SOCIÉTÉ ET FAMILLE
Dans la question du mal , je vous ai parlé d’un mot de votre ami Gauzence. C’est le mot : « rapports accidentels des hommes » : accidentels 1 mot bien placé , juste dans toutes ses , acceptions , donnant la mesure de la fragilité humaine , lorsque les faits qui existent ne découlent que de Y égoïsme , lorsqu’ils n’ont pas' pour devise :
« Liberté , égalité , fraternité. »
Lorsqu’ils n’ont pas pour principe « Y amour . »
Amour !. . ..Théorie invraisemblabte au dix-neuvième siècle! théorie qui es cependant sublime et réelle ! ô toi , sans lequel V Homme est assimilé à la pierre sourde et muette, au ver le plus abject et le plus dégoûtant , au monstre le plus faux ,
et le plus inexistable , si jfc puis m’exprimer ainsi ; toi !
principe de tout et de tous , corollaire de l’idée que tu as fait
naître , amour ! toi-, qui es Y Alpha et Y Oméga de Y Écriture ,
le point de départ et le but : Que djs-je , le point de départ
et le but !... non : car tu es tout ! et le tout n’a pas de point :
^4mour ! lu es Dieu. • v ' .
Quand le verrons-nous, ô Créateur ! t’abattre plus efficacement sur nous? quand ta grandeur voudra-t-elle se révéler à nous , agrandir nos yeux en les éblouissant et nous forcer à te regarder et à t’imiter ? Quand est-ce que ce lien de fra ternilé , que tu as posé4ans ta famille, sera-t-il complet et accepté?...
«Attendez!...»
Attendre , grand Dieu! mais pressons le moment , ou bien
donne-nous ln force de le presser!... indique-nous ce qui doit résulter du travail de tous les jours.
«Espérez!...» ■
Espérer!... mais nous espérons toujours! mais cette espérance , qui est en quelque sorte toujours maintenue en nous par les résultats des faits , restera-t-elle toujours espérance ?
Ces faits !... qu’en résultera- t-il? à quoi nous avanceront-ils ? Si ce sont des faits à voir , à contempler , ne faudra-t-il pas une force nouvelle pour nous les faire examiner , scruter?... « Croyez !. . . »
La foi!... mais nous l’avons! notre âme les voit, les croit et les admire. Mais celle foi\ je le sens; si elle existe , elle n’agit pas. Si nous l’avons , nous ne pouvons la montrer , la propager , la verser!... si nous l’avons , comment la dirigerons-nous ? . #
«Aimez!...»
V amour!... sainte et belle pensée , toi qui conduis tout !
inspire-moi!... que je puisse, malgré mes emportements,
dévoiler les mystères ignobles , et garder assez de douceur
pour ne pas éloigner de moi en voulant apprendre à les redresser!... . -
Parlons de la société.
La société est fausse , elle est stupide , parce qu’elle est basée sur un principe faux et stupide.
Elle n’est pas basée sur l 'amour ; elle n’est pas basée sur la religion naturelle . pu,re , c’est-à-dire que , - quoique s’appuyant sur ces principes de religion naturelle , elle, n’a pas suivi toutes les conséquences de celle religion..
La religion naturelle est le développement de là loi organique du monde : la loi de P amour.
Cette loi existe en tout , partout ; elle porte sur tout.
Cette loi !. c’est le fondement de toutes les institutions humaines. • ? • .
Ce fondement a été jeté par Dieu.
L 'Homme a été créé pour bâtir un édifice sur ce fondement.
Cet édifice ! il a voulu le bâtir» •
C’est là société qui est son ouvrage ! •
L 'Homme est un mauvais architecte ; il est mauvais architecte > parce qu’il est imprévoyant. \
Pour bâtir son édifice, il a oublié l’instrument le plus
essentiel de tous a\e fil à plomb. »
• Il a cru qu’il pouvait créer à sa guise : qu’une fois l’inspiration reçue , il pouvait se passer de la surveillance et que son ouvrage serait complet , et il a posé des pierres sur le fondement ; mais il n’a pas suivi les lignes droites !
Cet édifice s’écroulera.
Le seul Créateur ? c’est Dieu. •
La société ? c’est l’ouvrage des hommes. «
L’ouvrage des hommes ? c’est la tour de Babel. ,
La démolition de cet édifice arrivera insensiblement : ce
sera une modification complète.
Toutes les fois que V Homme bâtira et qu’il ne suivra pas le plan de Dieu , son ouvrage ne sera qu’un essai. '
La Tour de Babel est une fiction prophétique qui reçoit tous les jours son application. » •
Ces essais ont qn avantage : c’est que chacun se sert de ce qui a été fait auparavant, et par conséquent l’inspiration est plus longue , et le progrès existe.
Lorsque Y Homme aura fait un essai véritable , c’est-àdire , lorsque , après avoir ajouté instrument à instrument , il sera arrivé a se servir de tous ceux qui lui sont nécessaires , lorsque , en un moment il usera de ce fil a plomb délaissé, son ouvrage sera ouvrage et non essai.
Avant cela il aura un moment de découragement ; il
s’affaissera , et cette apathie sera heureuse et bonne ,* car il aura dans cet état l’inspiration, qui lui ouvrira la voie du vrai .
Cette inspiration ! ce sera la voix de Y esprit , qui lui indiquera l’instrument à prendre , la marche à suivre pour bâtir sur le fondement.
Le fl à plomb ? c’est le coeur de Yhomme. '
Le fondement ? c’est la religion naturelle.
Elle se trouve dans le cœur de tous.
Quand Yhomme suivra les inspirations de son cœur , Yhomme deviendra bon ouvrier maçon, et son ouvrage se complétera.
Socrate avait pressenti la création , car c’est lui qui a dit ;
« Celui qui connaîtra son cœur en connaîtra les propriétés ,
*> connaîtra les opérations auxquelles il peut et doit arriver. »
Celui-là , par sou cœur, connaîtra le cœur des hommes , et par là, le cœur du monde et de Dieu. ' -
Aussi , dit-il :
« Connais-toi toi-même. »
Socrate , vous l’ai-je dit , est le premier grand homme.
Quand tous les hommes connaîtront leur cœur, la loi d 'amour sera observée ; celte devise :
« Liberté , égalité., fraternité , »
ne sera plus un vain mot , elle sera burinée dans le cœurde tous Jes hommes.
Cette devise , ce grain précieux , semé par le Christ a germé.
A la Révolution Française , le germe est sorti : on Ta formulée plus tard*
La formule ! C’est le nom que l’on donne à la plante qui
n’est pas encore classée ; c’est le classement des idées.
Avant que la plante devienne arbre /il faudra longtemps ! mais en attendant la plante grandit , la fleur se forme, le fruit se fait pressentir. ' / «
Quand ce fruit sera porté , il ne sera pas encore complètement visible , car il est semblable à une amande recouverte
de la cosse.
