DÉBUT
M. Du Polel vint ouvrir un cours de Magnétisme à Montpellier en 1 85H. Les jeunes Étudiants en Médecine, avides
d’apprendre , et encore purs d’égoïsme et d’esprit de corps , accoururent en foule chez lui pour entendre la vérité nouvelle; bientôt aussi les malades affluèrent de toute part. Grand émoi parmi les professeurs de la célèbre Faculté. Le Doyen se chargea d’écraser l’hydre menaçante ; il intenta trois procès à M. Du Volet , qui sc défendit lui-même , si bien , qu’il couvrit son adversaire de ridicule et les gagna tous les trois.
Je passe sous silence les biches et odieuses tracasseries
qu’on lui suscita, pour se venger de son triomphe.
Les cures et les phénomènes psychologiques et physiologiques que produisait M. Du Polel, et surtout les perséçu lions dont il avait été l'objet) , répandirent rapidement son nom dans tout le département.
Je ne connaissais pas alors le Magnétisme : j’en avais bien entendu parler quelques fois , mais d’une manière si diverse, que je résolus de saisir ccllé occasion pour m’assurer par moi-même s’il méritait tout le bien ou tout le mal qu’on disait
de lui. Je me rendis à Montpellier et me présentai chez
AI. l)u Potel. Il oui la boulé de m’accorder quelques entretiens et de m’exposer la doclrine magnétique, avec une simplicité qui me frappa. Il résumait foule cette doclrine dans ces deux mots magiques « Yamour et la volonté. »
Mou cœur et mon esprit furent subjugués ; puis , joignant l’exemple à ses paroles , il me rendit témoin des effets salutaires et merveilleux qu’il obtenait sur ses malades. Chose
étrange ! c’est que les effets physiologiques fixèrent peut-être
plus mon attention que les phénomènes du somnambulisme, et que dès ce moment j’entrevis que la propriété principale,
essentielle du Afagnétisme , était sa vertu curative , ainsi que
me l’avait affirmé M. bu Potel. Aloins méticuleux, ou ii l’on
veut, plus simple que nos savants et nos esprits forts, je
crus à la bonne foi de sa parole et au témoignage de mes
yeux , peu disposés cependant à se laisser fasciner , et je le quittai , parfaitement convaincu de l’existence et de l’efficacité curative du Afagnétisme. Il me semblait qu’une lumière éclatante venait d’inonder de ses rayons mon cœur et mon esprit, et qu’une vie nouvelle s’ouvrait devant moi.
Je vis chez M. Du Potel M,lc Pigéaire , encore enfant ,
magnétisée par sa mère , et qui depuis a été si indignement
calomniée par nos savants docteurs de la capitale, qui , se
croyant des êtres à part,' pensent avoir des yeux autrement
conformés que ceux des personnes qui se flattent d’avoir du
sens et de la raison , et ne veulent absolument voir qu’à travers t ;
le prisme de leur science conjecturale. 1
De retour chez moi , je racontais à quelques amis , avec
l’ardeur d’un jeune adepte , tout ce .que j’avais éprouvé et vu -,
Inon récit , qu'on me passe le mot , était fébrile. La maîtresse du Café où .nous nous trouvions , frappée de ce qu’elle entendait , me dit , moitié sérieux moitié riant :
« Je souffre horriblement du côté gauche ; voulez-vous , Monsieur , me magnétiser? » — « Très volontiers. »
Elle était debout à côté de moi : je lui fais des Passes sor la partie souffrante , et , après cinq minutes environ , je lève les yeux pour voir si elle éprouve quelques effets. Quelle est ma surprise î Thérésine dormait , appuyée d’une main contre le mur. Je l’interroge :
f). Dormez-vous , Thérésine ?
R. Oui , Monsieur.
D, Combien de temps voulez-vous dormir ?
R. Encore dix minutes.
7). Serez-vous soulagée ? ' i« - -’æ
R. Bien mieux ! je serai guérie. — Après dix minutes -, — éveil lez-moi.
Je réveille Thérésine , et à peine ses yeux sont ouverts qu’elle s’éloigne , et dit : « C’est singulier! je ne souffre plus de ma douleur. »
Mon étonnement fut égal à celui des spectateurs. Pour mon premier essai et à mon insu , je venais d’obtenir une cure et
le somnambulisme.
- . M. B..., jeune homme de dix-neuf ans , entre au même instant; On lui raconte ce qui vient de se passer ; il refuse d’y croire et me défie de Rendormir.
J’accepte ce défi, avec la légèreté qui est l’apanage de l’ignorance , car , je le confesse , je ne savais ce que je faisais»
Aux premières Passes M. B... se lève brusquement et Veut s’échapper. Je le saisis vivement par la main , et , le forçant à se rasseoir , je lui dis :
« Vous m’avez défié ! restez là : je vous l’ordonne. »>
Subjugué déjà par l’influence magnétique , dominé par mon ton impérieux , il obéit sans résistance. Quelques Passes suffisent pour déterminer de violents mouvements nerveux et le plonger dans le sommeil.
