L'AUTORITÉ
Il y en a de trois espèces , c’est-à-dire , nous devons la considérer sous trois points de vue principaux , eu égard à l’époque de chacune.
L 'autorité d’autrefois. • .
L 'autorité d’aujourd’hui.
L'autorité future.
L’autorité d’autrefois , comme celle d’aujourd’hui , ressort de l’organisation de la société.
Or, en principe , la société est mal organisée. J’en conclus que toute autorité qui en dérive est ridicule.
L’autorité d’autrefois se rapprochait plus de la vérité que l’autorité présente.
Il y a chez elle un mot qui est vrai , en principe : c’est le mot « aristocratie » , pouvoir des bons , et non pouvoir des riches , pouvoir des grands .
Les bons , sont les modèles facultatifs que chacun voit , et que chacun suit à sa guise.
Les bons ! sont les intelligences supérieures et les consciences supérieures , dans la voie de la vérité.
Les intelligences supérieures existent chez les hommes que l 'esprit anime à un plus haut degré.
Ce sont les modèles , les sexds ; les vrais modèles ! . *.
Les consciences supérieures existent chez les hommes qui ont dans le cœur une balance plus jqste , plus exacte
Ce sont les maîtres , les seuls , les vrais maîtres !...
En fait d’autorité , il n’y a qu’une chose réelle , qui découle du bien et qui trouve un écho dans notre nature.
Celte chose? c’est* le plus bel attribut de Y homme :
C’est la raison.
Les intelligences snpéneures et les consciences supérieures, ayant reçu une raison développée , sont. les seuls modèles et les seuls maîtres , car ce sont les seuls dispensateurs et les seuls modérateurs de la rtiison générale.
Ils sont la source , où la raison ordinaire vient se rafraîchir. .
Toute autorité héréditaire est stupide !
Quelque grand que l’on soit par sa naissance , par sa position , on a parfaitement le droit d’ètre un imbécile.
’ Je dirai même plus ! l’hérédité amène souvent à la méchanceté ou à la bêtise.
Les sentiments ne se transmettent pas ! c’est Dieu qui les donne. • * .
Le père ne peut composer le corps de son fils d’une partie spirituelle plus forte que la partie matérielle. •
C’est Dieu qui fait la distribution de ces tout.
L’hérédité ne donne pas le génie , si l’àme est composée^ plus de matière que d'esprit.
D’après l’organisation de notre société et avec le principe de l’hérédité, on est quelquefois obligé, et cela arrive presque toujours , de se modéler sur des imbéciles oii sur des méchants. • *
Que doivent être les copies !...
fl *
La seule autorité , vous dis-je , c’est l’autorité de la raison . En parlant de Dieu , nous avons dit que c’était un esprit , et que , qui disait « esprit » , en Dieu, disait « intelligence .»
Nous avons dit : que l’âme était composée d’esprit et de matière.
Qui dit « esprit » en l’àme, ne dit pas « intelligence » mais dit «raison.»
Ainsi : ‘ •
' La raison est à Y esprit du monde , ce que Y intelligence est » , . »
à Y esprit de Dieu.
Pour simplifier :
La raison est au monde , ce que Y esprit est à Dieu.
Or , l’esprit étant l’essence de Dieu , la raison est l’essence du monde.
Voilà Yautorité que je reconnais ! c’est la seule.
Plus la raison est grande , plus on doit se soumettre; cela doit être l’autorité la plus forte. C’est celle d’ailleurs que nous. nous trouvons obligés de suivre.
Ceux qui ont le plus déraison sont les grands hommes , les hommes de bien.
On doit suivre le torrent qu’ils font couler , et qu*ils aln
mentent sans cesse.
La Marche vers la perfection est un fleuve !...
Les grands hommes en sont les' affluents.
Vous avez un proverbe qui dit :
«YOX POPUM VOX DEI. » •
: C’est la raison générale , qui est la voix de Dieu ,"car la
raison générale , la raison du monde , c’est Y émanation de Yintelligence divine. ' ( ■
Gardez-vous bien de confondre la Raison générale et la raison représentative , tant que cette raison représeiüàtive n’est pas formée par ces grands hommes de bien et de sens. La raison générale marche dans une plaine ; sa marche
est sûre.
La raison représentative marche sur un sentier , ayant à sa droite une montagne couverte de neiges et sujette aux avalanches.
C’est la corruption , qui entraîne et précipite dans ce gouffre toujours béant.
Dans notre, siècle , noiis sommes obligés de, nous soumettre à la raison représentative . .