La cosse empêche que le fruit ne soit visible , mais elle en fait deviner la qualité.
Toute'cosse doit tomber !...»
Quand une .société a pour principe Végalité , elle existe d’après les lois de la nature , d’après les lois de Dieu
La liberté ? vous l’ai-je dit, c’est le droit ^{ue Dieu a donné à tous les êtres .
L’égalité ! c’est la juste répartition de ce droit. Juste dans le fond ! ce qui ne signi-fie pas que chacun a été pesé dans la même balance , mais ce qui signifie que chacun a été- pesé proportionnellement au travail qu’il doit faire.
Quant à la liberté « principe » ? tout être la possède au même degré.
Toute inégalité est un empiétement sur la puissance de Dieu , car alors le législateur qui la consacre partage une chose que Dieu seul possède, et dont il est le seul dispensateur. ' •
S’il y a une parole dans les cérémonies de l’Eglise qui est vraie , non pas dans le sens de l’Eglise , c’esl-à-dire , dans le sens terroriste , mais en ce qu’elle indique ce qu’est Yhomme , non pas dans sa nature particulière , mais vis-à-vis de tous les autres , c’est celle-ci : r
« Souviens-loi , homme , que tu nés que poussière , et » que tu redeviendras poussière. »
La beauté de cette parole résulte de son unité et de sa généralité. ' m \
Elle est bonne sous un autre rapport r.sous le rapport de la fragilité des faits de* Y Homme , relativement à ce qu’est Y Homme isolé, à la petitesse et à la nullité de ses moyens , quand il est seul ou qu’il veut agir seul. »
Un Père de l’Église l’a complétée , eu disant : >
« Vanité des vanités , et tout nJcst que vanité. »
La société, ouvrage de Dieu, c’est Yassociation ! l’cmo-
dation naturelle ! Je m’entends : association pressentie , devinée. Pourquoi ?
. Parce que , je vous l’ai dit , le mal est un haillon déchiré
et troué , qui ne peut empêcher de voir ce qu’il recouvre et qui laisse toujours pressentir le bien , qu’il veut cacher.
Le bien ? c’est Ÿ association.
Association/... idée magnifique et belle, vers laquelle on marche par des théories incomplètes , il est vrai , mais qui n’en font pas moins avancer.
Ces théories , celle de Fourrier par exemple , sont bonnes en ce qu’elles partent dft principe ; elles sont incomplètes en
ce qu’elles ne considèrent le principe que sous un point de
vue.
Laissez aux hom
sprilst
•wmer ces théories
« utopie » ; raissez-les imprimer au iliot de «' Socialistes » upe idée ridicule. i > •
Le ridicule est bien faille quand la chose existe, et quec'èsl- .
Dieu qü^vdut que la chose arri4\se. , . .
* fci* V » . '' ' m < •
:■ i ‘ . éf. * -• '
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Parlons, t^&u de la société , ouvrage des hommes , et nous verrons^; différence de ces deux sociétés : la présente, et la future La société
• ' ' yV"
, qui ÿflfëera -que la présente modifié^ et rejaitc. é , vousjjû-je dit , a pour base^-V égoïsme. *
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La marche de célte' société doit donc être le contentement
Xs . 1 • '
de cet égoïsme.
Ce contentement se nomme .« le bien-être ,*# con$j$%ra-
tion. » \ . • 'v
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raa* . .-.J
Le bien-être a rapport à la matière . «
La considération a rapport à la matière.
La société a rapport à la matière .
Celte matière, d’où elle découle, c’est la brute !... matière ignoble, qui devient excrément , matière qui, par conséquent a pour principe le vil , et pour fin un égout , matière semblable à la vase soulevée par une drague, qui monte et est précipitée -, considération de 1 Homme, qui grandit et qui est foudroyée , éclair qui passe et se perd enfin dans les nuages , chose plate et nulle, vanité enfin , et vanité des vanités, tout n’est que vanité!... et la vanité dont nous avons parlé jusqu’ici est un voile troué , voile qui n’a plus d’usage , voile qui court à sa destination , chiffon en un mol , comme dit Félix Pyat , qui est Sorti de la hotte et qui doit retourner à la botte.
Ceci est tout bonnement une expression différente pour
rendre la pensée ci-dessus exprimée : è 4*
« Souviens-toi , Homme , que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière. » • *
Autre point de vue sous lequel doit être considérée cette }
parole des Pères de l’Eglise. * •
lit A*
Je v&W aÊ parlé de- la marche vers le bien*1'*'
•• . ff
Celte marche n’ést pas la marche, individuelle , c’est la * • * * marche de Yhumanité.
Elle n’est pas visible Sensiblement pour tous : \
Elle arrive individuellement ou partiellement.
Individuellement , quand elle est sentie par un homme seul !
•i.’sv
Partiellement , quand elle est sentie par une communauté, par un peuple , par une nation î
La marche individuelle prépare la marche partielle, de même que la marche partielle, en donnant l’exemple , prépare la marche générale.
La marche partielle se traduit par des révolutions : Les unes sont politiques ; les autres sont sociales.
Toute révolution est une conquête , a dit Schiller.
. Ce mot est vrai , mais expliquons-le en îïionlrant la nature de ces révolutions diverses.
La révolution sociale provient d’une pensée naturelle.
La révolution politique n’est qu’un corollaire de la pensée qui a guidé la révolution sociale , et elle est quelquefois un germe de la révolution sociale future.
La révolution politique est minime dans ses effets immédiats , car l’intrigue s’en empare.
Alors c’est une révolution sociétaire. On la fait dégénérer en lui faisant servir un projet particulier, et par conséquent égoïste.
Les révolutions sociales sont l’œuvre d’une amélioration , procurée par une pensée humanitaire , et par conséquent une pensée d 'amour.
Les premières sont des coups de foudre !
Les dernières sont préparées et élaborées ; elles n’éclatent
qu’à la longue. L’enfantement est pénible , mais la vie est en raison de la peine : elles vivent bien , bien longtemps!...
Les révolutions sociales , disons-nous , sont longuement élaborées I ce sont des germes qui poussent ët se développent,
germes qui produisent une plante qui féconde la nation qui la fait vivre , et dont l’odeur pénétrante s’étend jusque chez les autres peuples.
11 est rare qu’une révolution sociale ne fasse pas avancer
vers le bien ; cela ne peut même jamais arriver , car , si cela
pouvait être , le caractère de révolution sociale ne pourrait plus s’appliquer à ce mouvement populaire, parce que alors on serait indubitablement parti d’un principe. faux ou incomplet, ou bien d’une pens èe partielle , que la société aurait fait dégénérer.
