‹ Traité de magnétismeChapitre 52 sur 69 · SUPPRESSION DU FLUX MENSUEL · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DU FLUX MENSUEL

La cousine de Marion, M,,c Fanny F... , avait commis l’imprudence de . prendre un bain de pieds dans les eaux vives de la montagne, au moment de son époque critique ; il s’en était suivi une suppression instantanée du llux mensuel , qui avait entraîné de graves désordres. Sou teint était devenu terreux et d’un jaune verdâtre , son corps était constamment glacé , et son estomac ne digérait que très-difficilement. Cet étal durait depuis trois ans quand olle se fit magnétiser ; trois mois suffirent pour rétablir complètement la circulation du sang , et faire disparaître les traces de sa maladie.

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Depuis plus d’un mois que M||e Fanny était somnambule, malgré ses dénégations , je soupçonnais qu’elle était clairvoyante, et toutes mes ruses, pour m’en assurer, avaient échoué. Enfin , un jour elle se laissa prendre à une question insidieuse et/fut obligée d’avouer sa luci/dité. Je lui demandai pourquoi elle m’en avait fait un mystère. Elle me répondit , qu’en voyant que je faisais parler sa cousine pendant son

sommeil , elle s’élail bien promis que si jamais elle devenait somnambule clairvoyante , elle me le cacherait ; que jusqu’à

présent elle avait déjoué toutes mes ruses , et que je venais de profiler d’un, moment d’oubli pour la forcer à se trahir. Je m’empressai de la rassurer; il fut convenu entre nous ,

que je ne mettrais sa clairvoyance à l’épreuve, que lorsqu’il n’y aurait point d’étranger.

Je conduisis Mlle Fanny à Paris , par la pensée , et une fois arrivée je l’abandonnai à elle-même. Elle fut au palais royal , dont elle n’avait jamais entendu parler , et m’en donna

une description fort exacte : la beauté des magasins excitait

surtout son admiration ; j’eus beaucoup de peine à l’arracher à sa contemplation. Je lui ordonnai / toujours par la pensée , de se transporter dans un autre quartier, à son choix. Au bout d'un instant elle s’écrie :

, Monsieur ! il y a un bal ici; laissez-moi entrer.... #)Sbeau monde !... quelles belles toilettes !... Elle paraissait ^n * extase : je la laissai jouir quelques minutes de ce spectacle , et , à son grand regret , je la ramenai dans les rues. En cheminant elle aperçut un magasin , et me dit :

« Voilà une demoiselle qui est de Beziers : comme elle est bien coiffée !..: c’est la fille de M. C... Quels beaux magasins dans cette ville!.,, quelle foule partout!... C’est assez , Monsieur ; ramenez-moi à Beziers... ne me quittez pas au moins; je me perdrais dans cette ville immense... Que de pays je vois!... comme nous allons vite!... comme les villes et les villages passent rapidement 1... est-ce que Ja tète ne vous tourne pas?... Nous avons mis dix minutes pour aller et sept ^mnqfes pour revenir : nous voici de retour ; laissez-moi un peu reposer , et puis vous m’éveillerez. »

Je pensais que ma somnambule avait commis une erreur au sujet de la demoiselle qu’elle avait vu , et qu’elle disait

être de Beziers, parce que je croyais connaître toute la famille

de M. C... Quelques jours après je rencontrai M. 0... et je lui demandai s’il avait une demoiselle qui fut placée dans un magasin de modes à Paris; il me répondit que c’était vrai,

qu’il n’était pas étonnant que je ne le sus pas , parce que sa

fille était partie fort jeune , à une époque où j’étais absent du pays. M|le Fanny l’ignorait aussi , car elle n’était pas née quand ce départ avait eu lieu , et elle n’avait absolument aucune relation avec la famille G...

Je ne puis résister au désir de raconter deux petites anecdotes , assez comiques , qui je magnétisais Mlle Fanhy.

Pendant que j’étais occupé à soignez cinq ou six malades/ ma domestique introduit un étranger , qui , sans saluer , sans mot dire , promène un regard curieux et défiant sur mes

erisiaqués. A la rondeur et au sans façon de ses manières,

à sa tenue très-propre , mais en veste courte , je reconnus de

suite qu’il appartenait à celle classe de propriétaires aisés de

village , qu’on appelle des ménagers . Je m’avance vers lui :

D. Qu’y a-t-il pour votre service, Monsieur?'

R. On m’a dit que c’était ici qu’on guérissait les accès de

fièvres.

