‹ Traité de magnétismeChapitre 12 sur 69 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Conclusion.

Il esl assez singulier qu’on ait nié aussi longtemps l’existence du Magnétisme humain. Est-ce que celle du Magnétisme naturel peut être contestée , et les phénomènes qu’il produit ne sont-ils pas un témoignage éclatant de la possibilité des phénomènes du Magnétisme humain? La nature n’opère-t-elle pas des guérisons sans le secours des remèdes et des Médecins? Combien de fois n’arrive-t-il pas qu’un malade laisse là le remède que le Médecin lui a prescrit, pour prendre ce qu’il lui a expressément interdit , comme nuisible ou mortel , et que le malade s’en trouve mieUx? Le Docteur en fait honneur à ses ordonnances , et Dieu sait où elles ont voyagé! On appelle cela : fantaisie, caprice, imprudence heureuse des malades. C’est tout bonnement la nature qui les guide , c’est une intuition , et le Magnétisme n’est autre chose que la nature sollicitée et. mise en jeu. La nature ne détermine-t-elle pas la catalepsie , le somnambulisme , l’extase ? Quoi d’étonnant alors que le Magnétisme humain , qui a la propriété de la réveiller , produise les mêmes phénomènes ?

L’homme, dans son état dit « normal », ne présente-t-il pas des phénomènes physiques et psychologiques inexplicables? Prétendra it-on que le poète , le compositeur , l’artiste et le savant , sont dans leur état normal ,*quand ils travaillent ?

Ils sont tellement absorbés , qu’ils n’enlendeut point ce qui sc passe autour d’eux ; ils ne sentent ni la faim , ni le froid , ni le chaud. Leur esprit , comme celui des somnambules- magnétiques , n’est-il pas dans une autre sphère , et leur corps n’al-il pas un peu de l’insensibilité que donne le somnambulisme magnétique? Donne-t-on la raison des sympathies et des antipathies , sans causes apparentes , des pressentiments cl des inspirations? Pourquoi donc cette locution familière et proverbiale , après un accident évité , eu subi ?

« Tout me disait de ne pas passer par-là , tout me poussait » à suivre celte roule. »

Un homme, au moyen d’une baguette qu’il tenait dans la main , découvre deux cadavres , la trace des assassins et les preuves matérielles du crime. Cet homme était guidé par sa baguette , qui s’agitait violemment dans sa main lorsqu’il

arrivait sur un endroit où il y avait à faire une découverte ,

et restait immobile partout où il n’y avait aucun indice à recueillir. Les preuves furent si claires , si incontestables , que

les juges , malgré leur répugnance à admettre un témoignage qui leur paraissait surnaturel , condamnèrent les meurtriers à la peine de mort.

Ce fait est revêtu des preuves d’authenticité les plus respec-

tables; il est consigné dans nos annales criminelles, et rapporté par M. Bcrryer dans son Traité de T éloquence judiciaire.

Il y a quelques années qu’on a parlé d’un jeune homme des environs d’Avignon , je crois , qui découvrait les sources, indiquait leur profondeur , le nombre des couches de terre qu’il fallait traverser et leur nature,' avec une précision merveil-

leuse. La terre, disait-il, s’entrouvrait devant lui. 11 est incontestable aujourd’hui , pour ceux qui ont vu les phénomènes , du somnambulisme , que l’homme à la baguette et celui-ci tombaient d’eux-mèmes en crise magnétique. .

Que dirons-nous aussi de ces deux jumeaux , dont l’un expire à Rome , et l’autre s’écrie dans le même instant , à Paris : « Mon frère vient de mourir . »

L’histoire est parsemée de faits aussi incroyables. Si on ne les nie pas, tout inexplicables qu’ils sont, pourquoi nier les phénomènes du Magnétisme , parce qu’ils n’offrent aucune explication scientifique? Jls méritent d’autant plus l’attention, qu’ils justilient là réalité de tous les faits , surnaturels à nos yeux , que la tradition nous a transmis , probablement déna-. lurés par l’ignorance et la superstition , et qu’ils nous révéleront les causes de ces faits , lorsque le Magnétisme sera généralement' répandu.

Voici deux traits d’une jeune fille , à peine âgée de six ans, dont la mère était somnambule , qui prouvent que le Magnétisme se manifeste sans cesse à nous, et que, si nous ne reconnaissons point son existence , c’est que nous ne voulons pas nous donner la peine d’observer.

Louise était sur les genoux de sa mère et s’amusait à lui caresser les joues , de ses deux petites mains , pendant que celle-ci était en somnambulisme. Ce jeu durait depuis quelques minutes , et la somnambule y paraissait complètement insensible , lorsque , tout-à-coup , l’enfant se retourne vivement vers le Magnétiseur de êa mère , et lui dit :

« M. B*** ! il faut que tu prennes de l’orgeolet, pour pré- » venir les maux de tète dont lu es menacé. »

. — « Qui t’a dit cela, ma petite, répond M. B***, surpris? » — C’est Maman, réplique l’enfant, qui vient de me le » dire. »

La somnambule , qui jusque-là était restée muette et immobile , s’écrie :

— « Cette enfant vient de lire dans ma pensée ! J’allais , Monsieur, vous prescrire ce qu’elle vous ordonne. »

Un autre jour , au moment où j’entre chez sa mère , Louise me saisit vivement la main et la place sur sa tète; ne pouvant soupçonner son intention , je la retire machinalement : l’enfant persiste , et la porte de nouveau à sa tète. Je voulais la retirer encore; je sens une vive résistance qui fixe mou attention , et je m’aperçois que la petite a la figure en feu. Je comprends

alors ce qu’elle désire ; je laisse ma main sur sa tète , et je

la magnétise. Au bout de quelques minutes , Louise repousse ma main , et me dit gaiment :

« C’est assez , lu m’as guérie !» *

Puis elle s’éloigne , ét se met à jouer.