Le fnalheur pour celle-ci est , que la raison générale la
contrôle sans cesse. •
La raison générale contrebalance la loi : elle empêche, . par son contrôle , que çetld-ci n’empiète sur elle , et ne nous opprime de même que l’amour grand et Y amitié empêchent que Y amour dégénéré ne nous énerve et ne nous abrûtisse. Qui dit : « force » , dit : a absence de raison. »
La force coercitive! c’est la force sanctionnée par la raison * \ représentative , c’est la loi .
Elle est ridicule. -
La force est un moyen , et non une autorité.
La seule autorité , vous dis-je ! c’est celle des bons : celle
qui qnime, qui berce, qui élève, qui, sans employer la force , porte chacun à son niveau ; c’est celle qui caresse on
fortifiant , qui attache sans lier, qui obtient sans force , qui enveloppe sans pourrir.
Décidément l’autorité d’aujourd’hui est mauvaise.
Celle d’autrefois est morte ! celle d’aujourd’hui aura le même sort.
L’autorité future a pour base la raison. Comment arriver à cette autorité? Comment établir un système qui lui convienne ? Il faut pour cela du temps , beaucoup de temps !
Nous y arriverons par la science. Le système ne doit pas être posé : il existe , il se développe.
Nous y arriverons par les grands hommes!... mais entendons-nous sur ce mot : « grands hommes / »
Je ne vous parle pas par là de Victor Hugo , Alexandre Dumas , en un mot de tous ces romantiques chevelus , qui ne sont pas poètes , qui ne sont pas savants de cœur, mais qui ne sont poètes et savants que de tète , c’est-à-dire , d’imagination. 7 , . ’
Ce sont des gens d’une imagination étendué , bizarre , mais non des gens d’une raison supérieure.
Il est ici nécessaire d’établir la différence entre la raison et Yimaginalion.
La raison provient de Dieu : elle est une conséquence de la partie spirituelle de l’âme.
V imagination prend sa source dans la matière : elle dépend de Y organisme ; elle existe par le contact de la matière et de Y esprit , mais elle n’est pas une conséquence nécessaire de l’un de ces tout.
La raison est toujours grande et belle.
V imagination est toujours jolie , et il y a souvent en elle un côté mesquin qui prête au ridicule.
Cela n’arrive jamais dans la raison , ni dans la véritable poésie.
La raison a pour principe , le beau.
V imagination a pour principe , le joli. , ,
L’imagination supérieure pressent le beau , mais elle le détériore en l’enjolivant.
Partant : le beau esLchezelle voisin du laid , car elle enjolive le laid comme le beau!
Elle les dépeint et les confond. ...
V imagination est susceptible de déviation.
La raison est toujours au contraire dans le droit chemin : elle est dans le beau pur.
Chez elle , celui-ci n’a pas de voisin : il est seid maître , et maître, absolu.
Un homme qui a une imagination supèneure , l’exploite pour lui-même : il la travaille ! comment ?....
En égoïste.
Un homme qui a une raison supérieure , l’exploite pour tous : il la travaille ! comment ?
En homme de bien , en homme humanitaire.
La raison est un diamant pur, qui ne ternit jamais : quand on l’exploite , ou la développe. .
V imagination est un morceau de Stras , dont l’éclat n’est que passager : quand on le tripote , il se salit. Quand on exploite son imagination , on l’affaiblit.
Arago , Michelet , Quinet , voilà des raisons supérieures raisons dirigées vers diverses branches mais toujours vers le même but , « la science » , et toujours dans le même but , « Ykumanité. »
Victor Hugo , Alexandre Dumas , ne sont que des imaginations sùpérieures , imaginations dont le seul guide est Y égoïsme et Y intérêt. -
Ces hommes ne sont que des lampions fumants , qui éclairent mal et qui appartiennent à celui qui les alimente.
Tous ces gens-là , vous les voyez courir après les privilèges ou les honneurs.
L’un , fait de l’art une marchandise , une exploitation. L’autre , va s’enterrer dans un catafalque poudreux et sali. Tous marchent dans le même bourbier, « la cormption » ; tous , selon cette belle expression d’un homme du peuple , entassent bassesses sur bassesses , et vont mendier une pièce dfor ou iine dignité. Ils vont se brûler au brasier de la corruption , puis ils viennent vous jeter à la face un livre fort
bien paxjé , et qu’ils ont volé au travail de gens de cœur,
soumis à la direction , au plan d’un Esprit qui n'a de force
et de poids que dans la longueur de ses cheveux et dans la
pesanteur de ses lunettes.
