‹ Traité de magnétismeChapitre 38 sur 69 · DOULEUR AU BRAS · texte numérisé non relu

DOULEUR AU BRAS

M. H... était d’un tempérament excessivement nerveux et sanguin, et de plus , il avait une oppression qui lui rendait la respiration courte et pénible. Son organisation était telle , qu’on pouvait la briser en employant trop d’énergie. S’étant fait magnétiser à Montpellier, il avait éprouvé une crise tellement forte , qu’il s’était précipité vers le balcon de l’appartement pour se jeter par la fenêtre ; on avait eii beaucoup

de peine à le contenir , et il avait fallu à son Magnétiseur

plus d’une heure pour le calmer. Depuis lors fc Magnétisme lui inspirait de la teneur ; il était si impressionnable , que ses yeux se voilaient quand on en parlait devant lui; son corps se couvrait de sueur , et sa tête s’inclinait sur sa poitrine. Pour donner une idée de cette sensibilité , je vais citer une expérience que M. Du Potet a répété plusieurs fois sur lui.

On ouvrait un livre , au hasard, devant M. Du Potet, on lui désignait une ligne sur une page, il la parcourait dans toute sa longueur avec un doigt , sans la toucher, ou portait le livre à M. H... , qui se trouvait dans un autre appartement et qui ignorait complètement ce que l’on se proposait de faire; on le priait, sous un prétexte quelconque, de lire la page , et dès qu’il arrivait à la ligne parcourue par le doigt de M. Dm Potet , sa vue se troublait , son corps tressaillait, il lui

était impossible d’y voir et de passer outre , et enfin , ne pouvant plus supporter le contact du livre , il le jetait loin de lui.

M. H..., amené par un de ses amis pour voir ma somnambule , Mêlante , me rapporta ce qui lui était arrivé à Montpellier ; malgré sa frayeur du Magnétisme , il me pria de le magnétiser pour s’assurer s’il avait conservé la même impressionnabilité. J’y consentis , mais à condition qü’il suivrait un traitement, dont il me paraissait avoir grand besoin.

À peine j’eus levé la main sur lui et fait une Passe , que tout son corps tressaillit, comme s’il avait reçu une commotion électrique ; je m’éloigne jusqu’au fond de l’appartement , et de là je lui fais des Passes légères , à petits courants , en les adoucissant autant que possible par la pensée : peu à peu les tressaillements convulsifs tombent , et je le conduis au sommeil aussi doucement qu'un enfant que l’on berce. Son réveil fut parfaitement calme; il se trouva si bien de celte séance , qu’elle suflît pour dissiper ses répugnances pour le Magnétisme.

M. H... habitait le village de Nissan , à deux lieues de la ville ; il vint régulièrement pendant environ un mois et demi , et au bout de cé temps * il cessa son traitement , parce qu’il fut obligé de transporter son domicile plus loin. Quand il partit , sa santé s’était améliorée , il était en voie de guérison.

Nous nous sommes retrouvés dernièrement à Toulouse , après une séparation de douze ans; il m’a dit que depuis que nous nous étions quittés , sa santé avait été de mieux en mieux , qu’aujourd’hui elle était excellente , et qu’il magnétisait lui-même toutes les fois que l’occasion s’eu présentait,

afin , a-t-il ajouté , de rendre aux autres .le bien que le Magnétisme lui avait fait.

A l’époque où je magnétisais M. H..., il vint un jour accompagné de l’un de ses frères , qu’il me présenta comme un incrédule renforcé. Après que je l’eus magnétisé , son frère me dit que ce qu’il venait de voir n’était pas une preuve pour lui , qu’il fallait pour qu’il crût au Magnétisme qu’il en éprouvât rui-même les effets , et qu’il se mettait à ma disposition. Je lui demandai s’il était malade. Il me répondit que , depuis quelques mois , il avait , au bras droit , une douleur qui l’empècbait de s’en servir. Celte réponse m’encourage à le magnétiser , non-seulemeni pour le soulager , mais encore dans l’intention de produire des effets , tellement saillants , qu’il ne puisse les nier. Aux premières Passes son bras commence à remuer ; au bout de quelques minutes il s’agite violemment , malgré tous ses efforts pour le contenu’ : dans son étonnement il avoue que sa douleur se promène dans son bras d’un point à un autre; je fais alors des frictions pour la chasser, et, après un quart d’heure , il dit qu’il ne la sent plus. Cette concession ne me suffît point ; je ne veux pas laisser dé porté de derrière à son incrédulité et je mets son bras en catalepsie. Nouveaux efforts de sa part pour le remuer , aussi impuissants que ceux qu’il avait fait pour l’empêcher de s’jagiter. Après cette épreuve , il convint que son incrédulité était vaincue. Quinze jours après , il écrivait à son père que sa douleur n’avait pas reparu , et celui-ci , dans notre dernière entrevue , m’a affirmé que depuis lors il ne s’en était plus ressenti.

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