Son père, étourdi de ce qu’il vient d’entendre, nie raconte que , depuis une heure , Louise allait de lui à sa tante , leur prenait la main et la plaçait sur sa tète , et que , fatigués d’une insistance dont ils ne pouvaient deviner la cause et qu’ils regardaient comme un caprice , la pauvre petite avait été repoussée , grondée , et menacée d’ètre mise en pénitence.

Que d’enfants inquiets , dont on accuse le caractère et que

l’on rudoie ainsi , Unissent par tomber gravement malades , et que l’on pourrait guérir aussi facilement

Enfin , je demanderai à ceux qui nient l’existence du Magné* tisme , ou qui le trakent avec mépris , pourquoi personne n’est mis en rapport , pour la première fois, avec un somnambule , sans éprouver une certaine émotion. C’est un fait qu’on ne peut con (ester sans manquer de sincérité.

Ainsi :

« On va chercher de grands raisonnements , quand on na ►< qu’à se baisser et à prendre.

» Et la lumière est venue parmi les siens ; et ils nont pas » voulu la voir. » ,

( Paroles d'un somnambule.)

Le Magnétisme étant inhérent à l’organisation humaine , ne pouvait se perdre ; il a laissé partout des. traces qui sont parvenues jusqu’à noul à travers les siècles.- M. Deleuze, dans ses annales du Magnétisme , nous montre ces traces parmi les peuplades les plus sauvages ; M; AuJjin Gautié les a recherchées dans l’antiquité la plus reculée , et nous les fait toucher du doigt r dans son ouvrage intitulé : « Introduction au Magnétisme'. >> La bible est parsemée de faits magnétiques que l’on ne peut méconnaître ; enfin, le Christ , ce Magnétiseur divin, guérissàit les malades et ressuscitait les morts en leur imposant les mains et en les touchant ; aussi on le représente toujours les mains élevées. .

Le Magnétisme est d’une trop haute importance pour qu’il né se révèle pas sans cesse à nous , et surtout aux Médecins , qui sont appelés, par leur profession , à voir beaucoup de

malades et de mourants. Cependant les Médecins ferment les yeux plus hermétiquement que personne. Quand toutes les sciences progressent , où sont les progrès de la Médecine? Tournant dans un cercle vicieux depuis des siècles , nous les voyons flotter sur un océan d’incertitudes , adoptant aujourd’hui ce qu’ils ont rejeté hier , et rejetant ce que naguère ils ont adopté.

• Les phénomènes magnétiques paraissent si extraordinaires,

que les personnes qui ne les ont pas vus ne peuvent y croire

sur un simple récit , et que celles qui les ont vus ont besoin

de les revoir plusieurs fois, tant, d’après les connaissances

actuelles , ils semblent dépasser les bornes du possible. Ces phénomènes cependant ne sortent point des lois de la nature ; seulement ils nous en révèlent de primordiales, que nous ne pouvons encore expliquer , mais que nous pressentons , et que notre esprit peut entrevoir. A force d’études , avec le temps et le secours des lumières des somnambules , nous finirons par connaître, non pas la vérité tout entière , mais la loi de tout ce qu’il est permis à l’homme d’approfondir. La théorie des deux grands tout , « l 'esprit et la matière essentielle » , renfermée dans les paroles dJun somnambule , donne une explication , ce me semble , satisfaisante de tous les phéno*mènes magnétiques. Je sais que l’on peut opposer à cette théorie une foule d’objections plus ou moins fondées ou spécieuses ; mais je répondrai que , lorsqu’il s’agit d’expliquer l’organisation humaine , il ne faut pas avoir la prétention d’arriver à une définition mathématique, que sûr celle matière

il y a des choses de sentiment auxquelles il faut bien s’arrêter, sous peine de vivre constamment dans le doute et les ténèbres, et que , dans tous les cas , lors même que les explications de ces phénomènes seraient erronées , les faits n’en resteraient pas moins inébranlablement debout. Or , parce qu’on ne peut pas expliquer un fait , on n’a pas le droit de le nier. Ainsi , au lieu de dire aux Magnétiseurs : « ce n'est pas vrai » , on ferait mieux de leur dire : «nous voulons voir et observer . »

Tout est mystère dans la création; l’homme est le plus grand de tous : Placé entre un berceau et une tombe, il serait Dieu s’il parvenait a connaître le secret de l’un et de l’autre. II ne lui est pas donné de le pénétrer , mqis il lui est permis de l’entrevoir assez pour sentir que tout en lui ne disparait pas en mourant. En contemplation devant les pompeuses mer-

veilles de la nature , son âme s’élève vers leur sublime créateur ; en les étudiant , il se replie sur lui-même , et trouve m % au fond de son cœur un ardent désir de se connaître. Dans sa

bonté infinie , la Providence lui a donné le Magnétisme , phare magnifique et sûr, pour éclairer sa marche , le guider et le soutenir dans ses recherches , soulager et cicatriser les maux qui viennent l’assaillir dans sa route.

Vainement depuis des siècles la science , courbée sur des cadavres , le scalpel à la main, et la philosophie , palissant sur un amas de livres , cherchent à pénétrer le mystère de l’organisation humaine; vains efforts, tant qu’elles repousseront le Magnétisme , seul flambeau qui puisse dissiper les ténèbres qui les environnent !

