‹ Traité de magnétismeChapitre 51 sur 69 · MENSUEL · texte numérisé non relu

MENSUEL

LUXATION d’üN BRAS.

Marion. avait seize ans, el la nature lui refusait obstinément la crise d’où dépend chez les femmes la santé , et quelquefois la vie ; ce retard la rendait constamment souffrante et maladive. Elle devint somnambule et fut guérie dans un mois , sans prendre aucun remède.

D’un caractère fort enjoué , ainsi que Mélanie , elle était toujours disposée à plaisanter , dans ses sommeils comme dans son état de veille. Elle n’aimait point à faire un usage sérieux de sa clairvoyance , et , respectant cette disposition ,

je ne m’en servais que pour des maladies légères.

Dans son état de veille elle ne parlait que patois , mais quand elle dormait, elle avait la rage de parle? français , et quel français , grand Dieu ! Rien n’était comique comme son jargon : si je m’éloignais elle se plaignait , et si je sortais du salon , elle suivait tous mes mouvements dans là maison , et dirait :

« Va ! va! c’est joli : tu me quittes, mais ce ne sera pas pour longtemps... Oui! oui !... monte... Descends à présent! . Tu crois que je ne le yois pas?... O, il viendra bientôt !... le voici... J’avais bien dit qu’il ne resterait pas longtempls...i>

On était sur de me voir paraître dès qu’elle l’annonçait.

Marion se présente un jour chez moi le bras droit en écharpe -, je lui demande quel accident lui est survenu : elle me raconte que , la veille , elle s’est démis le bras en faisant un fagot de bois ; qu’on le lui avait mal rèmis , qu’elle avait été obligée de supporter une seconde opération , et qu’elle souffrait horriblement.

Dès qu’elle fut endormie , je pris son coude dans mes deux

mains , et je le magnétisai pour calmer sa douleur et prévenir

les suites de cet accident. Au bout de cinq minutes , elle me dit :

« C’est assez , Monsieur , mon bras est guéri. »

Je pensai que c’était une façon de parler , et qu’elle voulait dire qu’elle était soulagée , ou qu’elle ne souffrait plus. Dès qu’elle fut réveillée , sa cousine lui dit , en riant :

D. Puisque tu as prétendu que tu étais guérie , essaye de te décoiffer et de te coiffer toute seule.

IL Mais lu es folle ! est-ce que j’ai dit cela? Tu sais bien que c’est toi qui m’as habillée et qui seras obligée de me

déshabiller , tant que je ne pourrai pas me servir de mon bras.

Comment veux-tu que j’aie dit que j’étais guérie ? -r- S'adressant à moi 4 — Est-ce vrai , Monsieur , que j’ai dit cela ?

Je le lui aflfrme, et je l’engage à assayer de se servir de son bras. Elle me regarde avec surprise , porte ses yeux sur son bras en écharpe , et lui fait faire, avec hésitation, un léger mouvement. Ne sentant point de douleur , elle le sort avec craintedu foulard qui le supportait ; encouragée par cet essai, elle l’élève à la hauteur de sa tète , et , à notre grande sur-

prise , comme à la sienne , elle se décoiffe et se recoiffe , san*

éprouver ni difficulté ni douleur. L’ordre était complètement rétabli , et son bras ne se ressentait plus de l’accident de la veille.

Dans le premier désordre occasionné par la mort de Madame R... , on commit un vol dans sa chambre ; des bijoux précieux disparurent. Huit jours après la domestique demanda son congé , et les soupçons tombèrent sur elle. M. R... me pria de faire faire des recherches par ma somnambule. J’y consentis , sans répondre du succès , à la condition expresse qu’on ne mettrait pas la coupable entre les mains de la justice', si je parvenais à la faire découvrir. M. R... le promit , et tint parole. ' .

Marion suivit toutes les démarches de la voleuse , fit connaître les liaisons qu’elle avait , à l’insu de ses maîtres , avec une domestique étrangère à la maison , elle indiqua dans quelles circonstances ces liaisons s’étaient formées ; elle la suivit dans deux maisons , dont l’une était celle où servait sa camarade , qui lui avait refusé de receler le vol ; enfin elle la vit entrer dans une troisième , et y déposer les objets volés : mais à peine Marion eut vu cette maison, qu’elle disparut à ses yeux. Elle fit de vains efforts pour la retrouver et nous l’indiquer ; non-seulement elle ne put pas trouver la maison, mais il lui fut impossible de désigner la rue.

. On fut adroitement aux informations , et- fous les détails que Marion avait donnés se trouvèrent parfaitement exacts.

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