Les révolutions politiques en un mot sont une préparation,
ou une suite , mais elles.produisent pour effet direct un bienêtre individuel , à cause de la société.1 -
Les révolutions sociales au contraire sont . la chose elle-
jf» ^
même : elles proviennent des idées , et elles tendent, au bonheur général
Je dirai plus que ^ Schiller ! Je parlerai dans le même style
que Young ; il dit
« Chaque instant de là, vie est un pas vers. la mort. »
Je dirai :
« Chaque' jour , chaque instant de la vie est un pas vers le progrès , est une conquête ; c’est un pas vers le renouvellement , c’est un pas vers la purification. « •
Les idées en effet arrivent tous les jours. Les seules bonnes natures î.ilrèstivrai , les saisissent; elles en sont dépositaires, mais ce dépôt; est livre à l’admiration de tous : il est placé chez ces nâtures, car tout* ce qu’elles ont est du domaine public. -
ce semis ; elles le font germer.
' Ce travail est imperceptible ; il n’en est pas moins réel.
Les révolutions, éclatant par les idées , éclatant sur toutes
les branches d’idées.
Puisque je vous ai parlé de Félix Pyai , je vais vous en citer un exemple , à propos de révolution dans les branches d’idées.
Les drames modernes sont des drames ridicules et chevelus , dans lesquels nous voyons des manoirs , des palais et des trappes , dans lesquels nous apercevons des épées , des haches et des poignards , dans lesquels nous sommes effrayés par des yeux noirs , des barbes noires et des robes noires , dans lesquels nous sommes dégoûtés par des crimes , des orgies et des infamies i dans lesquels nous ne sentons que la présence d’une imagination ardente , sur lesquels en un mot .plane ce qui s’appelle le mauvais goût et l’invraisemblance.
Dans les drames nouveaux , au contraire , nous ne voyons ni manoirs ni palais , mais la chaumière du pauvre , non pas ces yeux noirs et ces robes noires, mais des yeux tristes et des haillons , non pas des orgies et des crimes , mais des
ri • * .
larmiés et une grande misère : nous ne trouvons pas le vice et , le déshonneur , nous sommes éblouis par la vertu et la probité.
Tout cela est en opposition avec un mauvais principe.
Aussi , au lieu de vide, trouvons-nous une question , question du bien et du mal , qui donne pour résultat la démonstration de la puissance du bien.
Le bien!.,, il est représenté pur un pauvre honnête , sans appui , sans moyens , sans protecteur.
Le mal y. est représenté, par un homme vil , riche , puissant
et honoré, s’appuyant toujours sur l’égoïsme et sur le crime,
faisant jouer tous les ressorts de l’intrigue pour entraver la marche du bien. • •
/ Mais quel est le vainqueur?...
C’est le bien , car Félix Pyat vous le dit :
« V honnêteté est la meilleure de toutes les roueries. »
Et moi , je vous ai dit que le bien était le roseau tenu par Dieu , tandis que le mal est le chêne qu’il repousse toujours du pied. .
11 n’y a pas en effet de statue plus colossale, de rempart plus inexpugnable que le bien. -
Que toutes les passions se déchaînent contre lui , qu’elles se réunissent pour saper ses fondements, elles seront obligées de creuser si profond , que l’éboulement deviendra nécessaire et arrivera pour les écraser en les engloutissant.
Revenons à notre article et parlons xle la société future.
La société future a les bases que je vous ai indiquées.
Quand l’amour sera un principe suivi, quand X amour, sera un code universel , la propriété sera abolie , car la propriété est une institution éminemment sociétaire.
Or , la propriété divise les hommes en classes ; il n’y a pas de rapports entre eux.
Dans Y amour , au contraire , le rapprochement est immédiat. Le riche sera uni au pauvre , car il n’v aura plus de riches et il n’y aura plus de pauvres.
11 n’y aura de riche que les raisons supérieures :
Or, celles-ci sont du domaine public.
Pour arriver à ce point , nous avons la science.
Dieu nous l’a donnée pour arriver à l’état de nature.
En effet : par la science on découvrira le moyen de faire l’or et l’argent, de détruire en un mot toute espèce de valeurs représentatives. »
Or, alors quelle richesse pourra-t-il exister ?
La richesse du sol !...
Mais comment payera-t-on des travailleurs millionnaires ?
On leur refusera du pain! du fruit!...
Mais la faim chasse le loup des hois , et la faim entraîne l’avilissement de la propriété.
Tout le monde travaillera alors par amour , par service.
Le travail sera moins pénible -, car la. science , avec ses machines , le simplifie beaucoup. .
La Genèse parle de travailler à la sueur de son front.
La Genèse ecclésiastique croit que c’est une punition.
Moi , je dis que c’est un moyen de faire avancer.
V Homme a été créé à l’image de Dieu.
Dieu lui a donné , par délégation , quelques idées nécessaires.
Dans ces idées , il y a celle de travail , car 1* Homme est l’image de Dieu , quant à l 'activité et à Y intelligence.
V Homme doit travailler , attendu que toute intelligence
active suppose un travail , puisqu’elle complique une idée d’invention , de résultat.
L7/omme n’a pu être créé inutilement !
Il faut qu’il se prépare à être purifié :
Cette préparation est un perfectionnement ; il faut qu’il se prépare tous les jours !
Or , quand la préparation sera presque finie , il se reposera : son travail sera moins long *, il sera aussi moins pénible.
Alors chacun aura sa place , selon ses moyens et sa votation : chacun remplira sa tâche avec plaisir, parce que , rendre service est un bonheur , et que le mot « intérêt » sera rayé de toutes les langues. -
V association générale existera.
Le mot « intérêt » étant rayé, le mot de « propriété » le sera aussi. . , ~
La communauté naturelle consacrera Y égalité.
• La richesse et la pauvreté seront de vains mots , car alors nous serons tous riches et tous gueux ; et vous savez que les gueux sont les gens les plus riches î ils n’ont rien , et ils ont tout : ils sont heureux.
Vous connaissez la chanson ;
Les gueux , les gueux ,
Sont des gens heureux ,
Ils s'aiment entr’eux,
Vive les gueux !
Iæ Communisme P c’est l’état de nature en ce monde , et le
commencement par conséquent la transition en les autres.
C’est l’étal de- propriété , appartenant à Dieu, propriété dont il laisse la jouissance à tous les Etres:
Le Communisme P Ce n’est pas le partage , car le partage suppose la propriété , et le partage est la mort pour le plus
grand nombre, tandis que la communauté e st la vie pour tous.
Si je voulais le faire arriver demain , je le ferais : je n’aurais qu’à vous dévoiler la composition de l’or , de l’argent et du diamant.
Mais' chaque chose a son temps! Dieu ne veut pas qu’il arrive ; et si j’avais envie de vous le montrer , ma langue serait sur-le-champ paralysée.