Les poètes rêvent ce grand mystère. George Sand l’a entrevu. Le Magnétisme seul pouvait, par sa révélation, déchirer le voile qui le cache à sa haute intelligence. Si , dans Spiridion , George Sand^ avait dit que le père Alexis et le frère Angel étaient en somnambulisme quand l’abbé se communiquait à eux , après sa mort , au lieu d’écrire un roman philosophique , elle aurait divulguému phénomène vrai , réel,

dont il existe un exemple , sur lequel je dois encore garder

le silence , phénomène qui prouve que l’âme d’une personne morte peut se communiquer à un être vivant , et qu’une autre • vie nous attend au-delà du tombeau. . .

Je ne parlerai pas de la révolution subite que le Magnétisme a produit dans ma vie et dans mes idées ; mais je vais Citer une lettre qui atteste les réformes salutaires que sa pra-

* i - i-r*; VjjkCt

tique apporterait dans nos mœurs , et combien il importe que les personnes dont la parole fait autorité sur l'opinion publique, l’observent, l’étudient et s’appliquent à favoriser sa

.. . ^ Ml

propagation.

Saint-H.... , le 15 octobre I8i7.

Mon cher Monsieur,

Depuis que vous m’avez accordé votre amitié , que je mets au-dessus de tout sur la terre , je ne cesse de le dire à ma

mère : « après vous , c’est M. Olivier qui m’est le plus cher ; je dirai même que je lui dois une seconde fois la vie , non parce qu’il m’a préservé de la mort , mais parce qu’il m’a régénéré. >*

Vous connaissez mon organisation! Je suis capable de faire le bien pour le bien, mais j’ai besoin d’être soutenu. A l’époque où vous m’avez repétri par vos conseils , où j’ai eu le bonheur de m’entretenir avec vous pendant l’hiver passé , j’étais sur

une espèce de plan incliné où tout roulait, avec moi. Je me

sentais entraîné par toutes sortes de passions : passion de la boisson , par forfanterie plutôt que par goût , les femmes , le jeu peut-être, lorsque pour mon bonheur je vous ai rencontré. Vous m’avez arrêté dans ma marche rapide , vous m’avez en un mot fait prendre un sentier plus uni ; j’ai marché sous la bannière du Magnétisme, et je crois que je suis devenu un peu homme. Si j’ai fait quelque bien et si je suis capable d’en faire, c’est à vous que je le dois. *

. Comme je reconnais aujourd’hui la vérité de cette parole , qüe vous me disiez dans nos conversations intimes :

« “Soyez Magnétiseur, et lorsque vous irez dans le monde, la conscience de vos forces , jointe à la connaissance de tout ce que l’homme peut faire de grand et d’utile , Vous donnera une certaine supériorité , non pas orgueilleuse mais bienveil* jante ; vous apprécierez la société à sa juste valeur, ses vices n’auront plus la puissance de vous entraîner, et, sévère pour

vous', vous serez indulgent pour les autres. »

A vous donc mon dévouaient à jamais , à vous mon amitié

éternelle.

Votre dévoué.

On voit par celle lettre , que si la mission des Magnétiseurs est dure ; elle offre de bien grandes consolations.

L’égoïsme a été de tout temps le ver rongeur de la société, et le plus grand obstacle à loué les progrès. Quand on l’entend prôner par des hommes d’une. haute intelligence , on.est tenté de se demander, à quoi bon la venue du Christ sur la terre , si , plus tard , ces hommes devaient ériger en vertu un vice qu’il avait pour mission de déraciner.-

La maxime: «chacun pour soi , chacun chez soi » , maxime cent fois plus cruelle que la guerre, car on se lasse de verser ; le sang , tandis que l’égoïsme, comme l’avarice , va toujours croissant et luesans cesse dans l’ombre , cette maxime , dis-je, aurait eu moins d’échos , et ne ferait pas fortune si le Magnétisme avait été répandu. Lui seul peut détruire l’égoïsme, et celte autre lèpre de notre époque «h politique» , égoïsme déguisé , qui , sous le masque du bien public , entraîne toujours- à sa suite l’esprit aveugle de parti avec ses honteuses manoeuvres et ses funestes conséquences , la prison , l’exil , l’assassinat, l’échafaud, la guerre civile : gouffre aimanté, toujours béant, où vont s’engloutir les plus grandes renommées artistiques , militaires, scientifiques et littéraires : \csSaints- Svmoniens , les Fouriéristes , les Communistes , les Socia-

listes , en un mot , tous ces contrefacteurs du Christ , qui altèrent la pureté de sa doctrine en la reproduisant sous mille formes diverses , revue , corrigée et augmentée ; pomme de discorde, (pie se disputent les Légitimistes, les Conservateurs , conservateurs de quoi? les Républicains , aux couleurs va-

riées , affublés de plus ou moins d’épilhétes , etc., etc., etc...»

Pèlc-mèlc inextricable , dans lequel les peuples , haletants ,

se débattent, se tordent; où l’un Combat pour Marius , l’autre

pour. Sylla , celui-ci pour Antoine , celui-là pour Octave , sauf à se remémorer ’ un peu tard, la fable des plaideurs et l’huître, et à se repentir. . .

