas , il faut, les faire rapides et énergiques. Elles sont souveraines pour rétablir la circulation des humeurs et du sang. Je pense qu’au lieu de les réserver pour des cas exceptionnels , il serait mieux de s’en servir dans la pratique ordinaire , en les adoucissant el les alternant avec les Passes à petits courants. Elles offrent l’avantage d’embrasser tout l’organisme et de le sa tu-
rer de fluide. L’expérience • m’a conduit à procéder toujours de la sorte , et j’en ai obtenu dexcellcnts résultats.
Les Passes palmaires se font par attouchement , avec le creux de la main. Elles comprennent :
• 1° L'imposition des mains. ■
.. 2° Les frictions.
: .5° Le massage.
Elles s’appliquent aux douleurs , aux tumeurs : aux contusions , aux piqûres , aux brûlures, aux maladies des os et de la peau , aux blessures , au développement de la croissance
et à la rectification- des membres. Que de piqûres , ou de blés-
sures , légères en apparence , qui provoquent une fièvre lente,
ou le tétanos, et , par suite, la mort, seraient facilement
guéris par le Magnétisme palmaire , appliqué à temps !
Quand les Passes palmaires sont nécessaires sur une femme et dans une partie du corps qui ne permet pas d’attouchements sans alarmer sa pudeur, le Magnétiseur doit les faire à distance, de manière à effleurer à peine les vêtements
de la malade; si sa volonté est énergique, il obtiendra des effets aussi prompts et aussi salutaires.
1/ imposition des mains est spéciale pour calmer les douleurs locales, débarrasser d’une digestion pénible , et attirer le sang vers les parties du corps qui en sont privées , en le soutirant des parties qui en ont trop.
Les frictions sont particulièrement propres à déplacer les douleurs et à les entraîner au dehors , à dissiper les tumeurs et à diviser le sang. On les fait longitudinales , ou circulaires, selon le besoin.
Quand l’accumulation du sang dans une partie du corps est stationnaire et ancienne , il faut entremêler les frictions de légères percussions avec le creux de la main , afin de le déloger plus promptement -, si celte accumulation est à la tète, on doit remplacer les percussions par une douce pression.
Le massage est obligé pour les personnes estropiées et nouées ; il prouve qu’on peut repétrir et redresser le corps
humain. Par le massage, on obtient des cures merveilleuses.
Les Passes digitales se font avec l’extrémité des doigts et à quelques lignes de distance , tantôt circulairemcnt , tantôt par projection avec un léger marlellemcnt , comme si l’on
voulait lancer dès gouttes d’eau. On les emploie circulaire-
ment pour les tumeurs et les surdités ; par projection , pour rendre le jeu aux articulations.
Quand il s’agit d’un mal concentré sur un point unique , les Passes .digitales sont avantageusement remplacées par une baguette que le Magnétiseur lient entre ses doigts ; les rayons du fluide se réunissant à l’extrémité de la baguette , qui doit se terminer en pointe effilée et légèrement arrondie , forment faisceau , et ont plus de force.
J’engage les Magnétiseurs à être sobres de l’emploi de la baguette en présence des personnes étrangères au traitement qui l’exige , afin d’éviter d’avoir l’air d’un Magicien , et d’ôlcr tout prétexte à la critique.
Les Passes transversales se font en agitant la main horizontalement de droite à gauche et de gauche à droite , à quelques pouces du corps , depuis la tète jusqu’aux pieds , comme Si l’on voulait dissiper de la fumée devant soi. Elles servent
à. démagnétiser les malades qui ne dorment point et à réveiller ceux qui sont en somnolence , ou en somnambulisme , en y joignant de légères frictions sur les vêtements ; elles s-’emploient aussi pour dégager les somnambules , sans les réveiller , des émanations morbides qu’ils prennent en se mettant en rapport avec les malades.
Les insufflations s’appliquent partout comme calmant ; les effets qu’elles produisent sont souverains. J’en conseille l’usage fréquent sur la tète , la poitrine , l’estomac et le cœur.
Les objets magnétisés remplacent le Magnétiseur en cas d’absencé.
II peut , par la volante , déposer sur eux tous les procédés
auxiliaires ; ils recèlent et exécutent toutes ses pensées , et sont par conséquent d’une immense utilité. Pour que leur efficacité soit complète, il faut que de loin le Magnétiseur , en pensant à son malade, soutienne et alimente leur vertu; il . peut de la sorte terminer une guérison malgré l’éloignement
où ils se trouvent l’un de l’autre. La guérison obtenue , les objets magnétisés perdent leur vertu, les effets du Magnétisme disparaissant avec le mal ; la volonté du Magnétiseur serait impuissante à la leur rendre , du moins pour agir sur la même personne.
Pour se servir des objets magnétisés , le malade doit les tenir dans les mains , ou les placer sur la partie souffrante.
Us peuvent servir sans danger à des expériences /jui ont pour but un enseignement , ou une conviction , mais toujours en présence du Magnétiseur, pour qu’on n’en abuse point , ce qui arriverait inévitablement s’il était absent; aussi , dans
ce cas , doit-il recommander au malade de ne permettre à personne de les toucher.
Les effets qu’ils produisent étant médiats , sont moins
forts , plus lents , mais non moins salutaires que ceux des autres procédés auxiliaires.