Si Dieu voulait qu’il arrivât aujourd’hui , ce ne serait pas une révolution qu’il ferait ! il détruirait son ouvrage.
L’impossibilité des valeurs réprésentatives briserait aujourd’hui Yhumanité. Ce serait une éhose bien plus forte que le Déluge dont parle la Genèse.
Si Dieu le veut , il n’a qu’à prendre son marteau et briser le marbre qu’il façonne.
Les vues de Dieu sont grandes !...
Il est essentiellement prévoyant : chaque progrès est pesé dans sa balance.
’ V Homme peut le hâter , mais non le faire arriver avant son temps , car chaque progrès prématuré est nuisible , n’est plus un progrès, et qui dit : «progrès»' dit : chose amenée doucement , mais solidement.
Le .pivot sur lequel roulera l’humanité, sera le précepte de Lafontaine :
« Il faut s’entr’ aider mutuellement. »
L’union fait la force.
L’union? c’est la vie, c’est la rosée qui vient tous les jours au matin , rafraîchir le cœur de Vllomme , c’est le soleil qui vient le réchaulfer.
L 'amour? c’est l’extinction de Y égoïsme.
Uégovsme est le principe de la propriété .
Le Communisme est l’opposé de la propriété.
Uamour est l’opposé de Yégoïsme.
Uamour est le principe du Communisme.
Voyez les diverses interprétations et les opinions portées sur le Communisme !...'
Toutes les bonnes natures le comprennent bien : elles veulent la gueuserie pour tous , parce qu’elles voient , dans le Communisme , non le partage * de la propriété chez les hommes , mais la propriété de Dieu et la jouissance universelle de Y Homme.
Le partage ! c’est la répartition de la propriété.
Le partage emporte idée de propriété ; c’est une conséquence nécessaire.
La propriété a pour principe l’égoïsme , car la propriété peut exister sans donner droit à une jouissance particulière.
Or , la loi qui consacre ce droit est éminemment sociétaire , elle est éminemment contraire à la loi de la nature.
Quand Dieu a créé le Monde , il s’est servi de ce que nous appelons « les éléments. »
Les éléments sont également nécessaires à notre vie.
A qui appartïennent-ils ?
A Dieu seul.
Quel est celui qui osera s’approprier Pair , Y eau , le soleil, le jour , la nuit P...
A qui sont donnés tous les éléments ? •
A tous les Êtres.
Or , tous doivent en jouit* également , car ils ont tous la même nature , et par conséquent ils ont tous à peu prés les mêmes besoins.
Dieu a donné à chacun en particulier la part de jouissance qui lui était nécessaire. , '
Pourquoi la société est-elle revenue sur cette division? pourquoi a-t-elle voulu y mettre du sien ? pourquoi a-t-elle donné du superflu à l’un et a-t-elle restreint la part de l’autre? Pourquoi , si les éléments naturels ne suffisent pas pour quelques-uns , d’après sa division à elle , a-t-elle encore fourni aux riches les moyens de se procurer artificiellement
les éléments que Dieu a donné aux pauvres ?. . .
Pourquoi , ayant restreint les éléments naturels pour ceux-ci , a-t-elle encore resserré leurs moyens de' se procurer les éléments artificiels !...
Pourquoi , si la chaleur du soleil est insuffisante pour celui qui n’a pas de feu , lui enlever les moyens d’en faire ?
Pourquoi , si la chaleur est suffisante pour l’un , lui donner les moyens de la rendre plus forte , soit par ses habits , soit par son bois , soit par ses tapis ?... ■
Répondez , grands de la terre !
Qu’est-ce qu'un homme P
C’est un composé d’âme et de corps , dites-vous! il a de la chair , des os et du sang :
Voyez la couleur du vôtre!...
Voyez la couleur du sang du pauvre !...>• m * ri
« Comparez !... »
Pourquoi, me demanderai-je, la société a-t-elle lait cela?... Parce que toutes les choses doivent être faites et refaites au laminoir da mal ! J
Parce que le mal provient de Y égoïsme et de la bêtise! Parce que les lois ont été faites par de grands égoïstes qui se sont élevés, et qu’elle a été faite pour ces grands égoïstes î Parce qu’elle a pesé sur des dupes qui se sont laissées abaisser, et qu’elle les a étreint de son joug implacable!.... Le joug heureusement commence à être rongé.
Si cette répartition venait de Dieu , le Monde n’exisierait pas sur le principe de l’amour.
- Dieu aurait permis aux uns d’ètre heureux , et aurait condamné les autres à la souffrance : •
En vér.ilé ! alors Dieu aurait eu pour principe l’ injustice et non l 'amour. •
Qu’es l-ce qu’un Dieu sans perfection P t
Qu’est-ce que Imperfection sans l’amour et sans la justice P Le vice qui existe dans la propriété est tellement grand , qu’il en démontre la nullité et la fausseté.
Puisqu’un élément a été divisé sociétair entent , puisque la société , qui s’est élevée au rang de créateur pour certaines choses , est entrée dans une marche , pourquoi ne poursuivrait-elle pas sa route , et , après avoir enlevé à certains individus le nécessaire d’un de ces éléments , ne leur enlèveraitelle pas le nécessaire des autres ?
C’est que la société est un créateur imparfait , qui ne peut jamais créer que des exceptions temporaires , tandis que Dieu est un Créateur parfait, qui ne crée que des règles générales,
complètes , c’est-à-dire , règles générales dans lesquelles rentrent les exceptions temporaires créées par la société , ce fantôme de Créateur .
En résumé , l’amour est le grand principe de toutes choses : c’est un mot que je ne cesserai jamais de vous répéter.
Toute société non organisée sur ce principe sera mauvaise.
Elle aura cependant cela de bon qu’elle sera un moyen d’arriver à la société naturelle .
Toute communauté par partage , c’est-à-dire impliquant le principe de la, propriété , sera fausse , parce qu’elle rentrera dans le principe de la société. Cependant , ce sera un pas de plus!..:
On peut, il est vrai , se passer de le faire , car il sort de la Toute tout en avançant.
Le seul propriétaire ? c’est Dieu , qui nous donne la jouissance.
La seule pensée qui doit nous animer!... c’est la pensée utilisation ào cette jouissance.
• Toutes les fois que les hommes voudront utiliser et bien jouir , \' association sera le résultat de cette volonté.
Dès que 1 'association existera , la fraternité verra arriver son règne , et le règne de la fraternité aura pour trône V amour.
. La seule association belle , quant à h forme, mais non quant aux idées reçues aujourd’hui , belle , quant à la compréhension possible d’elle chez les bonnes natures qui cherchent l’idée qui se trouve au fond des choses r lors même que ces idées n’ont pas guidé dans l’organisation , cette belle association , dis-je , est celle des Francs-Maçons.