Insensés de tous les partis , qui prétendent vouloir le pro- N grès , et qui délaissent l’application de Vidée , pour s’acharner après le manteau percé à jour, qui veut la cacher. Les hommes qui , de bonne foi , veulent le progrès , ne voient-ils point que ce manteau tombe en loques , et que Vidée , après avoir grondé longtemps , monte et chemine comme la vague, et finira par tout envahir ? Pourquoi donc leurs colères , et que ne savent-ils attendre ! .

Si le Magnétisme était pratiqué par tous et partout ,' nous n’aurions pas sous nos yeüx le spectacle affligeant des luttes impies qui éclatent de toutes parts , le tableau déchirant de la misère des peuples , nous ne formerions .qu’une seule et même

famille, où le fort protégerait le faible, te riche viendrait au

secours du nécessiteux et le denier de la veuve s’échapperait de toutes les mains le robuste 'communiquerait sa santé au débile , . et nous serions tous véritablement chrétiens , c’està-dire , tous uniquement humanitaires. •

Le Magnétisme n’excite pas à combattre pour Marius , ou pour Octave ; il ne connaît ni ennemis , ni opinions, ni partis ni sectes , il est la pensée chrétienne en pratique ; il reçoit et réchauffe tous les cœurs à son foyer bienfaisant , les réunit et les confond dans un même sentiment d’amour ; il réalise

celle sublime révélation : « aimez-vous les uns les autres » , d’où découle le principe fécond de prospérité pour tous , Vassociation générale , prenant sa source dans le coeur et ses statuts dans la conscience , association naturelle , volontaire , et seule praticable , parce qu’elle sauvegarde la liberté de tous, et consacre la solidarité des générations.

Les luttes qui s’élèvent dans le sein de la société , naissent de ce que l’on confond les lois de la conscience, c’est-à-dire, les lois divines avec les lois humaines. Les infractions aux premières ne relèvent que de Dieu ; il a , seul , le droit de punir ceux qui ne les suiventqpoint; les hommes doivent les plaindre , et ne peuvent leur infliger d’autre expiation que le mépris qui , à l’avenir , sera la plus cruelle de toutes les peines. Il est sans doute une foule d’abus que toutes les lois humaines ne peuvent atteindre , c’est un fait déplorable qu’on ne peut contester ; mais faut-il , pour les arracher, employer

la force brutale ? Je ne le pense pas : engager les hommes à

s’entr’égorger, couper des tètes au hasard, pour y faire pénétrer des idées de réforme , sont d’étranges moyens de conversion, qui rappellent ce mot célèbre de cet abbé farouche et fanatique, qui , dans Béziers , faisait massacrer les Albigeois; On vint lui dire qu’il y avait des catholiques parmi les victimes ; il répondit froidement :

« Tuez , tuez toujours , Dieu choisira les siens. »

La vérité amène la conviction , et de la conviction naissent : la patience , la douceur et le détournent.

La vérité est donc l’ennemie invincible de la violence. Le Christ ne parlait pas au peuple , l’écume à la bouche , de scs

droits cl des abus qui pèsent sur lui ; il ne lui enseignait peint l’art fratricide d’élever des barricades et ne le poussait pas à se faire justice lui-mème , il ne lui faisait entendre que des paroles de paix et d’amour , tandis qu’il donnait des avertissements sévères à ses oppresseurs. Aussi , les disciples de nos réformateurs modernes , qui osent se comparer à lui et se dire ses continuateurs , prétendent qu’il était arriéré \ j’en ai même entendu le traiter de niais , parce qu’il ne prêchait point la révolte, à main armée. Blasphème!!! Comme si la vérité avait besoin de faire verser du sang par torrents , pour se faire jour!....

Cet égarement, pour lequel il faut avoir de la pitié; pro-

vient de ce qu’ils n’ont pas la /bt dans une vie future, où ceux que les pauvres appellent les heureux (le la terre et qu’ils envient, les envieront à leur tour s’ils supportent leurs souffrances avec résignation , et de l’oubli de la solidarité des générations. L’homme travaille, actuellement, au jour Ip jour, et veut jouir de suite de ses œuvres , comme si la mort .était le néant. Ce sentiment est-il inné dans le cœur de l’homme ? Evidemment non : Voyez les vieillards ! un pied dans la tombe , ils ont la manie de construire, de planter , et de former des projets d’avenir lointain. iVesl-ce pas un avertissement de l’àme ? , . ..

Et pourtant , l’humanité progresse au milieu de ce déplorable tohu-bohu général : c’est que le monde que nous habitons, depuis le bas jusqu’au sommet, de l’échelle qui le compose , se prépare à une transformation et subit une loi de travail , et que l’homme , occupant le point culminant , doit , dans ce

travail , remplir la lâche la plus difticileet la plus compliquée» et .contribuer*, même par ses erreurs , à l’accomplissement des vues immuables de Dieu. Cela est si vrai, que si l’on considère la société partiellement et à sa surface, on est effrayé de la corruption qui la ronge; mais quand on l’examine au fond et dans son ensemble , on reconnaît bientôt qu’elle a fait un progrès immense , et que le mal n’est pas aussi profond qu’il apparaît d’abord.' Ce progrès provient de ce que toutes les consciences se courbent devant le grand principe de la fraternité. En effet , indépendamment des nombreuses sociétés de bienfaisance,, qui , malgré les abus attachés aux faiblesses humaines , font un bien incalculable , et les admirables assodations de secours pour les travailleurs , jamais à aucunô époque , comme de nos jours , on ne s’est occupé avec tant d’ardeur des questions humanitaires, par des théories différentes et incomplètes, sans doute , mais que^ l’expérience rectifiera en les complétant , et jamais on n’est venu avec tant d’empressement au secours des grandes infortunes et des grands désastres , non-seulement de compatriotes à compatriotes , mais de nations a nations , soit par des souscriptions, soit par la manifestation de l’opinion publique. Admirable hommage rendu nu principe de la fraternité!..-