Rien ne peut altérer leur vertu. Ainsi , qu’on magnétise un liquide, ou une barre de fer, qu’on mette le premier objet en
ébullition , que l’on fasse rougir au feu le second et qu’on les
laisse refroidir, ils agiront également comme avant cette opération , non-seulement sur le malade à qui ces objets sont destinés , mais sur les malades qui les toucheraient.
Ce phénomène s’explique , comme tous les phénomènes du Magnétisme qui paraissent les plus incroyables , par la puissance de la volonté , qui ne peut être atteinte dans un objet inanimé qui la recèle. Pour paralyser cette volonté , il faudrait détruire son. auteur.
Les boissons magnétisées , l’eau surtout , sont excellentes ; il est essentiel de magnétiser toutes celles’que prennent les malades , cela augmente leur propriété et active les effets du Magnétisme.
Les solides et les lhpiides se magnétisent par tous les pro-
cédés auxiliaires , en tenant les premiers , ou le vase qui contient les seconds, dans les mains, de cinq à dix minutes , selon leur volume et la force de volonté du Magnétiseur. Pour les malades qui. sont en somnolence , et surtout pour ceux qui sont en somnambulisme , il suffit de les toucher , ou de les regarder, pour qu’ils soient magnétisés. Pour ajouter à leur efficacité, il faut les placer un instant sur le cœur et
sur le front , afin (l’y déposer les sentiments et les pensées qui vous animent.
J’ignore, si ce procédé a déjà été indiqué par des Magnétiseurs ; mais je l’ai pratiqué par intuition , et tous mes somnambules m’ont affirmé qu’il était excellent.
Un Magnétiseur ne doit pas permettre qu’un étranger touche son malade pendant qu’il le magnétise ; ce contact est toujours désagréable au malade , surtout s’il est en somno^ lcnce, parce que, dans cet état, la sensibilité est extrêmement développée. * 1
- Après chaque séance, il faut démagnétiser les malades , à moins qu’ils présentent une insensibilité extérieure ; dans ce cas , il n’y a aucun inconvénient à les laisser sous l’action du Magnétisme , car il peut èn résulter un bien en lé laissant agir plus longtemps et dans toute sa force. Les cures que l’on obtient sur les malades qui ont une insensibilité apparente est la meilleure école pour les Magnétiseurs. Je Jes engage fortement à rechercher ces malades , s’ils veulent acquérir une foi
et une patience à toute épreuve , et augmenter leur puissance.
On appelle établir le rapport , les procédés qu’emploie le Magnétiseur pour mettre une personne étrangère, un tiers ,
en communication avec un somnambule.
Pour établir le rapport, il faut que le Magnétiseur, place la main de la personne qu’il veut mettre en» communication avec le somnambule , dans la main de celui-ci , et les presse légèrement toutes deux dans la sienne. Alors le somnambule voit et entend cette personne , comme son Magnétiseur. Si In per-
sonne mise en communication relire sa main, le somnambule ne l’entend plus , le rapport est interrompu , et, pour le rétablir , il faut user du même procédé. Pour les personnes absentes , il faut remettre au somnambule un objet qu’elles aient. porté sur la peau pendant quelques heures, ou dont elles se servent habituellement. Une mèche de cheveux , coupés près de la racine , est préférable , parce qu’elle porte avec elle l’empreinte de l’organisation du malade. La volonté du Magnétiseur peut conserver , suspendre , et , dans certains cas , établir le rapport K
- Pour réveiller les somnambules, il faut leur placer les pouces sur le front , les séparer en pratiquant de légères frictions horizontales , et prononcer, en même temps , avec calme et fermeté, lé mot : « Rcveillez-vous . » Dès qu’ils ont ouvert les yeux , on leur souffle légèrement sur le front et l’on fait , comme pour démagnétiser , des Passes transversales, avec des frictions sur les vêlements.
Les mêmes procédés doivent s’appliquer aux malades en somnolence , et je serais d’avis qu’on les employât avec ceux qui ne dorment point, en supprimant le mot, « Réveillez-vous » , lorsqu’ils éprouvent des effets sensibles , parce qu’après la séance leur tête est toujours un peu prise , et qu’il importe de la dégager. * ' . .
La plupart des Magnétiseurs croient encore qu’il faut employer beaucoup de force pour réveiller un somnambule. Cette opinion est fausse ; il suffit de vouloir avec calme , énergie et persévérance . Il est vrai que certains somnambules sont difficiles et très-longs à réveiller ; mais on peut affirmer, (pie ,
sur vingt , il y en il dix-neuf qui ont été endormis par de mauvais procédés; ceux qui résistent à tous les procédés ordinaires forment une exception. Il est un moyen bien simple de lever la difficulté ; c’est de leur demander de quelle manière on doit procéder pour les réveiller ; ils vous l’indiquent à l’instant. En voici un exemple :
J’avais une somnambule qui , malgré toutes les précautions que je prenais , éprouvait toujours du malaise pendant quelques minutes , après son réveil; Je lui en demandai la cause ; elle me répondit que cela provenait de l’état de sa tète , et que,
pour la réveiller , il fallait que je lui place l’index sur le front,
et que je lui presse très-légèrement les tempes entre le pouce
et le medium.