D. 11 est vrai que j’ai eu le bonheur d’en guérir : après^ R. J’ai un fils qui les a depuis quatre ans , et qui ne peut s’en debarrasser malgré tout ce qu’il a fait. Si vous voulez le guérir , je vous payerai bien. ' . '

D. Je dois d’abord vous faire observer que je ne fais pas un métier, et que je ne prends pas d’argent. D’ailleurs, vous

me sont arrivées à l’époqqMÙ

voyez comme je suis occupé ! je ne puis disposer d’un moment, et. c’est à regret que je refuse de me charger de traiter votre ' fils. . „

R . Cependant si vous vouliez le guérir je vous payerais

bien.

D. Mais je vous ai dit que je ne me faisais pas payer ! —

Après un montent d'hésitation et entraîné par le désir d’obli-

ger-2— Dites à votre fils de venir chez moi à celte heure-ci , et je le traiterai en même temps que les malades que vous voyez. .

R. ,Ce n’est pas possible : cela dérangerait trop mon fils de ses affaires. Si .vous voulez venir chez nous , je ne m’y oppose pas , et je vous payerai bien.

D, Encore!... mais je vous répète que je ne prends pas d’argent ! — En souriant — Il me semble que si quelqu’un

doit se déranger , , c’est votre fils et non pas moi : et où

restez-vous? •

R. Près de la mer , ù Sérignan.

D. A deux lieues d’ici?... "et vous voulez?... Mais brave.

homme, vous n’y pensez pas ! ma journée se passerait sur

la grande route. , \

R. Ah ! c’est comme ça : je consens ù ce que vous veniez

> chez nous , je ne m’y oppose pas , et je vous payerai bien*.

Ce diable d’homme tenait absolument à cet éternel refrain ; il voulait me payer à tout perdre.

Je lui réponds que ses offres sont fort séduisantes , que je regrette de ne pouvoir les accepter, je lui fais un salut de , congé, et voilà mon original parti. En sortant de chez moi

il aperçoit le voisin qui lui avait indiqué ma maison ; il Paccosle , et lui dit :

« Je savais bien que ce Monsieur était un charlatan , il ne veut pas qu’on le paye ! c’est égal ; quand vous le verrez , dites-lui que je consens à ce qu’il vienne guérir mon fils chez

moi , et que je le payerai bien. »

Le voisin n’eut rien de plus empressé que de venir me raconter , en riant aux éclats , cette singulière manière d’envisager |a chose.

Je recevais de temps en temps la visite de quelques prêtres. Un bon vieux Curé des environs se retirait de chez moi, ébahi des phénomènes qu’il venait de voir ; un remords de conscience le prend , il revient sur ses. pas , me tire à l’éeart,

et me dit :

« Je vous connais trop , Monsieur , pour douter de votre bonne foi , je ne puis pas non plus supposer que , pour pro duire des effets si extraordinaires, vous mettez quelque chose

à vos doigts , puisque vous avez eu la complaisance de me

permettre de m’en assurer. Mais entre nous , n’auriez-Vous

pas fait un pacte avec le Diable pour produire de semblables merveilles ? »

Py celte question singulière , faite avec un air de candeur et de parfaite bonhomie , je ne pus réprimer un sourire , et je répondis :

« D’abord , Monsieur le Curé , je vous serais infiniment obligé de m’enseigner comment il faudrait s’y prendre pour pactiser avec le Diable ; en outre, vous voyez que le Magué-

tisme sert à faire de bonnes œuvres , et je doute fort qu’une

association qui aurait le bien pour but et pour résultat fût du goût de Satan. »

O , me dit-il , il est si fin ! c’est pour vous séduire et mieux

vous enlacer , qu’il vous aide à faire le bien , mais vous verrez plus tard I »

« En ce cas , répliquai-je , si cette alliance était réellement possible , ce serait lui qui serait attrapé , car je profiterais en attendant du bien qu’il m’aiderait à faire , sauf à me séparer de lui quand il voudrait me pousser au mal. Mais rassurez-vous , Monsieur le Curé ; comme je vous l’ai dit , le

Magnétisme est une faculté curative et bienfaisante qui est en

nous et que Dieu , dans sa bonté , a mise dans notre organisme. ^

Le bon vieillard se retira un peu plus tranquille mais non sans me répéter en hochant la tète :

« Méfiez-vous du Diable , Monsieur , méfiez-vous-en ! il est si fin !... » , .. . .... . ; ; . r

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