Michelet , Arago j n’entreront jamais dans cet ossuaire ,
ou bien cet ossuaire aura perdu ses qualités sépulchrales.
Il faut pour cela que les démolisseurs arrivent et qu’ils opèrent une refonte , qui sera pour moi un renouvellement.
Ces raisons-là sont des Lumières ; ce ne sont pas des lampions.
Ils n’ont pas besoin qu’on les alimente! ils possèdent la vie.
J’ai dit que nous viendrions à un temps où la seule autorité serait celle de la raison.
Alors arrivera le règne du Christ , c’est-à-dire , alors arriveront la prédication et la pratique pure de sa doctrine , qui n’est autre chose que celle de la religion naturelle , religion que le Christ lui-mérae a pu résumer d’une manière complète,
et à laquelle il a dû ajouter des règles, appropriées aux usages
de son temps.
Voilà une défecluôsité de la doctrine du Christ , défectuosité utile, provenant du Christ lui-même, défectuosité qui n’existe que dans l’application de sa doctrine au temps où il a paru , défectuosité bien faible, car si le Christ a un peu modifié les conséquences d’application de la religion naturelle en faveur et à cause de son époque, il a tellement fait faire de progrès à cette époque , il l’a tellement faite avancer, qu’il l’a mise dans la nécessité de recevoir la religion naturelle infiniment peu dénaturée. • '
Cette époque a tellement plié sous sa volonté , qu’il a posé les bases qu’il a voulu , et qu’il n’a fait que les détails de son ouvrage , dans le style du temps.
Or , ces détails n’anéantissent pas la base ; elle existe toujours , et elle est toujours admirable et complète. *
Cette base , qui est le principe de sa doctrine , est la cause de tous les progrès existants, et elle contient le germe de tous les progrès futurs.
Le vice de la doctrine du Christ , vice infime mais cependant regrettable, ne constitue chez lui qu’une défectuosité.
Digjtized by Goc
Mais il existe uri vice véritable , vice déplorable. ,• Gelui-là provient de l’interprétation que l’on a donné à sa doctrine , interprétation inutile, perdue dans une masse de commentaires , obscurcie par des controverses , qui ne sont et ne peuvent être que des discussions de mots , commentaires qui masquent le principe et qui empêchent de le * . ** ■■ ' .
comprendre* 'ij/jvi JéitMLiri
Mais ces vices doivent crouler , car la connaissance et la
compréhension du principe les broieront ; tandis que les défectuosités se rectifient d’elles-mêmes : Le temps en est le seul modificateur.
Quels seront alors les aristocrates ?
La question .n’est pas difficile à résoudre!
Les aristocrates l seront : les raisons supérieures , c’està-dire , les hommes de cœur* * ti*
Celui qui Sera le meilleur , sera le maître , le directeur.
Ces moyens seront « la bonté i »
La religion naturelle est le droit chemin. 1 *
La doctrine du Christ nous apprend à marcher dans ce
chemin. hv*
Les raisons supérieures , ou bien les intelligences supérieures et les consciences supérieures , que je Comprends dans la dénomination de « raisons supérieures » , ouvrent et Ira-
cent la route.
On se rallie naturellement à leur drapeau.
Vous voyez par ce mot : « naturellement » , que c’est une autorité obligée , c’est-à-dire , que l’on suit spontanément , et non pas une autorité imposée.
Ces autorités , venant du coeur , ont pour pratique ta charité. - • •
Elles s’abaissent vers tous , elles relèvent le malheureux eu compatissant à ses peines , elles guérissent l’orgueilleux par une exhortation , douce en ce qu’elle l’émeut, et grande en ce qu’elle l’oblige à se rabaisser ; elles épurent sans que le travail d’épuration soit pénible , elles attachent sans lier , elles sont fortes par nécessité. - Celte force,. est la force morale.
Les qualités de ces autorités sont :
« Amour , grandeur , force morale. » mmiàto
Leur moyen de conviction , est : ? &
« La raison. » < , 1
Je vous ai dit qu’on prêcherait dans des temples ! Nous y verrons , non pas un abbé chamarré d’or ^ mais un prêtre
grand et inspiré non pas un autel enjolivé , mais une statue
sublime «la statue de. la raison» u • , *
Point de censure 1 point de tribune honteuse!... Rien qu’un oracle. Cet oracle ! sera le prêtre inspiré par Dieu , qui parlera par sa bouche.
Point de cris ! point de. huées ! ...
Rien qu’un murmure , un bien doux murmure :
Le murmure de Y amour.