LE MAGNÉTISEUR MAGNÉTISÉ
A la suite de quelques conversations sur le Magnétisme , le docteur C... me pria de le magnétiser; mais , comme la plupart de scs confrères , malgré les effets qu’il éprouva , et qui annonçaient une constitution maladive , il s’obstina ù ne considérer dans le Magnétisme qu’un phénomène physiologique et non un moyen curatif, et refusa , après trois ou quatre séances , de suivre un traitement. Environ deux mois plu%(^pnous nous rencontrâmes chez le marquis de B... ; h remit sur le tapis la question curative du Magnétisme, et ,
pour me prouver qu’il n’était point nécessaire d’étre malade
pour ressentir des effets , il me proposa de me magnétiser et
de m’endormir , à la condition cependant que je n’userais pas
de la supériorité de mes forces pour réagir sur lui. J’acceptai sa proposition.
Je prends un fauteuil , je m’accoude nonchalamment , je fixe un angle de l’appartement , et je me mets à réver aux .corneilles , afin de rester tout à fait étranger à ce qui allait se passer. Le docteur s’installe dans un autre fauteuil en face de moi , et commence à me magnétiser. Mon esprit voyageait depuis quatre ou cinq minutes, et s’il était vaguement ramené dans le salon du marquis de B... , c’était par l’ombre du bras du docteur -, tout à coup celte ombre dispa-
rail , je louruo les yeux, et j’aperçois , renversé sur le dos de
son fauteuil , le pauvre docteur, haletant , couvert de sueur et endormi.
Il s’était magnétisé par moi sans la participation de ma volonté.
Il fallut changer de rôle , et de magnétisé devenir magnétiseur. Je le calme ; après quelques instants de repos , je le réveille. Quand il fut complètement revenu à lui , je lui dis : ✓
« Eh bien , docteur, que pensez-vous de ceci? j’espère que l’expérience est concluante : vous l’avez faite sur vous-même, et vous ne pouvez nier la bonne foi que j’y ai mis. Je vous donnerais bien un conseil ; ce serait de voys faire magnétiser, car vous en avez besoin , mais vous ne le suivriez pas ; je vois à votre air que vous pensez qu’il vaut mieux , pour l’honneur du corps , mourir dans le giron de l’Eglise que de
se sauver en dehors. » •
Le docteur C... sourit de manière à confirmer mon inter-
prétation.