Il est , dans le somnambulisme , un état exceptionnel qu’on
appelle : «extase , inspiration. » On reconnaît généralement que les somnambules s’y élèvent aux battements précipités de leur cœur , et qu’ils y sont parvenus lorsque leur tète se penche vers leur poitrine et y reste inclinée quelques instants avant de se relever.
Il y a deux sortes (T extases :
1" V extase contemplative et silencieuse.
Vextase d’inspiration et expansive.
Dans la première , ~on ne sent plus les battements du pouls et du cœur de Y extatique , son corps devient violacé et prend tous les stigmates de la mort.
Le Magnétiseur a besoin de beaucoup de calme et d’énergie pour arracher le somnambule à cet çtat de félicité céleste et
le rappeler à la vie ordinaire, car il ne revient sur la terre qu’à regret.
Dans la seconde, le corps de l’ extatique n’éprouve, aucune modilîcalion , il conservele cachet du somnambulisme ; seulement les traits du somnambule rayonnent d’une expression divine ; le timbre de sa voix , devenu vibrant et sympatique , émeut et remue profondément , son accent se purilio et sou éloquence entraînante éblouit. 11 voudrait aussi que son âme s’envolât dans cet état de béatitude.
Dans l’une et l’autre extase , les somnambules reprochent
souvenl.au Magnétiseur de les avoir ramenés dans ce bas
monde. Us ne lui disent jamais tout ce qu’ils ont vu pendant leur extase ; cl , s’il ne les interroge pas de suite, ils oublient ordinairement tout ce qui s’y rapporte , comme s’ils étaient réveillés.
Le réveil des extatique# exige beaucoup de précautions , et présente quelque danger si on les néglige. 11 ne faut jamais l’opérer pendant l’extase.
Dans cet état , l’âme lient à peine à la matière brute par sa partie de matière essentielle , et communique -directement avec l’esprit par sa partie spirituelle. Si des hautes régions qu’elle habite on la ramène sans transition et brusquement vers la matière brute , c’est-à-dire , à la vie ordinaire , .on lui donne une violente secousse , qui se communique au corps ,
lui est fatale, et peut même provoquer leur séparation : la
mort. • •>
De là provient l’étourdissement qu’éprouvent, presque tous les somnambules à leur réveil , quand on ne prend point , pour
les réveiller , les précautions nécessaires , parce que la chute de leur âme , quoique moins forte que chez les extatiques ,
' n’en existe pas moins.
Dans le somnambulisme , et principalement dans V extase , le Magnétiseur doit ramener le somnambule à l'état de veille, en faisant opérer graduellement à son âme sa marche descendante, c’est-à-dire, en la faisant passer successivement par tous : les échelons inférieurs qu’elle a remontés pour s’élever vers
Yesprü ; ce n’est que lorsque celte marche est terminée et que le somnambule est voisin de l’état de veille , que le Magnétiseur doit le.,réveiller , et, pour cela, voici comment il faut procéder.
On place l’index sur le front du somnambule, afin d’appeler son attention; on lui dit avec douceur : Venez à moi. On laisse le doigt sur le front jusqu’à ce que l’on juge que la marche descendante de l’âme est terminée et que le somnambule touche à l’état de veille. Alors , mais seulement alors , il faut employer les procédés indiqués pour réveiller les somnambules. En agissant ainsi , 1 a réveil s’effectue sans commotion,
sans difficulté aucune , et la tête du somnambule se trouve
légère et entièrement dégagée , lors meme qu’il serait arrivé
à Yextase dans le cours de son sommeil.
Ce moyen s’applique particulièrement aux somnambules du troisième degré; mais je pensé qu’il est utile de s’en servir avec les somnambules des degrés inférieurs, je dirai plus , je le crois indispensable pour bien réveiller.
Le- somnambulisme n’étant pas obligatoire pour la gué-
saire , on ne doit désirer le rencontrer que pour le faire tourner au profit des autres malades , et non pour le plaisir de jouir des phénomènes qu’il présente.
Le moyen le plus généralement employé pour l’obtenir r c’est de concentrer le fluide magnétique sur le cerveau et l’épigastre. Tous les Magnétiseurs sont d’accord pour indiquer cette méthode. Il est certain que le somnambulisme arrive par les centres nerveux ; il faut donc les attaquer , mais avec modération , parce qu’en les surchargeant de fluide , on s’éloigne du but au lieu de l’atteindre. L’expérience m’approuvé qu’en saturant de fluide les centres nerveux, on provoquait des commotions qui ne sont point sans danger, et qui empêchent quelquefois le sommeil d’arriver, ou, s’il arrivé, le rendent pesant et peu lucide. J’ai remarqué que lorsque des indices annoncent son approche , en tenant de temps en temps les doigts dirigés vers les pieds , et en suspendant un instant les Passes y il arrivait plus facilement , plus vite et sans secousses. Ces indices sont : de légers mouvements nerveux dans la tète , les bras et les doigts , le trouble des yeux , des pandiculations dans les joues , et un léger embarras dans la déglutition. . 1
Le somnambulisme arrive souvent à l’improviste , soit par
des Passes , soit en louchant la partie la plus douloureuse du
corps , ou le siège de la maladie , et quelquefois une partie
qui en est éloignée , et dont le malade ne se plaint pas. 11 faut
donc , si je puis parler ainsi , frapper à toutes les portes pour * > appeler le somnambulisme. Le moyen le plus sage , et pro-.
bablement te plus sur pour l’obteuir, c’est de ne pas y penser et de magnétiser les malades uniquement dans le but de les guérir.