Là , lous sont frères et tous deviennent frères par l’épreuve , épreuve tellement belle , tellement grande , qu’eHe a pour résultat le bien , Y association., la fraternité , épreuve complète, en ce qu’elle emploie le mal, comme moyen pour faire arriver à ce résultat :
Et ce n’est qu’en employant le mal , en le faisant toucher du doigt qu’on en montre l’horreur , et qu’on force à aller se réfugier dans le bien , qui vous tend, des bras d’atm et de frère. . ,
Dieu chaque jour nous donne notre nourriture.
Il nous a fourni les moyens de nous la procurer.
Pour compléter la découverte de ces moyens , il nous donne la science.
Ces moyens seront mis en exécution par le travail.
Nous aurons pour guide , notre vocation.
Nous aurons pour directeur , Y amour.
Ce travail sera général , universel.
Il sera distribué à chacun , non par la position sociale , il n’y en aura plus; par les moyens , les goûts, la position de chacun.
, Voilà 1 e principe de la production :
Le travail guidé par la vocation ; et le résultat est généralisé par l’amour. .
'Pour la distribution : Y amour est encôre le grand principe.
Nous mangerons tous , et tous selon notre appétit ; nous travaillerons lous , et tous selon nos. forces physiques ou intellectuelles ; en un mot», nous vivrons tous, et tous également dans la proportion de nos besoins , e* le monde ne sera
qu*une grande communauté dans . laquelle chacun s’agitera , librement , également et fraternellement.
L’ouvrage de Dieu aura pris tournure. '
La première question de la société est ici terminée.
Nous allons nous entretenir de la famille.
Je vous ai parlé de la communauté des biens : je vais vous parler de la communauté des femmes , et ceci nous servira de transition , et en même temps d’introduction à la deuxième partie de cette question, à la partie qui parle de la familde.
La question de la communauté des femmes est une grande question! question impossible , inadmissible avec la société d’aujourd’hui , parce que c’est elle qui a posé le principe ; question inévitable plus tard , parce que le principe étant faux , est un mal qui ne peut cacher tout-à-fait ce qu’il
couvre, et qu’à mesure que cette belle question se découvrira ,' elle se formulera et sera mise en solution.
La société a consacré l’union de Y homme et de la femme , pour perpétuer leur espèce « principe naturel » , et pour supporter leur commun je destinée « principe naturel encore. » Mais ce mot de « contrat civil » , est-il un principe naturel? Ah!... non. '
Or, qu’arrive-t-il par ce mot?.... • * «
Que le mariage est établi ! que la loi vient se mêler à la nature , et de plus privilégie ce qui est posé par la loi , quand elle flétrit le concubinati -s ; > r \ *
Qu’est-ce que le concubinat P
Union (le l’ homme et de la femme pour peiyétuer leur espèce , pour s'entraider mutuellement en supportant leur destinée commune pendant tout le temps que durera une union , existant par V amitié augmentée par • V amour > et laissant libre de ses sentiments .tout individu qui convole en union avec l'autre sexe , en permettant à tout Être d’appliquer , à propos , la loi organique du Monde , quant à l'article qui le regarde.
Or , ce contrat civil privilégie une chose civile, qui enlève la liberté et qui a pour guide 1 ’ intérêt , au préjudice d’une chose qui a pour principe 1 ’ amour , principe toujours escorté
par la liberté.
V Homme est une image de tous les sentiments de Dieu dans leur force. Ainsi :
'« La volonté , la puissance , la fermeté , Y intelligence. »
La Femme est l’image de tous les sentiments de Dieu dans leur délicatesse. Ainsi :
«La bonté , Y amour, la douceur , la compassion , Yimagination. »
Deux images distinctes quoique fondues , c’est-à-dire , qui sont plus marquées chez l’un que chez l’autre : images d’une seule et même chose , qui est Dieu.
Or, ces images Sont incomplètes, puisqu’elles sont obligées d’èlre doubles pour représenter Dieu.
Elles seront finies lorsque l’union de Yhomme et de là femme sera naturelle , c’est-à-dire , lorsque ce sera par la nature , et non par le droit , que l'union des sentiments des deux sexes sera totalement cimentée.
Or, ce n’est pas le droit qui crée à l’irpage de Dieu : c’est Dieu lui-même. *
Ce que fait Dieu est naturel , car son grand code c’est la nature. •
Ce.que fait l’Homme est sociétaire , est civil, car son grand
code c’est la loi privée.
Vous comprenez que celle image individuelle est encore trop resserrée !
Puisque Dieu est tout , et que l’union , à son image , doit renfermer le tout , elle ne sera complète que quand elle existera sur la généralité et la totalité des sexes !
La société n’a pas seulement fait que resserrer les individus ; par le mariage , elle les a liés.
Elle a établi un lien civil là où le lien de la nature devait seul exister. : .
Le lien du sang , le lien de la nature , est le lien universel.
Or, la société en établissant un lien individuel , a cru établir un lien complet !... • , . *
Evidemment nous voyons que cela ne peut pas être , car il est clair qu’une universalité ne peut jamais être réduite en une individualité.
Aurait-elle voulu nous donner un exemple de V universalité!.... . . .
Elle sc serait alors grandement écartée de la voie exemplaire, puisqu’elle prescrit le mariage comme un lien universel, et qu’elle lui donne par conséquent une idée de généralité que ne comporte nécessairement pas ^exemple. .
Le lien civil engqndre la famille, et la famille donne prise à l’égoïsme.
L’égoïsme de famille , me dira-t-on , n’est pas un égoïsme puisqu’il repose sur Y amour !
S’il y a un proverbe vrai ,< répondrai-je , c’est celui-ci :
. « Les extrêmes se touchent. »
L 'égoïsme a plusieurs degrés ! -
I j amour grand existe seul! mais dans l’intelligence des grands hommes : il n’existe même pas dans son entier ! il existe sous diverses modifications dans les intelligences des autres hommes , et ces modifications sont les degrés de. ce que j’appelle « égoïsme . » v
V égoïsme pur , degré le plus bas, c’est Y amour personnel. .
V amour de la famille ! c’est un degré plus haut.
Amour de la cité ! il est supérieur à la famille.
Amour de la contrée : égoïsme. "qui donne un soupçon formulé d'amour , et chez lequel l’égoïsme commence à ne plus paraître que dans le lointain.
Amour de la nation : c’est Yaniour qui se rapproche le plus de Yamour grand.
Amour de Yhumanité! c’est le principe de la fraternité dans sa plénitude , c’est l’égoïsme sublime , qui n’esL que le grand amour.
Il faudra abattre ces cinq ou six premières branches et laisser subsister la dernière. C’est au reste la seule qui- ait en elle un germe complet de vie.
On me dira , peut-être , qu’en abolissant l’égoïsme de la
famille j’abolis Yamour paternel et Y amour maternel , ce sentiment reconnu par tout le monde !'
