ATROPHIE DU RRAS ET DE LA JAMBE GAUCHE. IDIOTISME
A seize ans , Jeanne n’était pas encore grande fille ; livrée à l’âge de sept ans aux mains impitoyables d’une marâtre , les mauvais traitements qu’elle lui faisait subir avaient tari chez elle les sources de la vie. La pauvre enfant était nourrie avec des aliments insuffisants et grossiers, et, non contente de la battre , sa marâtre allait lui tirer les pieds pendant la nuit, en lui disant que c’était sa mère qui venait de l’autre monde pour la chercher. Cette infortunée n’avait pas tardé à tomber dans l’idiotisme ; le manque de nourriture avait arrêté le développement de son corps , et les épouvantes qu’elle recevait lui avaient donné des attaques d’épilepsie si fréquentes, qu’elles se renouvelaient sept à huit fois par jour, et
qu’on nè pouvait la perdre de vue un instant. Son bras et sa
jambe gauche étaient atrophiés par l’application de saignées immodérées , et sa taille informe était d’une petitesse extrême pour son âge. La stupidité était peinte sur sa figure ; quand on me l’amena , je crus voir un crétin : c’était un bloc grossier de matière , dans lequel circulait un sang profondément vicié.
Son père , dominé par sa nouvelle femme , n’avait pas la force d’arracher son enfant à ce martyre ; enfin il parvint
à vaincre sa faiblesse et se dééida à l’enlever à son bourreau : il la confia à sa sœur, qui habitait Béziers.
Malgré toute ma confiance dans la puissance du Magnétisme , la guérison de celle infortunée me parut au-dessus de toutes Jes forces humaines ; cependant , ému par le récit de ses souffrances , je me décidai à faire un essai , que je
jugeais d’avance infructueux,
Je la magnétisai pendant trois mois sans obtenir le moindre effet extérieur c’était un marbre immobile et glacé. Je ne
me décourageai point , parce que je remarquais que la malade venait avec exactitude et une espèce d’empressement. Cependant , malgré cette insensibilité apparente , le Magnétisme opérait intérieurement. Le quatrième mois , Jeanne eut son flux mensuel, et ses attaques d’épilepsie diminuèrent sensiblement ; peu à peu elles ne furent plus journalières , puis elles ne reparurent qu’à de longs intervalles; enfin, l’année expirée , elle n’en eut plus , et son bras et sa jambe reprirent leur activité. * *
Quoique la guérison de Jeanne me parut complète, et que / . * j’eusse obtenu tout ce qu’on pouvait espérer d’une nature
aussi profondément délabrée , elle venait encore de son propre mouvement se faire magnétiser deux ou trois fois par semaine. Je supposais qu’elle était guidée par un sentiment intuitif, et je la laissai maîtresse de cesser son traitement quand elle le jugerait à propos. Ce ne fut qu’après seize mois qu’elle ne revint plus , et depuis lors son existence a été supportable et sa santé ayssi bonne qu’on pouvait l’espérer