Ainsi, un Magnétiseur doit attendre le somnambulisme, et l’accepter quand il arrive ; il peut le désirer , mais jamais le forcer . S’il est nécessaire à la guérison , la nature saura bien l’accorder sans effort. Alors il sera clairvoyant , léger , réparateur et bienfaisant. Si au contraire on le lui arrache à force d’énergie et de persévérance , et je sais par expérience que c’est possible , bien que très-difficile , il est sans clait'vo xjance , lourd , perturbateur et malfaisant. La nature seule donne le somnambulisme avec toutes ses éminentes qualités ; nul ne peut se flatter de l’obtenir dans toute sa pureté en la violentant. Il faut donc la laisser agir librement ; si elle l’accorde, on doit en user avec sagesse , autrement elle devient rebelle et vous retire ses faveurs ; si elle le refuse , il ne faut pas insister, sinon, on se prépare le regret d’avoit fait du mal inutilement au malade.
UEndormeur de Prudence , pour la mettre en somnambulisme , lui passait une bague aimantée au doigt , puis la couvrait d’un grand voile sous lequel H faisait brûler une cassolette d’encens. Était-ce pour jeter de la poudre aux yeux du public, ou croyait-il bien faire? Peut-être l’un et l’autre. Dans tous les cas , s’il s’imaginait de développer les facultés de sa somnambule par cette surexcitation , il se trompait étrangement , non pas pour le genre de scs représentations mimiques, mais pour la santé et la clairvoyance de sa somnambule. La nature a horreur de tout ce qui est affecté , et
les procédés magnétiques doivent être simples comme elle. Tous les moyens extra -magnétiques , pour augmenter la puissance du Magnétiseur et développer les facultés des somnambules, sont du charlatanisme; ou inutiles et dangereux, et conduisent à de faux résultats. Ainsi : se frotter les mains avec des essences , en faire brûler dans uu appartement disr posé de manière à frapper l’imagination du crisiaque , sont des procédés qui l’égarent , à moins qu’il lésait prescrits pour
un cas particulier , ou dans l’intérêt de sa santé. La musique
seule peut être employée sans inconvénient, comme accessoire, parce qu’elle est inhérente à notre organisation , et faut-il encore qu’elle soit ordonnée par le somnambule, en mode de traitement , et non appliquée par le Magnétiseur dans le but d’une distraction ou d’une expérience sans utilité sérieuse.
Du reste, la musique ne peut que calmer et faire du bien ;
dans aucun cas elle ne peut nuire , mais il pourrait arriver que pendant certaines crises elle contrariât fortement le malade. Il faut donc user de ce moyen , comme de tous ceux qui sont bons , à propos , et ne pas en faire une habitude.
Get Endormcur faisait un cours de Magnétisme dans toutes les villes où il séjournait , et donnait de singuliers enseignements à ses élèves. Par exemple , si dès qu’un somnambule était endormi, il 11e pouvait pas parler, il leur prescrivait , pour lui donner la parole , de lui prendre la tète dans les deux mains et de lui secouer le cerveau, comme qui nivelle du sable dans un sablier.
Quant au moyen d’amener le somnambulisme ! il ne manquait pas de recommander d’amonceler le fluide sur le cerveau,
jusqu’à ce que le sujet tombât dans l’anéantissement ; il faut V assommer , disait-il.
Heureusement la constance se lasse vite chez les personnes qui /ont du Magnétisme en amateurs , autrement combien d’accidents fâcheux n’auraient-elles pas à déplorer, si elles mettaient avec persévérance de pareils principes en pratique.
11 prétendait , les Endormeurs , ses confrères , partagent cette erreur, que la soie était un isoloir pour le fluide magnétique , et que , pour endormir, il fallait placer le sujet %
dans la direction du nord. Comme si la nature , lorsqu’elle réclame le sommeil magnétique en faveur d’un malade , et l’action de la volonté, peuvent être arrêtés par une étoffe, quelconque^ par la direction dans laquelle il se trouve placé, lorsqu’il est prouvé qu’on endort à travers les murailles , à de grandes distances, et dans toutes les directions! Qu’importe à la nature et à la volonté le nord , ou le midi ,. la serge ou la soie?
On a voulu comparer le fluide magnétique au fluicfe électrique. Comme fluides , ils peuvent avoir quelques points de ressemblance , mais leurs propriétés n’ont rien de commun , que la faculté de provoquer une commotion dans notre’ organisme, avec cette- différence énorme que le fluide électrique ,
privé de l’aètiori de la volonté et mis en jeu par une machine inanimée , ne peut renfermer autant de principes de vie que le fluide magnétique , ayant le concours de la volonté et des émanaiions humaines , ou , pour mieux dire , de l’âme. On a obtenu , il est vrai , pour ceriaines maladies , quelques rares
guérison» par (les commotions électriques , mais ce n’est pas aux propriétés proprement dites de ce fluide qu’il faut les attribuer. Personne n’ignore qu’une forte secousse , provoquée par une peur subite , ou une violente émotion, ne puisse réveiller chez un malade la nature assoupie., la mettre en mouvement , et le guérir. . -
Ces guérisons sont des exceptions peu communes, et ne prouvent point qu’on peut classer les fortes émotion» et l’électricité au rang des moyens curatifs , tandis que l’expérience démontre que le fluide magnétique est le plus puissant de ces moyens.