Malheureusement encore beaucoup depersonnes , beaucoup trop , restreignent tellement l’application . de ce principe , qu’elles le réduisent presque à .l’état de lettre morte , et d’autres veulent l’imposer par la violence. Les uns et les autres ont tort; ils provoquent des révolutions , où les bons et les

sur l’humanité. Aussi-, dit-on avec raison : l’homme s' agile et Dieu le mène . II est dans les vues de Dieu et de la dignité de l’homme que le progrès s’infiltre goutte à goutte et soit accepté volontairement , sinon plus de liberté , plus de libre

arbitre. v '

Tout le monde reconnaît l’origine du mal qui mine et bouleverse la société , et auquel , jusqu’à présent , on n’a opposé que la force impuissante et coercitive des lois, au lieu d’y appliquer le seul remède souverain , «le-Magnétisme » , dont la pratique unirait , sans secousse fatale, les hommes entré, eux d’une amitié toute fraternelle.

Quand le riche magnétisera le pauvre et se fera magnétiser par lui , le véritable règne de la fraternité sera arrivé. Il n’y aura plus en. réalité des malheureux,. puisque toutes les infortunes trouveront partout protection , secours , affection et soulagement . Le pauvre changera sa formule dégradante, et au lieu de tendre une majn honteuse et de dire , d’un ton pileux

et humilié : • . • . .

« Quelque chose pour l’amour de Dieu » !

Il ira avec confiance à celui qui possède la fortune , et lui dira avec douceur et dignité u Frère!.., je souffre. »

Alors , la guerre du pauvre contre le riche aura cessé , mais seulement alors , car le pauvre comprendra que la question des richesses est toute dans leur utilisation , et qu’il importe peu dans quelles mains elles tombent, puisque l’inégalité des fortunes est inévitable , pourvu que ces mains en fassent un noble usage", en venant en aide aux intelligences qui ne

peuvent développer leur activité , faute de capitaux , en

donnant du travail aux valides , enfin en pourvoyant aux be-

' soins des vieillards et des infirmes.

Pour arriver à cette époque si désirable , il faudra beaucoup de’ temps -, l’humanité n’est pas comme Minerve sortant armée de pied en cap du cerveau de Jupiter ; sa marche est lente , à nos yeux , et ses progrès sont pesés dans la balance de Dieu. Il faut bien que les proportions et les difficultés de l’ouvrage répondent à l’immensité de son auteur ; aussi la création confond-elle notre faible raison.

« Et il n'y a personne qui boive du vin vieux qui veuille du nouveau , et qui ne dise : le vieux est meilleur. »

Celte parole du divin législateur doit être toujours présente à l’esprit des Magnétiseurs , pour qu’ils ne se laissent point abattre par les résistances* qu’ils rencontrent. Depuis que Mesmer a paru , nouveaux Sisyphes , ils roulent un rocher qui retombe constamment sur eux ; ils finiront par le fixer. Un jour viendra où le Magnétisme éveillera l’attention des gouvernants et appellera leur sollicitude. Alors , et pour se répandre de là rapidement dans leseinde la société, les portes des hospices s’ouvriront devant lui ; il aura ses établissements , ses écoles et ses cours ; il ouvrira à la jeunesse une carrière féconde en enseignements sublimes , et sa pratique ramènera la paix et le bonheur parmi nous. Lorsque l’heure aura sonné , lorsque les temps seront venus , qu’elle y entre hardiment, et la moisson sera si abondante ; qu’à peine les bras suffiront à la ramasser. *

Kn attendant cette terre promise , les Magnétiseurs ne doi-

vent rien négliger pour convaincre les incrédules de bonne foi. Quant à ceux qui nient en présence des faits , soit par égoïsme, vanité scientifique , ou slupibilé ! ils doivent les plaindre , ne pas perdre leur temps dans des discussions inutiles , qui deviennent presque toujours blessantes, et les abandonner à leur aveuglement. L’incrédulité, chez ces personnes, est passée à l’état de tempérament , et cette maladie est incurable. '

Il faudrait être, aveugle pour ne pas voir que la résistance ,

et surtout la persécution , poussent au progrès. Urbain Grandier fut brûlé , sous le règne de Louis XIII , comme sorcier, pour avoir produit des phénomènes , que les Endor meurs montrent impunément aujourd’hui en pleine salle de spectacle. Si l’on regarde attentivement autour de soi , malgré la corruption de notre siècle , on reconnaît que l’humanité ne marche pas , mais qti’elle se précipite vers le progrès , et que nous vivons dans un temps où , selon l’expression d’un de mes somnambules , Dieu travaille avec ses mains à son ouvrage.

