‹ Traité de magnétismeChapitre 57 sur 69 · TYMPAN1TE. — VERTU DES OBJETS MAGNÉTISÉS · texte numérisé non relu

TYMPAN1TE. — VERTU DES OBJETS MAGNÉTISÉS

Le docteur Lopatenski était phthisique ; présenté à Madame de M... , son titre de polonais et ses souffrances l’intéressèrent vivement. Toujours prompte à tendre une main secourable au malheur, douée à l’excès de cette sensibilité et de celle imagination ardentes , qui sont l’apanage et souvent le malheur de son sexe , elle lui prodigua les soins les plus délicats et les plus dévoués. Arrivé à la dernière période de sa cruelle maladie , le docteur fit comme tous ceux qui en sont atteints : il voulut se déplacer et aller à Montpellier , où se trouvaient plusieurs de ses compatriotes. Sourd à tous les conseils de l’amitié , il persista dans sou projet de départ ; il lui semblait qu’en s’éloignant il laisserait le mal derrière lui.

Ce départ , la crainte que le docteur ne succombât aux fatigues de la route , tant sa faiblesse était extrême , affligèrent profondément madame de M... Ne recevant point de nouvelles le troisième jour, sa tète s’exalte , elle croit qu’il a succombé, et se livre à une douleur immodérée. C’est en vain que ses amis cherchent à la calmer ; la voix de la raison est sans empire. Je me décide à employer le Magnétisme, pour apporter du calme dans son âme. Elle était d’un tempérament très-

herveux ; je levais magnétisée quelques fois et je n’avais pii obtenir qu’une somnolence profonde. Je suis surpris , aux premières Passes , de la voir plongée en somnambulisme. Elle parle , sans que je l’interroge , et j’écoute.

• ' Madame la baronne de M... est à Montpellier, dans

l’hospice St-Eloi; elle montre le grand escalier, qu’elle décrit, elle parcourt les corridors , elle cherche à travers de grandes salles et de nombreuses chambres le malade qui J’intéresse ; enfin elle le découvre et pénètre dans son appariement : elle se place derrière les rideaux du lit du docteur , et nous raconte la scène qui se passe dans ce moment même , comme si elle était sur les lieux.

Ils sont trois polonais , il y i trois lits , dont élle indique la position ; le docteur est dans son lit, assis sur son séant; il écrit , et répond en souriant à ce que lui dit un de ses compatriotes ; le troisième polonais est devant la croisée , il tourne le dos auk deux autres , et s’amuse à jouer du violon ; il a la barbe et les cheveux roux. — Après quelques minutes de silence, elle me dit : « Je suis fatiguée , la sueur ruissèle sur mon corps , ramenez-moi chez moi , et réveillez-moi quand j’y serai rendue.

Quelques jours après le docteur mourut ; un des acteurs

de cette scène vint porter ses derniers adieux à la baronne , et confirma l’exactitude de tout ce qu’elle avait dit dans son sommeil. •

Huit jours plus tard elle eut une tympanite, et je la magnétisai de nouveaut La somnolence revint comme à l’ordinaire/

mais le somnambulisme ne reparut pas ; elle éprouva seules ment un effet fort remarquable.

Dès qu’elle Xut en somnolence , comme le ventre élait fort balonnc et douloureux , je lui fis , à distance , des Passes circulaires. Après quelques minutes je ressentis un vent • glacial à l’extrémité de mes doigts , et elle me dit :

a Vous produisez un singulier effet î vous avez établi un courant d’air , qui part de l’intérieur de mon corps et va au dehors à travers mes pores. Mon ventre diminue à vue d’œil...

le voilà dans son état normal : réveillez-moi à présent. »

11 y avait deux mois que la baronne était partie pour le

Béarn : elle m’écrivit que depuis quelques jours elle souffrait beaucoup de coliques d’estomac. Je magnétisai ma réponse , et je lui recommandai de la placer sur l’épigastre.

Voici la lettre que je reçus quatre jours après.

« J’étais occupée à vous écrire, ‘tout à coup une violente colique d’estomac m’a forcée de suspendre ma lettre ; au même instant on m’a apporté votre réponse à ma dernière. Je me suis empressée d’en faire l’usage que vous me prescriviez : l’effet a été prompt et merveilleux ; soudain j’ai éprouvé une forte moiteur qui s’est changée subitement en une sueur abondante ; mes nerfs se sont calmés , la douleur a disparu, et j’allais continuer à vous écrire, quand on m’a annoncé la visite de trois dames. Me pardonnerez-vous mon indiscrétion , et la peine qu’elle va vous occasionner ?

» J’ai raconté à ces dames ce qui venait de m’arriver : vous savez que nous avons toujours quelques petits maux en

poche , c’est le triste privilège de notre sexe ; à l’instant il y a eu de leur part un concert de plaintes , et toutes ont demandé à faire l’essai de votre bienfaisant Magnétisme. Je vous envoie trois morceaux de flanelle , avec le nom de la dame à qui chaque morceau appartient , et le genre de maladie dont elle est affectée : ayez la bonté de maguéliser ces flanelles en conséquence.

» J’espère que vous ne gémirez plus sur l’aveuglement des incrédules , et que je trouverai grâce, pour mon indiscrétion , en faveur de ma propagande. »

Je m’empressai de me rendre aux désirs de ces dames , et je renvoyai les trois morceaux de* flanelle fortement magné-

tisés^MiMh rtfK'.fiftj . iteVfKl î « r ; t

Quinze jours après je recevais une lettre de remerciments et de félicitations : les trois morceaux de flanelle avaient fait

des merveilles , et les trois dames étaient guéries de leurs petites indispositions.

Page 1