Quant à la soie considérée comme isoloir !
J’ai magnétisé de grandes dames toutes couvertes de soie , ce qui lie les empêchait pas de ressentir des effets lorsqu’elles étaient sensibles à l’action du Magnétisme, et d’arriver au sommeil , lorsqu’il était nécessaire. Je sais qu’il y a des somnambules qui ont de la répugnance pour certains objets; mais cette répugnance ne peut arrêter l’action du fluide magnétique, et le Magnétiseur peut la faire disparaître facilement , s’il sait user de sa, puissance avec habileté. En voici deux exemples frappants :
, Prié de traiter une somnambule dont le Magnétiseur devait être longtemps absent , au moment de l’endormir, je la vis, à mon grand étonnement , se débarrasser de tous ses bijoux et de tous les objets en soie qu’elle portait. Ma surprise devint à son comble lorsqu’elle m’engagea à l’imiter , en m’assurant • que je ne parviendrais pas à l’endormir si je ne prenais cette précaution. J’obéis , sans faire la moindre observation ; je
. conservais ma.cravalte, elle me la fit quitter. Le lendemain même cérémonie, même réserve de ma pari, mais action mentale de ma volonté pendant son sommeil.
Le quatrième jour , je l’endormais dans moins de deux mimîtes , sans que nous fussions obligés de prendre ces mesures gênantes et ridicules , et sans qu’elle pensât à les réclamer.
La répugnance <le Caliste pour le cuivre était telle , même en état de veille , qu’il ne pouvait s’asseoir sur un meuble où il entrait la plus légère parcelle de ce métal. Il avait ordonné deux bains électriques à une malade je les fis administrer par lui-même , en somnambulisme , tenant dans ses mains deux poignées en cuivre pour diriger les étincelles , sans qu’il éprouvât la moindre émotion.
L’habitude de paraître en public lui avait fait contracter un goût très-vif pour certaines expériences qui attirent les eu-
rieux, et dans lesquelles il- excellait ; à peine /endormi , il demandait des cartes , pour faire une partie de piquet , ou d’écarté , sans attendre qu’on la lui- proposât.
Quand il m’a quitté , il avait ces expériences en horreur, e{ ne se .complaisait qu’à consulter les malades.
A propos de ces expériences , je dois dire, qu’il ne faut pas se hâter de contester la clairvoyance des somnambules parce qu’ils commettront quelques erreurs. Il en est pour lesquelles ils sont infaillibles , et d’autres dans lesquelles ils échouent parfois. Ainsi , Caliste n’était pas toujours clairvoyant pour jouer aux cartes, mais* par exemple, si l’on mêlait cinq à six chapeaux , avec autant de mouchoirs , et que je lui ordon-
nasse , par la pensée , de mettre les mouchoirs dans le chapeau des personnes à qui ces objets appartenaient et de les leur apporter , il exécutait cet ordre avec une précision admirable. Je nelui ai jamais vu manquer celte expérience.
Si on écrivait une phrase , non-seulement il la lisait toujours parfaitement , mais souvent , au lieu de la lire , il développait la pensée qu’elle renfermait , avec tant de précision et de finesse, qu’il émerveillait. Un jour on lui écrivit cette phrase :
« On a passé la revue aujourd'hui. » . >
Au lieu de lire servilement , il dit :
« G est pour prouver qu'il en reste encore . »» ;
On ne comprit pas d’abord ; enfin quelqu’un se rappela que, la veille , on avait fait partir un détachement de troupes pour Alger , et comme il y avait quelque émotion en ville , on comprit que le somnambule dévoilait la pensée qui avait présidé à cette revue.
M. de G*** lui remit un mouchoir plié , et lui demanda ce qu’il contenait. — Des gants ,• répondit Calisle! - — Et que contiennent ces gants , lui dit M. de G*** ? — Un morceau de cire d’Espagne. La demande de M. de G*** n’avait
pas été préparée, il l’avait faite instantanément , et le morceau de cire d’Espagne , qu’il ignorait porter sur lui , était tombé par hasard sous sa main. M. de G*** croyait au Magnétisme; il avait vu beaucoup de phénomènes , qui rentraient tous dans celui de la transmission de la pensée , et depuis longtemps il désirait trouver un trait de clairvoyance , pure , c’est-à-dire , indépendante de l’inspiration du Magnétiseur ,
ou de la personne mise en rapport avec le somnambule. Celte expérience ne lui laissa rien à désirer, car , il était bien certain de n’avoir point fait de transmission de pensée , et le morceau de cire, doublement enveloppé avec soin, n’était pas plus gros que la tête d’une épingle.