Courage donc , vrais Magnétiseurs , courage et à l’œuvre ! 11 ne faut pas se dissimuler que la tâche est immense , car , autant le dévoûment à Une vérité méconnue est doux , quand le sacrifice qu’il impose n’atteint que celui qui l’accomplit , autant il est cruel lorsqu’il en frappe d’autres , et j’avoue que souvent ma plume, prête à laisser tomber le blâme, s’est arrêtée. Si parfois j’ai vaincu ma répugnance pour la critique , c’est qu’il en est malheureusement des abus de la société comme des maladies du corps ; ,on ne peut les extirper sans

.crise , parce que ceux qui en profilent veulent les conserver, dans la crainte insensée d’ébranler ou d’affaiblir leur autorité, comme si toute réforme juste et opérée sagement n’était pas le meilleur moyen d’affermir son influence et de grandir sa considération. Ne soyez arrêtés ni par la grandeur des obstacles , ni par votre petit nombre. Douze pécheurs obscurs , n’ayant d’autre force et d’autre autorité que la conviction et la foi , ont plus fait de conquêtes, en prêchant la parole du • .Christ , que Mahomet avec son sabre. Le voyageur sourit' de pitié à l’aspect d’un faible ruisseau qui cherche à se frayer une

route à travers un immense rocher, et, quand il repasse, il

est tout surpris de voir que ce pygmée est parvenu à creuser son lit dans les larges flancs du géant qui s’opposait à son cours. La goutte d’eau qui tombe., incossante, pénètre et dissout le marbre. Sachez attendre , espérer, croire , aimer , et vous aurez dans vos mains le levier et le point d’appui que demandait Archimède pour soulever le monde.

La patience , V espérance et la foi , forment le levier.

V amour est le point d’appui..

Ce n’est point dans les livres de Magnétisme que j’ai été puiser mes convictions ; j’ai voulu les asseoir sur une longue série de faits , et j’ai magnétisé pendant quatre ans avant d’en lire aucun. Quand je les ai consultés, j’ai eu la satisfaction de me Trouver d’accord , sur les points principaux , avec les meilleurs auteurs , et une longue pratique n’a fait, que corroborer mes croyances. Ma voix est faible et sans

autorité-, mais fort de l’appui de ces auteurs j’ose présenter les principes que j’ai exposés comme rigoureusement vrais en thèse générale. 11 est possible que quelques faits épars leur donnent un démenti apparent , aux” yeux des Magnétiseurs superficiels , car les faits magnétique^ présentent une

physionomie variée à l’infini ; qu’ils examinént ces faits

avec attention , ils s’apercevront bientôt qu’ils rentrent tous

dans les règles fondamentales que j’ai posées, et que ce

démènti n’est que dans la forme.

Je garantis l’exactitude de tous les faits que je rapporte ; j’ai poussé , daqs mes récits , lé scrupule jusqu’à la minutie , et je ne cite pas un fait qui n’ait eu de nombreux témoins. Quant aux conséquences que j’en déduis , ou à mes appréciations , je n’ai pas la prétention de les donner comme con-

cluantes , et je les abandonne volontiers à la critique ; il n’appartient qu’aux intelligences privilégiées de formuler, d’une manière complète , les grandes vérités nouvelles , et de les faire accepter. Aussi je ne me fais pas illusion , je ne me flatte pas d’çtre plus heureuxljue mes devanciers , et de ne

pas prêcher dans le désert. Qu’importe i . . . comme l’édifice sur lequel repose une vérité, qui introduit de profondes réformes dans la société , est l’œuvre des générations , l’ouvrier le plus faible et le plus obscur doit y apporter sa pierre,

pour si petite qu’elle soit. • /

J’ai dû mesurer l’étendue de mon travail sur la grandeur (4e mes forces , et je n’ai pu traiter à fond une question aussi vaste : cette haute et difficile mission appartient à de plus

habiles que moi. J’ai rempli la tâche que je m’étais imposée , selon mes faibles lumières , sans passion , sans haine, comme sans faux ménagements , enfin , j’ai parlé le langage de la vérité, qui ne connaît ni détours, ni crainte. Quelque jugement que l’on porte sur mon ouvrage , ma confiance, dans l’avenir du Magnétisme restera inébranlable. Peu à peu les ténèbres se dissipent et la lumière se fait; il y a , plus qu’on ne pense , des esprits éclairés qui s’en occupent. Voici une lettre qui peut servir de complément à mon Traité , et qui en

est une preuve ; le Magnétisme y est résumé d’une manière d’autant plus remarquable , à part le mérite du style, que son auteur ne le connaissait que pour avoir assisté à quelques séances de somnambulisme.

Fontenay , le 2 Novembre 1846 (Vendée ).

Mon cher ami , .

Vous m’avez guéri, par le Magnétisme, d’une sciatique qui datait de plusieurs années , et je n’étais pas éloigné de lui accorder la vertu curative. Mais quand vous m’entreteniez des facultés merveilleuses des somnambules , je refusais de croire à vos récits et a vos affirmations , non pas que je misse en doute votre bonne foi ; je pensais que vous étiez sous l’empire d’une illusion , en un mol que vous étiez dupe de votre imagination , et que vous aviez vu les faits à travers son prisme trompeur. Cependant vous m’aviez inspiré un grand désir de voir par moi-même. Enfin , l’occasion s’en est présentée avant mon départ.

Depuis que j’ai quitté Toulouse , je ne passe pas un jour sans penser à vous et à des 'choses qui se rattachent à vos espérances. Je garde aussi le souvenir précieux de votre somnambule , qui ne vous a pas quitté , j’espère , et que j’aurais bien besoin de revoir. Les révélations qu’il m’a faites cl tout ce que j’ai vu pendant les courtes séances que vous m’avez consacrées j me tiennent encore sous une espèce de charme éblouissant. Quelques heures de conversation avec un homme endormi ont changé toutes mes dispositions intellectuelles et morales.

