DE LA SOCIÉTÉ MAGNÉTIQUE DE TOULOUSE
À M. OLIVIER, Président de la Société*
Toulouse, le 15 juillet 1847.
Monsieur *
Avant de nous séparer, peut-être pour longtemps , nous
voulons vous redire, dans un dernier adieu, notre affection
pour vous, et la reconnaissance sans bornes qui est au fond
de nos cœurs , pour le bien que vous nous avez fait et pour
celui que vous nous avez appris à faire aux autres.
Quelques-uns parmi nous souffraient des maladies du
corps , vous les avez guéris ; mais nous avions tous un mal
plus profond et plus grand qui nous rongeait et nous desséchait , comme il ronge et dessèche la génération d’aujourd’hui. Le doute , cette scrofule de t’àme, nous minait et nous affadissait de jour en jour, lorsque vous l’avez chassé par la puissance de votre foi et la grandeur de votre amour.
Jeunes et pleins d’insouciance, nous dépensions follement
la force et Partie or de noire âge , dans les plaisirs futiles que
la société officielle invente pour farder la laideur et la honte de son agonie. Notre aumône, jetée par hasard au coin d’une
- rue , était rare et toujours incomplète. Notre religion était
vague et indécise, refoulée sans cesse par les exemples de l’imposture et de l’ignorance. Grâce à vohs , ayant dépouillé notre l’égèrelé frivole , nous sommes graves et recueillis , comme ceux qui ont épousé une vérité sublime , pour la féconder et hâter son triomphe. Désormais notre aumône sera
belle et entière; non contents de soulager , nous guérirons , et nos jouissances les plus pures, comme nos plaisirs, seront dans les douceurs du bienfait et dans les ardeurs de la charité .
Ce que le Magnétisme, tel que vous l’avez compris et
enseigné, a produit parmi nou^, il le produira dans le monde entier, quand les peuples auront accepté cette bonne nouvelle. Aux générations usées par la débauche et dévorées par des maladies honteuses, il rendra la vigueur et la beauté du corps , qui se reflète toujours sur la vigueur et la beauté de Pâme. Aux âmes corrompues et énervées par les jouissances de l’égoïsme et les fadeurs de l’indifférence, il apprendra le saint amour de l’humanité et la sublime grandeur de la création.' Sa doctrine sera celle du Christ, celle de la fraternité , et son drapeau celui de toutes les sectes, de tous les peuples et de tous les hommes de cœur, car il n’aura pour devise que ces deux mots : « amour et volonté. » H détrônera sans retour les castes usurpatrices qui ont, dans tous les temps, broyé les peuples sous leur char de triomphe : caste de nation, caste de famille, caste religieuse et caste de science. 11 unira tous les drapeaux et jettera dans le même brasier Tes écussons de la vanité , et les hochets de la supersti-
lion cl les diplômes du monopole. 11 ne laissera plus qu'une
grande caste qui aura pour nom : «l'humanité» , dont les membres seront tous frères , pour s’instruire et s’aimer entr’eux, adorant ensemble, dans une prière simple et majestueuse, un seul Dieu bon et tout-puissant, père de tous les hommes et de toutes les choses.
Cependant cette terre promise que nous découvrons â l’ho*
rizon lointain d’un avenir prospère, nos pas ne la fouleront peut-être jamais. Ouvriers obscurs et dévoués d’une œuvre de vie et de progrès, nous laisserons sans doute nos os dans le désert. Qu'importe! Toutes les générations de l'humanité
sont solidaires , et les hommes doivent à leurs fils les bienfaits
de leurs pères.
Notre vie sera donc une lutte incessante et cruelle , un combat acharné où nos cœurs saigneront plus d’une fois. Soutenus par l 'amour et la volonté , nous saurons braver l’injure des sots, les huée»' des méchants et la rage des fripons. Ils se dresseront tous sur notre route, pour nous maudire et nous frapper. Et loi aussi, Bêtise , à l’œil terne , patronne des dupes, mère unique du mal, toujours attelée au char du mensonge, dans l’ornière boueuse delà routine, tu conduiras sur nos pas, pour barrer le passage, ceux que tu berces mollement sur le chemin de la mort, et tu leur imposeras sans doute un sourire niaisement moqueur.