• Avec les malades , Caliste ne sc bornait pas à leur prescrire des ordonnances ; il lisait dans leurs pensées intimes, et leur faisait des exhortations en style biblique. Ainsi , après avoir consulté une personne, dont j’ignorais entièrement la position, il lui dit :
. « Vous avez souvent des idées de suicide. C’est mal , trèsmal ! » — Élevant le medium de la main gauche , et avec V index de la droite, faisant le simulacre de le partager et dyen coucher une moitié : — « Voilà un arbre , je le partage et » j’en couche la moitié dans la terre ; cette moitié pousse des » rejetons ; c’est une loi de Dieu, qu’il faut respecter. »
Cette personne , émue jusqu’aux larmes , me dit :
« Que d’obligation je vous ai et quel service précieux me .» rend votre somnambule ! Ce que je viens d’entendre est » un avertissement du ciel. Il y a six mois que j’ai perdu ma »> femme , et j’aurais fini par succomber à la tentation de me » détruire. Il vient de s’opérçr une révolution complète dans » mes idées , et je veux vivre désormais pour la jeune fille » qu’elle m’a laissée.»
Une autre fois, lisant dans la pensée d’un malade qu’il était décidé à ne pas suivre l’ordonnance qu’il lui prescrivait , il lui dit : -
« Savez-vous , Monsieur , à qui vous ressemblez ? A un
» hommequi tombe dans l’eau : Un baleau passe à côté de lui , » il ne veut pas y monter ; il se noyé. A qui la faute ? »
Les habitudes et les répugnances des somnaruljulc^-dpivent
être respectées quand elles ne leur sont point nuisibles , ou
qu’il n’y a pas nécessité -de lès faire disparaître. Les Enàor-
meurs les entretiennent , leur èn l’ont contracter , nuisibles ou
non , afin d’avoir un moyen de plus pour varier leur spectacle.
C’est d’autant plus mal à eux x qu’ils escomptent la santé de
leurs somnambules et altèrent leurs facultés médicales , car ,
en Magnétisme , tout ce qui n’est pas utile est nuisible , et ,
pour mon compte, autant j’aimerais consulter une tireuse de
cartes que des somnambules ainsi guidés,. . ..
'A'is , ' • *
Les Stoïciens bravaient la douleur par la force de la volonté.
Les Magnétiseurs peuvent s’en délivrer cn* se magnétisant
eux-mèmes , pourvu toutefois que le mal ne soit pas assez fort
pour leur enlever l’énergie physique et morale. -
U imposition des mains est le procédé le plus praticable
pour eux ; cependant si les Passes sont indispensables , par
exemple pour faire descendre le sang aux pieds , il faut qu’ils
se placent devant une glace, et qu’ils les fassent sur leur image.
:< La volonté ayant la puissance de diriger le fluide ou elle veut , », • ^
, fl ira les frapper et produira l’effet salutaire, La première fois
que j’ai fait cette expérience, c’est par les conseils d’une somnambule-, elle m’a parfaitement réussi. H cn a' été de même de l’ imposition des mains pour des digestions pénibles , des bnilures , des contusions violentes , ou des blessures.
L’usage du Maguélisme sur soi-même donne de grandes leçons ; il apprend à connaître,, à sentir , si je puis m’exprimer ainsi , le travail de la nature , à comprendre les effets que l’on produit sur les autres ,vet à bieu diriger son action.
Les Magnétiseurs doivent chercher leurs enseignements dans les effets qu’ils obtiennent , et, du moins encore , éviter soigneusement de prendre la science médicale actuelle pour guide dans l’application des procédés-pratiques du Magnétisme , jusqu’à ce que les somnambules aient agrandi les notions de . celle science et rectifié ses erreurs. En s’inspirant d’elle, ils s’exposeraient à rechercher des effets qu’ils croiraient salutaires , et qui pourraient contrarier le travail mystérieux de la nature -, ils n’auraient aucune confiance dans les prescriptions de leurs somnambules, quand olle& sortent- des règles ordinaires et qu’elles sont mêlées, ce qui n’est pas rare, d’indications symboliques , puériles et ridicules ch apparence , qui sont cependant nécessaires pour que le remède indiqué soit efficace.
Ainsi , par exemple , un somnambule recommande de jeter au feu un objet , ou le reste d’uh remède qui aura servi à un malade , quelquefois le vase qui a contenu ce remède. Penset-on que ce soit par fantaisie , ou originalité? Non : S’il n’y avait pas nécessité , Ic.sOftirtambule ne prescrirait pas cette précaution , et l’expérience démontre "aurait tort de ne pas sV conformer. J’ai vu des presc*PÎptions^ bien autrement singulières , justifiées par un éclatant succèsi Je ne les citerai pas , de peur qu’on m’engageai à aller prendre un logement aux petites maisons. Ceux qui traiteront beaucoup de
malades troiiverontde nombreux exemples de ces ordonnances, bizarres par leur mode d’application.
Les Magnétiseurs doivent puiser leur unique science «l ’oôservation » dans l’élude des somnambules , et de l’homme , quand il entre dans la vie et quand il en sort. Le berceau et la tombe sont les plus grands maîtres.- l^es enfants magnétisés nous révèlent la vie présente, les vieillards elles mourants nous font entrevoir la vie future. Il n’est pas utile qu’un Magnétiseur cherche à caractériser la maladie qu’il traite , il lui suffit de savoir que par le Magnétisme , il peut la guérir. Il ne doit pas se borner à penser à son malade pendant qu’il le magnétise, il faut encore qu’il pense à lui après l’avoir quitté, s’il veut obtenir sa guérison aussitôt que possible. C’est en outre un devoir , et voici pourquoi :
Les elFcts du Magnétisme se prolongent au-delà de la Magnétisation ; l’impulsion étant donnée à la force vitale , le travail de la nature continue en l’absence du Magnétiseur , et celui-ci doit soutenir ce travail par la pensée , de loin comme de près. Pour si court que soit l’instant qu’il consacré au souvenir de son malade , cela suffit.