J’avais passé une partie de ma vie à la recherche d’un critérium de certitude , fondé , non-seulement sur les rapports accidentels des hommes réunis én société , mais appuyé sur un principe invariable qui justifiât la nécessité de la sanction morale. Je désirais me prouver à moi-même que les mots : bien et mal > vice et vertu , justice et équité , sont des expressions absolues et non relatives , ont une signification réelle et non conventionnelle , qu’ils répondent en un mot à des types formels , invariables en nous , sur la terre et dans le ciel , ou bien , comme disent les savants , dans le monde de l’observation et dans le domaine métaphysique.

• Le sentiment idée me faisait bien croire à la néc*?silé de ces distinctions , sur lesquelles repose le développement de la vie humaine. Mais pour assurer ma foi contre les arguments des sceptiques et les négations hardies et cyniques de quelques écrivains , j’avais besoin de faits évidents , incontestables. Ces faits , un faible enfant sans science , sans études ,

étranger à l’érudition de l’école , mê les a tournis , et cela sans hésitation , sans emphase et même à son insu.

Lorsque j’ai vu les propriétés de l’intelligence se manifester à une haute puissance dans le. sommeil appelé : « magnétique » , j’ai compris que Dieu envoyait ainsi une grande révélation à la philosophie humaine. 4’ai tiré de celte expérience la preuve de la spiritualité du principe pensant, de son identité , de son individualité.

Que dirons-nous , en effet , de cette perception extérieure qui verrait tout comme en un point, sans être limitée ni par le temps ni par l’espace , lit la pensée qui n’est pas sortie de l’esprit , reconstruit la vie de chacun de nous , avec des actes qui n’ont laissé parmi les hommes aucune trace et dont le •

souvenir est même perdu pour celui qui en fut l’auteur ? Rien

ne se perd donc dans le monde des esprits , et les pensées , comme les actes , sont soumis à une règle impérissable , posée par Dieu même.

J’ai vu Calisle dirigeante celle admirable faculté de perception sur un être humain , et y saisir le mystère de la vie intime , embrasser d’un coup d’œil les ressorts merveilleux de l’organisme , décrire le mouvement des viscères , désigner les désordres de la sanlé, pénétrer les perturbations et les lésions , en révéler les causes éloignées , ou immédiates , leur assignant le remède infaillible.

Toutes les impossibilités devant lesquelles sont morts désespérés les hommes de plusieurs générations se trouvent

franehies-ct dépassées sans effort , et la prédiction d e'Bâcon

sur la connaissance réservée à l’homme des formes essentielles

des corps est désormais accomplie. L’esprit se trouve jeté dans un monde nouveau , et la. lumière qui nous arrive toutà-coup au milieu des ténèbres déjà philosophie est si éblouissante-, que beaucoup d’entre nous, impuissants à en soutenir l’éclat, ferment les yeux et nient cç qu’ils n’osent pas regarder en face.. Il n’est pas étonnant que l’orgueil des doctes et des faiseurs de systèmes réagissent contre des faits qui semblent reculer les bornes du possible. Gardez-vous toutefois de faiblir par découragement ; la vérité vaincra tous les obstacles. Laissez les incrédules et les intéressés vous accuser de folie et de charlatanisme , rire de vous : Ce sont incidents nécessaires. Il n’est pas une seule conquête de l’humanité qui ne soit pénible et lente» La vérité est un" long et terrible enfantement de l’esprit humain aidé des secours de Dieu. Les hommes ne l’aeceptent qu’après avoir essayé de l’étouffer.

Dès la première apparition de la doctrine évangélique , les Pontifes et les Aruspices la combattirent en tuant les néophites, en livrant les convertis aux betes du Cirque. Mais lorsque le christianisme eut grandi par la persécution et que le sang des martyrs eut scellé la vérité , lorsqu’il fut dans les villes , dans l’armée, au sénat, au prétoire, dans le patricial et dans le peuple, le flamme de Jupiter brisa son idole et reçut le baptême. * > '

Puisque vous êtes sur la voie d’une grande vérité , vous devçz vous préparer à lutter et à pâlir pour elle. Quant à moi, j’ai été arrêté, longtemps par la crainte que les expériences appelées magnétique. s ne fussent contraires à la foi chrétienne. Cette crainte a cessé, car j’ai trouvé, dans les faits produits,

une confirmation tic la doctrine religieuse , el , depuis quelques mois , je suis entièrement rassure. «.

Deux séries de faits ont surtout attiré mon attention.

1° La faculté de découvrir la cause el les effets des maladies

• • 0 physiques et d’y appliquer un remède' efficace.

2° La clairvoyance merveilleuse par laquelle le somnambule pénètre dans le monde moral , non-seulement pour le présent, mais encore pour le passé , de sorte qu’il saisit directement les rapports qui existent entre les deux domaines ,

entre le corps el l’esprit.

Je n’ai rien à dire sur le premier aspect de la question. En plusieurs lieux de l’Europe, la clairvoyance des somnambules a été heureusement appliquée à la guérison des maladies , el , malgré tout ce que l’on a fait pour atténuer la vérité à cet égard , tous ceux qui ont fait des expériences avec prudence et de bonne foi doivent être covaincus* 11 est à déplorer seulement qu’on ail abusé grossièrement de celte faculté divine et qu’on l’ait appliquée à des expériences ridicules et sauvages. Sa dignité a été momentanément amoindrie, el, par suite, son efficacité s’est trouvée contestée. Les Médecins l’ont déeriée el calomniée. C’est d’autant plus mal à eux , qu’ils n’ont pas voulu voir que la Providence leur envoyait , par le soinnambulisme, un auxiliaire puissant el sûr , dans leur praliqee toujours incertaine el souvent aveugle. Dans leurs répulsions, ils n’ont obéi qu’à l’esprit de caste el la peur de voir leur clientèle diminuer , ou disparaître. Il n’v a pas de plus terrible incrédule que celui qui se ligure savoir tout ce qu’il est possible d’apprendre.