Je répondrai quei, quand je parle de Yamour grand , je parle de Yamour en lui-mème et non des qualités-modes de cet amour ; je ne parle pas des sentiments qui en font partie.
Je n’abolis Yamour paternel que tant que je le considère comme causé par le lien du sang*, en regardant ce dernier sous le point de vue de la parenté. Si je considère au contraire le lien du sang sous le point de vue de paternité ou de fraternité * je l’étendrai et je l’élèverai jusqu’aux nues ; car alors je dirai que ce lien du sang renferme la cause essentielle de Yamour. •*> m! ! - w m* . m a I* v.) o ^ ^
Alors cet amour paternel , en tout semblable au saint amour que Dieu verse sur nous tous , sera l’image complète de cet amour universel qu’il nous donne ; ce lien fraternel sera l’image de l’union que Dieu a voulu mettre dons, son
ouvrage.
Cet amour fraternel , nous tenant enlacés les uns aux autres , représentera la force attractive que Dieu a donné à toutes les molécules de son ouvrage, afin qu’elles restent toutes dans leur milieu , et qu’elles établissent l’harmonie , sans laquelle rien ne peut exister*, pas même Dieu.
Dieu est notre Père : Yamour qu’il nous donne est paternel.
Les générations doivent aimer les générations suivantes , car c’est là l’image de Yamour de Dieu envers te Monde.
Les générations doivent s’aimer entr’elles pour établir l’harmonie que Dieu met dans son œuvre.
Je ne parle pas encore de Yamour de la génération note
celle pour la génération , sa mère ; vous comprenez que cet amour ne doit être que la reconnaissance, en retour de l 'amour paternel. «
V amour paternel et maternel , vous dis-je , nra pas son origine dans la parenté!
. Son origine est dans la différence des âges , cette loi nalu-
relie.
Nous, pensons tous que l’expérience est un grand maître ! L’expérience en effet est un guide.
Ce guide est mis en jeu par Yamour paternel et maternel.
Cet amour réside dans la génération supérieure , qui est le mentor de la génération suivante. Par ce guide il la protège. .
C’est ce sentiment de protection qui découle de l’amou-r grand et du lien du sang , envisagé sous le point de vue de paternité . tR *<i
Puisque l’expérience est un grand maître , tout le monde ' doit la chercher !; . .
Les générations présentes la cherchent chez la génération qui leur est antérieure.; elles suivent ses conseils , elles les méditent et les appliquent : de cette méditation et de l’application de ces conseils naît l’expérience pour la nouvelle génération , qui en retour ressent nécessairement un sentiment unanime. Quel est-il? .m».* > siii an
C’est la confiance. i> L,i
De la confiance naît le respect.
C’est ce sentiment de respect qui découle de Y amour grand et du lien du sang , envisagé sous le rapport de h filiation.
A ce sentiment vient s’ajouter la reconnaissance , qui complète le lion du sang.
Comment unirons-nous ces générations entre elles? quel sera le moteur pour en rapprocher les individus? que trouverez-vous ?
«L’aide , V appui , l’ union ! Il faut s’entr’aider mutuellement ! m L’amour fraternel. »
Otez 1 ’ amour paternel , filial et fraternel , que resiera-t-il ? Néant : pas même Dieu!...
La protection , le respect et V union , sont les qualités essentielles de 1 ’ amour grand ; il les traîne toujours à. sa' suite.
Ce sera ces qualités qu’il opposera , comme un rempart , au mal qui voudrait le vicier.
Quand l’amour grand existerà , ces qualités existeront chez toutes les générations. Les Unions n’existeront que par 1 * amour des deux sexes et ne seront jamais disproportionnées.
L’amour des deux sexes au lieu d’ètre un mariage de raison, un mariage d’inclination passagère, deviendra une* union sympathique et amicale , dans le but de faire avancer les individus , de maintenir les deux sexes à un état égal pour l’un et pour l’autre. ‘
L’homme deviendra amoureux de sa femme dans ce cas , parce 'que si 1 ’hùmme est complet , c’est-à-dire s’il possède toutes les qualités de son sexe et une part assez grande des qualités de -la femme , il s’unira à une femme incomplète , c’est-à-dire n’ayant pas assez de qualités féminines , ou ayant une part trop grande des qualités masculines. Par ce contact
ils sc compléteront , et lors de ce complément chacun aspirera à un avancement nouveau.
J)e là , désunion , pour aller s’allier à des individus plus complets qu’eux.
Au lieu des séparations de corps et de biens, dans l’inlérèl particulier dicté par le libertinage ou par la haine /ou aura des séparations dictées par l 'amour grand , mutuel , et par l’inlérèl du prochain cl l’intérêt du plus grand nombre.
Qu’est-ce qui fait qu’un homme et une femme s’aiment ? C’est qu’il y a entre eux une attraction magnétique., c’est que l’un est fermé que .l’autre ne Test pas , et que L’un sent la misère de l’autre cl veut la soulager et l’anéantir !
Qu’çst-ce qui fait que 1 J amour s’éteint? C’est que l’individu non formé , malade par conséquent , finit par être en bonne santé et n’a plus l)esoin de son Magnétiseur, qui de son côic cherche à utiliser ses soins, à porter secours ailleurs , ou à aller en demander lui-même.
. De mènle que la différence des âges , mettant en jeu- la
protection# 1 1 e respect , sera l’empêchement porté à ces unions disproportionnées , de même Y amour pur et Y amitié entre les sexes sera un stimulant pour mettre à nu cette- attraction chez les individus des mêmes Ages.
La chasteté sanctifiera ces unions. ,
L 'amour dégénéré dont je vous ai* parlé, c’est-à-dire , Yamour de la forme , n’existera pas , car nous serons tous
également beaux , et dé plus parce que la chasteté en est
l’ennemie invincible.
„ Alors le but du mariage, c’esl-à-dire Y engendrement , sera rempli communément par tous cl partout.
Le but du mariage, c’esl-ù-dire , de l’union des sexes, c’est -la procréation , non pour engendrer l 'amour paternel tel que nous le comprenons, mais pour donner îieu à l’alimentation conlinuelle de la protection, du respect et de la fraternité.
Comparons avec la société. . ' , •
. Le lien du sang chez elle est remplacé totalement , ou presque totalement par le lien civil.
Le lien civil confère des droits , et ces droits abrogent complètement ceux que donne Yamour , ceux que confère le lien naturel.
Tout individu qui ne naît pas avec les droits donnés par le lien civil est un paria.
Les enfants naturels sont sacrés , aux yeux de Dieu ! ils sont honnis aux yeux des hommes.
Pourquoi?....
Demandez aux lois positives des peuples , soi-disant civilisés ! . . . .