La continuation de ce travail est tellement réelle , qu’il arrive assez souvent que des personnes qui se font magnétiser
quelques jours , et qui , soit manque de constauce ou de foi , abandonnent tout-à-coup leur traitement , se trouvent guéries
comme par enchantement peu de temps après , sans avoir fait
d’autres remèdes. Ces personnes attribuent leur guérison à la nature , et ne se trompent pas , car toutes émanent d’elle ; mais elles ne peuvent croire que c’est le Magnétisme qui l’a
réveillée et lui a rendu la force d’agir ; et en ceia elles sont dans une erreur profonde.
Ceci n’arrive pas pour des maladies chroniques, constitutionnelles , ou anciennes , mais pour des maladies légères , aigues , ou récentes.
Le Magnétisme olFre deux espèces de traitements :
1° Les traitements en commun.
2<> Les traitements eu particulier.
Pour les traitements en commun , la meilleure manière de disposer les malades c’est de les placer les uns derrière les autres. Le Magnétiseur se pose debout , en face du premier , et lance ses Passes par-dessus leurs tètes ; il circule ensuite autour d’eux et les touche de temps en temps , selon que l’exigent les crises qui se déclarent.
Ces traitements ont leur bon côté, en ce sens qu’ils permettent-de traiter plusieurs malades à la fois ; mais ils présentent deux graves inconvénients. , • ' ■>
Le premier , c’est de donner aux crises plus d’intensité par l’accumulation des fluides et leur mélange , et quelquefois de les rendre désordonnées.
Le second , c’est de provoquer des crises par imitation ,et contre le vœu de la nature.
Ces traitements ne doivent être employés que dans les maladies légères. La charité s’affaiblit en se divisant sur plusieurs personnes en même temps.
Les traitements particuliers produisent des effets plus efficaces et plus prompts Ils sout indispensables pour les
maladies graves. La charité concentrée sur une seule personne est plus active.
Le but du Magnétisme étant de rétablir l’harmonie du corps et de l’esprit , la première condition pour un Magnétiseur, c’est d’èlre sain de corps et d’esprit, et le premier devoir, d’être sobre et moral.
Quand on est en présence d’un malade , pour bien magnétiser il faut avoir l’esprit exempt de toute préoccupation , ne penser absolument qu’à lui et s’isoler au point d’être inaccessible à la plus légère distraction ; être animé de Tardent désir de le guérir, et de la ferme volonté d’y parvenir. L’esprit et le corps doivent être dans un calme profond , le regard ferme et doux tout à la fois , la patience à toute épreuve, la confiance dans sa puissance , sans bornes. Il faut personnifier le mal , avoir L’idée fixe de le vaincre , et le considérer comme un ennemf que Ton veut terrasser, et fouler aux pieds jusqu’à Ce
qu’on Tait mis dans l’impossibilité de se relever.
Il est très-essentiel de ne pas épuiser ses forces au début , en agissant avec trop d’ardeur. Il faut commencer son action doucement , lentement , et l’augmenter progressivement , a mesure que Ton aperçoit des effets qui indiquent que le Magnétisme mord sur le mal. La force musculaire nuit à' l’émission du fluide et fatigue le Magnétiseur inutilement. Toute, la force doit être concentrée dans la volonté, et toute l’ardeur dans la charité .
Il est incontestable , toutes conditions égales d’ailleurs , que
le Magnétiseur dont les gestes sont les plus souples et les plus gracieux, est celui qui magnétise le mieux, et qui obtient les résultats les plus prompts et les plus efficaces. Quand je dis , toutes conditions égales , j’entends parler de la santé , de la rectitude d’esprit , de la volonté , de la charité , enfin des conditions fondamentales. Ainsi , un Magnétiseur , d’une constitution délicate , mais bien harmonisée , doué d’une* grande force de volonté et d’une charité vive , produirait plus d’efiets salutaires qu’un Hercule , jouissant d’une santé florissante et possédant ces deux qualités à un degré médiocre. .