Satisfait de ce nouveau succès , je le réveille aussitôt.
On me presse de renouveler celle expérience ; M. B... lui-mèmc m’en prie : sans savoir ce qui s’est passé , ce sommeil paraît lui être agréable.
Ebloui de ce second succès inattendu , avide de connaître jusqu’où peut aller celle puissance innée- , extraordinaire , inexplicable rnème pour ceux qui l’exercent , j’ose imiter ce que j’ai vu faire à. M. Du Potel.
Je prends une canne , et , à quatre pas de distance , j’en dirige l’extrémité vers M. B... : à l’instant il s’endort et tombe comme frappé de la foudre. Le succès m’enhardit; après l’avoir réveillé , je magnétise une pièce de 5 francs , et à peine ai-je le temps de la déposer sur l’extrémité de son pied , que le même phénomène se reproduit. J’essaie , après celle épreuve , d’agir à distance par la pensée , car j’avais besoin de me convaincre pour ainsi dire moi-meme, à mesure que les effets que j’obtenais grandissaient. Après avoir pris secrètement les précautions qu’exigeait son excessive sensibilité , afin d’éviter tout accident , je m’éloigne sans qu’il puisse soupçonner més intentions, je mets trois vastes salles
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entre nous deux , et ù peine j’ai dit , mentalement : « M. B... , dormez ! » qu’il tombe endormi dans les bras de ceux qui l’entourent.
Inexpérimenté comme je l’étais , j’ignore comment je ne fus pas effrayé de ces effets extraordinaires , que je produisais alors machinalement et sans but utile.
Ma nuit fut sans sommeil ; mon esprit était complètement dépaysé , je sentais en un mot que le v-ieil homme s’en allait pour céder la place à un homme nouveau , et je compris les résistances que rencontrait le Magnétisme , surtout après que
M. B... m’eut donné des preuves incontestables de clairvô-
yance, et daDsdes conditions qui ne permettaient plus aucun doute sur les facultés de l’esprit des somnambules.
M. B... avait une clairvoyance extraordinaire; il répondait aux questions qu’on lui adressait , avec une rapidité et une sûreté étonnantes.- Je me bornerai à citer le premier trait de lucidité spontanée qui me révéla ses facultés psychologiques.
Il dormait, la tête appuyée sur ines genoux , les bras pendants , et causait amicalement avec moi. Un de ses amis entre dans le Café où nous étions , se glisse , sans être aperçu, parmi les nombreux spectateurs qui nous entouraient-, et
saisit furtivement une de ses mains. Aussitôt M. B... s’écrie : « Un serpent vient de me toucher la main ! c’est un faux ami , qui ce malin a dit du mal de moi à mon oncle ; ne souffrez plus , Monsieur , qu’il me touche. »
Son ami , interpellé , nia le fait et ajouta avec embarras quelques plaisanteries sur le sommeil simulé, disait-il, de M. B... On fut aux informations . et l’on apprit que M. B...
était brouillé avec sou oncle, qu’il ne l’avait pas vu depuis un mois , et que le matin même son ami avait rencontré l’oncle et lui avait dit :
« Vous ne ferez jamais rien de bon de votre neveu. »
Les amis de M. B... firent si bien , qu’ils le détournèrent , au bout de quelques jours, de se faire magnétiser. Ainsi mes premières épreuves commencèrent avec mes premiers succès. Il n’y a qu’un Magnétiseur qui débute, qui puisse comprendre la peine que l’on ressent lorsqu’on 9e voit enlever son premier somnambule clairvoyant. Ne soupçonnant point alors toute la portée du Magnétisme, ce n’était pas le tort que pouvait éprouver la santé de M. B..., évidemment altérée, qui m’inspirait des regrets, mais la perle de la jouissance de sa lucidité qui m’avait donné comme une espèce de vertige.
Le temps et l’expérience ont mis un frein à cette exaltation, du reste inévitable quand on commence à magnétiser , et que l’on obtient pour la première fois des phénomènes qui confondent la raison. Que ceux qui n’ont jamais magnétisé, ou qui n’ont point opéré de guérisons cl obtenu le somnambulisme ne comprennent pas que l’on puisse se consacrer à la pratique du Magnétisme , avec la défaveur qui s’y attache et l’abnégation qu’il exige , je le conçois ; mais qu’on ne soit pas son partisan .zélé lorsqu’on a eu le bonheur de rendre la santé à quelques malades et de rencontrer un somnambule lucide, je ne crains pas de dire qu’il faut avoir un cœur bien sec, en un mot une* mauvaise nature.