Vains obstacles ! tristes fantômes! Essuyant la bave dont les méchants nous auront couverts dans leur rage impuissante, nous les laisserons tous, maîtres et valets, suivre honteusement leur marche funèbre dans un linceuil doré; nous irons droit aux pauvres , à celui qui souffre dans la mansarde sombre, sur un grabat infect, à celui qui se tord dans les angoisses du froid, de la faim et de la douleur, victime de
l’égoïsme de ses frères, qui Pont jeté, comme un damné,
dans l’enfer de l’esclavage. Quand nous l’aurons relevé, nous lui enseignerons à relever ses frères , souffrants comme il
Pétait; nou£ lui dirons que le Jluiclc de Yamour sortira plus
puissant de sa main calleuse que des doigts parfumés d’un oisif élégant, et, quand nous aurons autour de nous des mendiants soulagés, nous serons bénis d’en haut, car la bénédiction du simple est la bénédiction de Dieu.
Nous irons aussi chez ces penseurs sublimes dont la conscience a su rester chaste au milieu des débauches de la corruption, qui cherchent, à la sueur de leur front, la route des peuples égarés, vers ceux qui tiennent d'une main puissante le drapeau de l’avenir, avec sa triple devise : « liberté , fraternité , égalité w, à travers la foule stupide des niais et des méchants , dussions-nous tomber épuisés en arrivant ; nous porterons à leurs pieds la Vérité, nouvelle qui pèse à nos bras débiles, afin que la prenant dans leurs mains, ils l’élèvent bien haut, pour la faire briller aux yeux des peuples réjouis, comme un phare qui luit dans la tempête.
Dans ce rude apostolat , nous serons toujours soutenus par vos leçons et guidés par vos exemples. Si votre carrière magnétique est pleine de grands enseignements et de phénomènes sublimes, c’est que vous avez un grand cœur, seul titre de noblesse dans la cité de Y amour. Comme vous, nous chercherons à développer notre charité par la pratique continuelle du Magnétisme , cette puissante gymnastique du cœur, nous serons prêtre y sans flétrir notre corps et abrutir notre âme par les rigueurs d’un ascétisme stupide et d'une lâche pénitence; nous aurons, comme ceux d’autrefois, le don des miracles , et la révélation divine surgira autour de nous par la bouche de ceux que nous guérirons. Nous serons Mè-
decins sans dessécher notre cœur au milieu des# cadavres arrachés à la tombe ; nous n'irons pas puiser notre science dans la moisissure de la mort, mais dans la force et dans l’amour de la vie. Assis au chevet du mourant, nous remplacerons ceux qui vendent les soins et la prière, et après avoir recueilli son dernier soupir, nous fermerons ses yeux par une dernière imposition des mains.
Tous ceux qui vous entourent, et que vous aimez, éprouvent comme un reflet des grands phénomènes auxquels votre
vie est liée. Dans le peu de temps que nous avons eu le
bonheur de passer avec vous, toutes les phases du Magnétisme se sont déroulées à nos yeux , et toujours la sanction de l’expérience est venue grandir l’autorité de votre parole.
Le Magnétisme curatif nous a montré les cures les plus merveilleuses, çt dans les crises qu’il provoquait nous avons pa étudier l’admirable travail de la nature , mise en jeu par l'amour , et toujours suivi de la délivrance et de la guérison. Le somnambulisme nous a aidé par les remèdes et soutenu
parla Révélation religieuse. L'extase d’un jeune somnambule
fort peu préoccupé dans son état de veille des hautes questions qu’il a abordées dans ses sommeils , a été religieusement recueillie , pour recevoir plus tard la publicité qu’elle mérite.
Enfin, le phénomène de la mort est venu nous trouver au milieu de nos études, qu’il a élevées en les attristant. Par une magnétisation assidue, par de fréquentes insufflations sur la bouche et sur le cœur, vous avez adouci les derniers instants d’un pauvre enfant abandonné des Médecins, et, après sa
mort , nous avons en tendn son père déclarer, en état de somnambulisme, que vos soins avaient prolongé, pendant plus de
sept heures , la vie de son tils > en lui épargnant les souffrances d’une douloureuse agonie.
Agréez , Monsieur , avec le regret d’ètre forcés de nous ■ éloigner, l’assurance de notre affection sincère et de notre
dévoûment. ' * „
Le Vice-Président de la Société ,
Alfred SABATIÉ ,
ancien Elève de l’Ecole Polytechnique.
Couterel, Bouvs, Mazéirac, Sabatié jeune, Cantaloup, Boussés, Arnal, Labadie, Pujol, de Bourran, Veriac, etc.