‹ Traité de matériaux manuscrits de divers genres d'histoireChapitre 3 sur 29 · ET MANIÈRE DE S’EN SERVIR · texte numérisé non relu

ET MANIÈRE DE S’EN SERVIR

Nécessité de ce traité.

Tous les pays de l’Europe ont un égal besoin de ce traite. Partout l’ignorance de'truit egalement les monuments écrits 5 je ne sache rien de plus vrai.

Quant à la France, les preuves s’y multiplient en ce moment plus que jamais. Hier un traite de la conservation des manuscrits n’ëtait pas aussi ne'cessaire qu’aujourd’hui.

Je connais un savant académicien qui refuse de croire que le célébré manuscrit du Polyptique de Reims, dont on ne peut, depuis nombre d’anne'es, expliquer la disparition, puisse avoir e'të détruit. Pour moi, je pense que probablement il l’a e'të. Et pourquoi ne l’aurait-il pas ëtë comme le beau cartulaire de Beauvais, dont j’ai, sur ma table, plusieurs feuillets que j’ai trouvës dans un tas d’autres feuillets tout nouvellement achetës, et qui avaient appartenu à plus de quarante manuscrits diffërents, bien qu’au poids marchand du parchemin, ils ne m’eussent coûte que soixante francs. Oui, je le dis, je n’en doute pas ; un traite de conservation de matëriaux manuscrits eût sauvë, âvec cet inestimable cartulaire, d’excellents comptes de ville , des comptes de revenus de

viij CONSIDÉRATIONS

duchés, de grandes terres, des statuts de corporations, d’antiques plans d’ëglises, d’ëdifices, et d’autres manuscrits dont ces feuillets étaient les de'plorables e'chantillons ; il eût encore sauve' des registres de l’administration de l’arme'e d’Italie , an III et an IV ; des registres-minutes de correspondance avec les pays étrangers, des journaux d’entrée, de sortie, des manuscrits d’économie politique , des manuscrits de toute espèce que couvraient les cartons qu’on m’a depuis peu vendus pour en faire des portefeuilles. Il n’eût pas sauvé, car j’ai sauvé, et je rapporte cesoir d’une tournée le long des quais, le registre original des délibérations de la commune de Saint-Germain-Lambron , petite ville d’Auvergne. On n’en a pas tout-à-fait demandé le prix du vieux papier, car le commencement est endommagé par la moisissure. Je ne le donnerais pas pour cent francs ; il vaut davantage; il est du temps de la Ligue; il offre toutes les formes des assemblées communales, municipales, et il se trouve aussi lié aux formes des assemblées provinciales. Faudrait-il mille autres preuves du besoin croissant d’un traité de conservation des matériaux manuscrits, je les aurais.

Forme de ce traité.

Mais quelle forme lui donner ? celle d’une petite diplomatique ? Examinons bien. Voilà d’abord les longues lithographies des abécédaires, de l’écriture mérovingienne, carlovingienne, lombarde, byzantine, des abécédaires des différents âges \ voüà des

SUR CE TRAITÉ. ix

fac simile^ des abréviations^ des ligatures et de leurs variations. O que d’abëcedaires , que d’ëtranges caractères, d’e'tranges signes ! Personne, excepte le savant qui n’en a pas besoin , n’ose s’attaquer à mon traite; on l’ouvre, on le ferme, on le pose et les manuscrits continuent à périr. On me dira : Il semble cependant que pour trouver, pour sauver des manuscrits, du moins de vieux manuscrits, il faut savoir lire les vieilles écritures, et plus elles sont vieilles, plus elles*sont difficiles. Réponse. Non certes : celles du xiii^ siècle sont plus faciles que celles du XIV® ; celles du xiv® sont plus faciles que celles du xv® ; celles du xv® que celles du xvi®, qui sont les plus difficiles ; d’ailleurs tout le monde, sans exception, en essayant de lire, en lisant, apprendra à lire; d’ailleurs * encore, tout le monde sera à portée d’un notaire, d’un greffier, d’un instituteur ou d’autres personnes qui par état connaissent les éléments de la paléographie. Mais quelle autre meilleure forme y a-t-il donc à donner à ce traité? Il y a, suivnat moi, celle d’une série de manuscrits de tous les genres, dont les comparaisons soient faciles avec d’autres manuscrits analogues, dont les valeurs pécuniaires, consciencieusement fixées et destinées à devenir normales pour le commerce bibliographique, soient pour ainsi dire brillantes , sonnantes^ toutes comptées le long des marges , à côté de leur analyse, de leur appréciation littéraire, et souvent de l’histoire de leur découverte, ou des observations, des renseignements^, des conseils de l’auteur. Alors chacun regardera atten-

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