Le droit de guérir est un privilège chez nous , et les docteurs brevetés doivent entourer leurs fonctions d’une considération qui en masque les dangers et les claudications ,

hélas ! trop déplorables.

La partie vulnérable du Magnétisme , c’est qu’il produit

des faits sans explications scientifiques , c’est qu’il jette l’esprit dans un monde absolument inconnu , et que , par lit 'même , il attaque deux grandes hiérarchies également déliantes et prétentieuses. Tous ceux qui vivent à l’aise dans les limites d’une vérité suffisante , et dont l’existence repose sur l’opinion, ne veulent pas se déplacer, s’avouer débordés , et faire un nouvel apprentissage des choses.

Un Médecin ne croit qu’à son diplôme : il est d’autant plus exclusif, qu’il sait parfaitement la faiblesse du bouclier qui l’abrite , et le mensonge de son enseigne.

Voilà la source des luttes qui existent en Médecine entre les diverses écoles et entre les individus. Voilà la cause des variations qu’a éprouvé celte science importante , toute hypothétique qu’elle soit. .De nos jours encore , les allopathes . et les homéopathes se renvoient sans cesse les imputations d’ànerie, et dans l’usage même , tout Médecin applaudit toujours à la critique personnelle de chacun de ses confrères en v é

particulier, et se récrie vertement si vous réunissez dans une conclusion générale les éléments partiels du raisonnement.

Chacun d’eux taxe ses confrères d’ignorance , mais nul ne veut accepter qu’ils soient tous ignorants.

. Pour moi , je dis , après Platon : celui-là seul est Médecin

qui sait guérir. J’ai longtemps consulté les Médecins et les livres

(le Médecine, au sujet d’une indisposition personnelle , et sur une maladie de mon fils , que je redoutais être une infirmité. Parmi cinquante remèdes qu’on m’ordonnait , il n’y en avait pas un seul dont on me garantit l’eflicacilé. Il y avait toujours, soit dans la formule, soit dans l’espèce, une circonstance ou un ingrédient qui faisait dangereux le remède indiqué. J’ai consulté votre somnambule , qui , après avoir constaté seul la nature du mal , son caractère et sa cause , nous a donné simplement une prescription , au moyeu de laquelle mon lils et moi avons été guéris. Le succès de cette expérience fit naître en moi le désir ardent de pénétrer, par induction ou intuition , dans la cause de ce phénomène étrange , et j’interrogeai Caliste.

« Pourriez-vous dire , demandai-je , comment procède cette perception merveilleuse dont vous m’avez déjà donné une preuve si évidente et irrécusable?...

« Lorsque je suis près d’un malade , répondit-il , je deviens lui-méme et je souffre de son mal. Tout naturellement je dis en quel lieu et depuis quel temps. »>

« Mais le remède que vous prescrivez? »

« Pour le remède ! Je ne sais pas : il se présente de lui-

même. »

Celle naïve réponse fut pour moi un trait de lumière , et je compris que , dans cet état et pour une pareille expérience , il y avait assimilation sympathique et mystérieuse de deux êtres , et de plus inspiration.

Voilà donc un somnambule dont le corps était arrivé à un Ici étal d’insensibilité qu’on eût pu le scalper, qui n’aurait

pas poussé un cri sous le couteau d’un prosecleur, et qui . tout-à-coup revêt une exquise sensibilité , s’identifie avec une autre organisation malade , en partage les souffrances pour

leur trouver ensuite un remède salutaire. Exista-t-il jamais

une plus haute charité sur la terre? une confraternité et une

identité plus absolues parmi les êtres humains? Jamais la loi

d’amour posée dans l’évangile n’avait reçu une plus haute justification. Nous sommes donc un exemplaire les uns des autres , et la sociabilité humaine avec la confraternité des âmes est une loi de Dieu ?

Une fois cette relation des êtres établie et prouvée , il n’est pas difficile de comprendre que les somnambules puissent lire dans tout Y être de l’homme , s’identifier avec sa nature morale aussi bien qu’avec son organisation. Ce* pouvoir résulte du fait incontestable qu’ils lisent la pensée avant qu’eîle soit for-^ mulée par la parole, qu’ils se placent immédiatement en rapport avec cette pensée et la traduisent en des actes extérieurs. Mais la clairvoyance de quelques-uns ne s’est pas arrêtée là : ils reconstruisent le passé moral de l’homme , caractérisent ses actions , ses désirs et ses volontés , en vertu d’une règle mystérieuse , qu’ils perçoivent de manière à se complaire au spectacle d’une bonne nature et repousser d’eux celles qui ne le sont pas.

J’ai tiré de ce que j’ai vu cette conséquence :

Le bien et le mal que nous faisons reste en nous , et y laisse des traces profondes. •

L’existence de la conscience morale n’est pas uue hypothèse ,

La sanction des œuvres est un dogme certain.

Le matérialisme et le fatalisme sont d’atroces folies.

Nous devons donc nous conduire en hommes de bien , pour nous , pour nos semblables , et en vue de Dieu , qui nous a

créés afin que nous le glorifions dans ses œuvres saintes.

Adieu , mon cher Olivier ; je me propose de traiter cette matière si importante plus largement , quand mes occupations me le permettront.

Tout à vous ,

O.AUZENCE de LASTOURS.

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