En procédant de la manière que je viens d’indiquer , des que le Magnétiseur a pris de l’empire sur le mal , la Magnétisation se fait sans fatigue et devient très-facile. Alors la volonté. agit presque seule, et il n’est besoin qu’un instant du secours des procédés auxiliaires ; il suffit de toucher le malade pour déterminer le travail de la nature. Cela est si vrai , que , dès que le Magnétiseur se dirige vers la demeure du malade , ou celui-ci vers celle du Magnétiseur , le malade commence à ressentir les effets du Magnétisme. Cette manière de procéder grandit les forces du Magnétiseur , au lieu de les épuiser ; elle le fortifie , et il a plus d’énergie à la fin de la séance qu’au commencement. 11 m’est arrivé quelquefois d’èlre légèrement indisposé en commençant à magnétiser, et de me trouver guéri et fortifié en finissant. Elle présente encore l’immense avantage de donner au Magnétiseur , observateur attentif, une faculté bien précieuse : c’est la faculté de sentir; à ne pas s’y méprendre , à l’extrémité de scs doigts-, les efilur ves , et les titillations nerveuses qui s’échappent du corps du
malade , de manière à pouvoir préciser , presque avec certitude , le siège principal du mal et sa nature. Quand les nerfs sont irrités, ils viennent raisonner à l’extrémité des doigts du Magnétiseur, comme les cordes d’un instrument. Ce phénomène , pour les maladies nerveuses seulement , s’opère en l’absence du malade comme en sa présence. Ainsi , il m’est arrivé souvent , en entrant chez mes malades , de leur dire qu’à telle heure de la nuit , ou de la journée , les nerfs les avaient tracassés', et le fait se trouyer exact. I^cs autres sensations , telles que les courants froids , ou chauds , n’ont lieu qu’en magnétisant le malade , à moins d’une exception.
En -voici un exemple frappant :
Je magnétisais une personne qui , depuis quatre ans , avait une douleur' grave au genou gauche. Le huitième jour, je ressentis , au bout de mes doigts , une humidité glaciale , et des picotements semblables à ceux que fait éprouver l’eau de la mer. Je le dis au malade , qui me répondit , tout ébahi , qu’en lui rappelant ses souvenirs , je venais de lui révéler l’ôrigine de. sa douleur. Il y avait cinq ans que, dans une traversée , il avait fait naufrage ; il était resté quatre jours dans l’eau jusqu’à la ceinture , et sa douleur s’était déclarée un an après.
Je n’ai ressenti ce phénomène sympathique , ou du moins je ne l’ai remarqué quaprès six mois de pratique. Craignant d’abord d'ètre dupe de mon imagination , j’interrogeai mes meilleurs somnambules , et tous m’affirmèrent que c’était bien
une réalité et non une illusion. D’autres me l’ont confirmé
. depuis lors, et l’expérience n’est jamais venue leur donner un
démenti. 11 y a des Magnétiseurs dont l’organisation est si impressionnable , qu’ils ressentent les douleurs de leurs malades et les prennent quelquefois. Le comte de Gestas , magnétisant un jour le colonel de S***, prit la colique , pour avoir, par inadvertance , dirigé vers lui les Passes qu’il faisait pour l’enlever au colonel. M. Ricar ressent et prend quelquefois le mal de ses malades. Du reste , tous ces maux sont passagers , et le Magnétiseur peut facilement s’en délivrer lui-mème. Néanmoins , quand on vient de magnétiser , il est prudent de se laver les mains, surtout si la maladie est grave et que l’on ait touché le malade.
Ces phénomènes paraîtront une rêverie à ceux qui naissent pas le Magnétisme , peut-être même à des seurs peu avancés , qui ne les ont pas éprouvés , ou observés, mais ils n’en existent pas moins. Il y a , en Magnétisme , une foule de phénomènes qui paraissent incroyables , que le temps fera reconnaître vrais , et qui augmenteront à mesure que sa pratique s’étendra. Ces phénomènes ne comportent aucune explication scientifique; il n’y a qu’une explication pour
eux : « la volonté et V amour. » Ces deux puissances infinies
et mystérieuses , qui échappent à tous nos raisonnements et qui , se manifestant sans cesse à nos yeux par leurs elfets , nous forcent à les reconnaître.
Pour moi, je crois à tous les faits cités par les Magnétiseurs, quand ces faits ne renversent point les lois bien connues qui régissent l’univers , lors même qu’ils dépasseraient tous ceux que j’ai vus. Il serait même absurde de suspecter leur bonne foi ; le Magnétisme présente assez de phénomènes surprenants,
pour que les Magnétiseurs Vaillent pas se creuser la tête pour en inventer. Ils peuvent se tromper sur l’appréciation des faits et non sur leur existence.
Il est un phénomène extrêmement remarquable , que tous les Magnétiseurs profondément convaincus ont dû produire comme moi , qui prouve que le magnétisme est de l’essence de la nature humaine. Il m’est arrivé maintes fois , en parlant Magnétisme , avec le feu que donne une conviction bien arrêtée , devant des personnes parmi lesquelles il s’en trouvait de très-impressionnables ou malades, de produire sur elles ,
sa^ le vouloir, des effets tels, qu’elles étaient obligées da sorl^Lpour échapper à Pinfluenec magnétique qui les subjuguait,^ qu’elles tombaient dans le sommeil magnétique.
Sans prétendre à une comparaison orgueilleuse , quoi d’étonnantà cela? Le grand capitaine magnétise son armée, l’orateur son auditoire , et , de nos jours , la parole de M. de Lamartine n’a-l-elle pas été plus puissante que les canons ? En magnétisant , par son attitude ferme et son éloquence entraînante , les masses inquiètes et irritées , il les a appaisées, comme le Christ appaisa les Ilots de la mer en courroux. Les passions politiques ont donné à ce noble coeur les palmes, de l’apostolat : « l'ingratitude et la calomnie . >»
On peut résumer ainsi les procédés-pratiques du Magnétisme :
« Émission du fluide magnét ique , mis en mouvement par » une volonté forte ; soutenue par une foi vive et une charité ardente. »