Ch et eux les individus sont divisés en deux grandes classes :
-« Les hommes naturels et les hommes civils. »
L’homrpe naturel , qui , selon le but de Dieu , est délaissé.
L homme civil , qui est détérioré et sali parce qu’il est soutenu par les principes sociétaires , est privilégié.
La société a aboli Y égalité entre les hommes , comme individus! '
Jugez par là si elle ne devait pas abolir l 'égalité entre les hommes, comme personnes , c'est ainsi qu’elle les appelle !
Elle a encore divisé les hommes naturels en deux grandes classes : *
L’enfant naturel , et l’enfant adultérin et incestueux.
Je ne suis point ici pour justifier l’adultère et l’inceste ; je ne veux pas les excuser, loin de làl Je les flétris , car l’adultère est le résultat d’une trahison , et ffinceste celui de la dépravation et du dévergondage. Or, l’adultère et l’inceste , c’est-à-dire la trahison et le «dévergondage , sont incompatibles avec Y amour grand et la chasteté , qui en est le résultat immédiat. Mais je suis ici pour réhabiliter le fruit de Cet amour coupable. •
<« Heureux ceux qui souffrent » a dit le Christ. *
Tous les enfants naturels souffrent : * ils sont la proie du crime et de la dépravation , ils sont toujours victimes de la misère, physique ou morale, peu m’importe! »
La première est hideuse ; la seconde est désespérante ! S’ils lie sont pas sales , déguenillés , voraces , car la faim les pousse , ils ne peuvent lever la tète sans que le ‘passant le plus criminel n’ait le droit de lui jeter dédaigneusement à la face l’ignoble épithète de « bâtard. »
Est-ce donc là la conséquence du principe sociétaire ? Oui!... Eh bien, tout principe qui a pour Conséquence la démolition de la fraternité et de Y égalité doit être renversé complètement.
Quand un arbre est mauvais on le coupe.
Quand la société roulera sur le principe de Yanïoitr , de
Y égalité , de la fraternité , oh alors ! ne craignez ni adultère
ni inceste. Il y aura la liberté , la protection , le respect , qui
empêcheront ces aberrations monstrueuses et dégoûtantes.
Un principe pur , appliqué purement , ne peut conduire à
de fausses ou à de mauvaises conséquences.
Arrivons à un autre ordre de faits, et, en considérant le principe de la procréation combiné avec le principe de la propriété individuelle , nous verrons que l’un de ces deux principes gène continuellement l’autre. "
Il y a entre eux incompatibilité.
Dans Kordre des choses d’aujourd’hui l’égoïsme de famille est accrédité. Avec la propriété individuelle, le père qui a une fortune assez grande est riche avec un iils , est aisé avec deux , est gêné avec trois , est pauvre avec quatre. Il pense à ses enfants ! il se prive d’en avoir.
Procréation gênée !... '
S’il en a beaucoup , la propriété est démantelée , démolie. Son principe est mauvais! puisque dans cette application il est incomplet, car il est insuffisant.
Or , alors il faut recourir à la misère ; mais la misère conduit au crime!....
Les uns sont infanticides ! ils ont encore le courage du crime qu’ils commettent : ils courent des chances.
Ues autres sont infanticides déguisés! ils sont lâches , car , ils se cachent.
La; société a pour eux le mot flétrissant : « d'avortement. » Ce mol , la conscience seule peut le leur crier.
Mais ceux (|ui possèdent l’amour paternel , en un mol les pères et les mères qui , possédant une admiration pour la créature, ne veulent pas tuer leurs enfants nés ou conçus , et qui , pratiquant le principe de la propriété soutenue par l’égoïsme de famille, ne veulent pas avoir des enfants malheureux, ceux-là , dis-je, s’abstiennent de procréer : ils tronquent le but du mariage ; ils violent non-seulement la loi de Dieu , mais encore la loi des bonnhes. , .
Or , cette loi! combien de fois est-elle tronquée., combien de fois est-elle remplie ? . •
Comparez ! vous trouverez que la grande majorité la viole.
Quelle est donc 1 inconséquence des hommes d’adopter . et de consacrer un principe naturel en opposition avec les principes sociétaires, qu’ils posent eux-mêmes !....
.En tronquant le but du mariage, en ne tendant plus à la procréation à quoi tendent-ils ?
A Y amour grand !... Oh , non ? il n’y a pas de calcul dans celui-là. Ils tendent au plaisir charnel , à l’ amour dégénéré , V amour obscène , V amour de la brute , 1 e caprice , qui traîne nécessairement à sa suite X inconstance.
Or, ce principe de la société qui force à l’inconstance est-il compatible avec celui qui dit que le mariage est un lien qui vous enchaîne pour la vie ?
Répondez , législateurs !...
La société , vous le voyez , roule- sur un cercle vicieux , et toutes les fois qu’elle tronquera un principe de droit naturel , les faits résultant de ce principe naturel tronqué ,
seront en opposition flagrante et toujours croissante avec le principe sociétaire qui tronque le principe naturel.
Le mariage aujourd’hui nous abrutit par ce plaisir charnel. Quand la matière seule est en jeu , quand le bien n’anime pas YHomme-, tous les faits qui en résultent doivent être , et sont faux et déplorables.
11 faut poser d’autres principes qui ne soient que des accessoires des principes naturels.
Je vous.ai parlé du concubinal! C’est uue institution qui existait à Rome.
Aux yeux de la loi, la concubine était respectée et honorée chez le peuple romain , parce que le concubinal était honoré à Rome , car le principe de Humour n’était pas encore enseveli. On passait en ' s’inclinant à côté d’une concubine. Aujourd’hui une concubine passera à côté de vous , la saluerez-vous?... Non : de même que vousjotez à la face du lils naturel Pépitbéte de « bâtard », de même vous jetterez à la face de la concubine le mot insultant de « femme entretenue. »
Quelle est la femme qui , se donnant par amour, n’est pas estimable malgré sôn raug de concubine!....
Si j’en rencontrais une qui eût eu en vue le bonheur de celui auquel elle se livre, si elle s’était livrée à cet homme pour s’unir selon les lois de la nature , que la société , qu’elle froisse dans ses lois , se permette de l’appeler « catin » , moi ! je la saluerai avec respect et j’accablerai de mon mépris celle qui a fait un mariage de raison , lorsqu’elle avait un autre amour dans le cœur.
Or, si la société la flétrit et la repousse, lorsque cette union d'amour aura cessé , où ira-t-elle, celle femme qui a suivi la loi de l 'amour grand? Ce mot de l’Evangile sera-t-il vrai :
« Frappez et Von vous ouvrira. »
Non !.... où frappera-l-elle ? Nulle part : ah , si !.v. après avoir été raillée , dégradée , elle arrive au mépris personnifié ; elle est ravalée au rang de marchandise.
Pour être recueillie, pour avoir du pain, un abri, elle tombe dans une maison qui ressemble à un pqils dont l’eau est corrompue. La corruption la gagne! elle se pourrit.
Voilà donc une femme belle , pure et aimante , selon Dieu , qui, parce qu’elle n’a pas aimé selon la société , est obligée de se voir flétrie et hideusement avilie. Cette femme , qui se donna par amour à un homme , va passer par les bras du premier venu qui la paie.
Mais ce n’est plus alors l’union universelle des sexes que demande la société I*.. l’union libre !... puisque, par les nécessités qu’elle impose, elle ordonne l’union de la débauche à la marchandise', elle abrutit l 'homme et la femme , et eHe
force quelquefois enfin l’amour grand , chez l’un et chez
l’autre , à se métamorphoser en crapuleux marché/...
L’union de l’ homme et delà femme a pour principe Yamour.
La qualité essentielle de Yamour , c’est la liberté. Nous avons vu que le mariage perpétuel nuisait à celle liberté et la détruisait.
À quoi porte ce lien civil ? A Y adultère.
La société le flétrit , et cependant l’adultère est la conséquence de son principe !... ,
L'adultère est en contradiction avec I* amour , parce qu’il est la suite de la dépendance , et parce que la dépendance annule , détruit la franchise .
Or , la franchise est une autre qualité essentielle , non pas
seulement de toute vertu , mais encore de tout sentiment.
L 'amour est une fleur qui passe quand elle éclôt ! elle doit prouver , démontrer son existence.
. Elle doit aussi démontrer sa fin quand elle se flétrit.
V amour de l 'homme et de la femme , comme union individuelle , passe : or , quand il vient et quand il s’en va il doit être précédé et suivi de la franchise , qui entraîne l’aveu et le désaveu de son amour.
Si la franchise existe-! après l 'amour individuel ne viendra
pas la haine , mais viendra Yamour grand , Y amitié perfectionnée. » .
. Si la franchise existe ! la confiance s’en suivra. Or , avec la confiance le règne de la jalousie est terminé.
Si la franchise existe! l’adultère ne peul et ne doit exister, car la franchise empêche la trahison , et la trahison c’est l’adultère , c’est un vice.
Pourquoi est-ce uné trahison t pourquoi est-ce un vice?
Parce qu’on laisse croire à un amour, lorsqu’on désavoue cet amour au fond de son cœur. *
L’adultère a été flétri par la société , mais la société étant mal organisée n’a pu que le mal flétrir.
La loi de L’adultère promulguée par Louis Xlll a été portée, non dans le but de flétrir un vice général , mais dans le but
de se venger de n’avoir pu tomber dans ce vice : c’est un but très-peu chrétien. ' ’
La société d’aujourd’hui , dans sa loi sur l’adultère , est injuste : elle avoue un crime et elle ne le punit pas également.
■ Une femme adultère est la victime de son mari : il a le droit de la tuer.
Un mari adultère peut se moquer de sa femme, qu^n’a pour elle que le désespoir et la plainte. - .
Encore les circonstances ne sont-elles pas toujours 'les mêmes dans les deux cas, ce qui n’empéche pas que la femme coupable est , dit7on , plus coupable que le mari. Stupidité /. . . Mais , dira-t-on, les conséquences du fait ? Stupidité !.. . Que la société soit bonne , et vous ne verrez pas des cir-
constances monstrueuses , impossibles!
Le mariage est une chose stupide et fausse! Le mariage perpétuel, est ridicule. Üu serment prêté pour la vie est une chose incompatible avec le libre arbitre.
Ce serment ne peut exister ; il sera toujours faussé.
Dès que l’un connaît aujourd’hui que l’autre a faussé son
serment , qu.’arrive-t-il ? Il s’ouvrira dès 'lors deux voies devant lui : la voie du désespoir et la voie du crime.
La première est effrayante.
La deuxième est quelquefois le résultat de la première : alors le crime est spontané.
Quelquefois aussi elle est ignoble et infâme « c’est alors que le crime est combiné. Si le crime est combiné', c’est une lâcheté ignoble !
Or , il existe beaucoup de ces crimes-là, posés par le mariage , qui les force à venir !
Voyez les empoisonnements , les meurtres , les boucheries!... .
Quand. le crime est spontané, ce nîest plus la lâcheté, c’est un égarement , c’est une folie. .
•• ':.t| ‘ ' ■: .'ili ivWîiCv. :A ..
La famille doit s’étendre à tous ! r -*?*
Par la communauté de Y homme et de la femme , en un mot par la réunion des sexes, nous nous comporterons en
frères , créant d’autres frères.
Or, ne connaissant pas individuellement nos enfants, nous serons obligés de les connaître généralement , c’est-ànlire que nous serons obligés de ne faire aucune distinction relativement aux Êtres procréés par nous , ou par les autres.
Nous n’avons qu’un Pcre : ce Père! c’est Dieu.
Adam et Eve ne sont qu’une lietion représentative , qui a son accomplissement pour le temps où nous serons tous frères , et non des points isolés.
Alors la communauté existant , tout le monde aura un soutien. Le mariage grand , le mariage véritable sera consacré ; la perpétuation du genre humain et le bonheur. seront le but atteint; on ne pensera plqs dès lors à satisfaire ses goûts charnels en s’unissant à une femme; le but deTunion ne sera pas tronqué , car alors on ne craindra pas d’avoir beaucoup d’enfants qui n’auront qu’une partie insuffisante du domaine de leur père. Il n’y aura plus de fortune !...
Le dispensateur des biens , sera Dieu !
Le contrôleur , sera Yhumanité.
Le père de l’un dirigera les fils des autres.
Ptus-de erainfe de voir ses enfants mourir de faim! Tous
les pères tesvmTont soignés et aimés! quand ils souffriront on compafer^ô'lfâurs souffrances ; et compatir, c’est guérir!
Vous êtes à de le savoir mieux qu’un autre.
>• La société ne sera plus une association d’intépèts se heur-
tant , se «bloquant rce sera une a. ssoeiation naturelle , une association de frères , s'aimant , s' entry aidant. K . .
V union de l'hofàmfyet jd^ la femme ye sera plus ïtn contrat , mais un échange de Sentiments. -v. r. ;c<-.. • * • •
La famille, ne sera plus une portion de la société : ce sera
Yhumanité tout entière. ' v . . v
La communauté sera générale. . .
Le bonheur général sera le seul mobile du genre humain. La protection et ie respect contiendront la communauté dans ses limites véritables . . . • ,
La voix de Y Homme retentira dès lors chez tous les peuples ! ce sera la voix du peuple , cette voix fonnidable de
Dieu v ;J v‘A
' .• «Vox popuu , vox Dei. » *
Et la 'htihière qui est venue habiter parmi nous éclairera
vivement , et tous nous la comprendrons.
ÙOÛ