‹ Traité de mécanique rationelle: comprenant la statique comme cas particulierChapitre 10 sur 81 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Vue des choses qoi m'oDt te plus frappé dans Tétude de la Mécanique, c'est le manque de liaison entre ses diverses parties. Les théories y paraissent conçues isolément, sans préoccupation de leur solidarité; elles se succèdent, mais elles ne s'encbatnent pas.

Si bien qu'arrivé au terme de l'exposition, on n'embrasse pas rhorizon philosophique de la science : on ne voit pas au juste en quoi elle consiste, où elle commence et où elle finit.

Une autre chose qui m'a frappé aussi, c'est qu'on n'y distingue jamais nettement la partie rationnelle d'avec la partie expérimentale, le nécessaire d'avec le contingent. On s'appuie tantôt sur l'observation, tantôt sur l'Analyse ou la Géométrie, mais on nindique pas d'une manière générale ce qui revient légitimement à chacune d'elles. Cependant l'esprit est intéressé à le coq-

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XMII PREFACE.

naître, puisque c'est de ce partage que chaque scieuce reçoit sou caractère véritable.

J'avoue sans difficulté que j'ai ignoré longtemps si ta Mécanique appartenait aux mathématiques pures ou à la physique. Je ne savais pas davantage le motif de sa division en Mécanique rationuelle et en Mécanique appliquée; et tout ce que je comprenais, c'est qu'il y avait dans la seconde plus d'hypothèses et d'obscurités que dans la première, réprouvais les mêmes hésitations dans les détails, et je n'étais pas suffisamment pénétré de l'esprit des méthodes qui conduisaient à la solution des divers problèmes. Il n'est pas jusqu'au cas si simple et si fréquent des machines, pour lequel je ne me rendais pas compte de t'ex-clusif emploi de l'équation des forces vives : méconnaissant ainsi le caractère générique de ces appareils, de constituer des systèmes à liaisons complètes, où, par conséquent, une seule équation doit sunirc à déterminer toutes les circonstances du mouvement.

Je serais biea trompé si beaucoup de personnes u'oDt pas fait souvent les mêmes réQexions, et si elles n'ont pas puisé dans cette sorte de mécontentement philosophique une antipathie qui les a empêchées de revenir sur celte partie des études de leur jeunesse. Car, il faut bien l'avouer, si la Mécanique est une des sciences dont les applications sont le plus répandues, c'est en même temps une de celles dont l'ensemble dogmatique est le moins connu et recherché. Sauf les astronomes de profession et quelques mathématiciens, il y a

fort peu de ^wnenoes qui s'en occupent théoriquement.

C'est aux défauts que je signalais plus haut que doit être surtout attribué le délaissement dontelle est l'objet.

Les ouvrages spéciaux publiés sur la matière ne sont pas toujours faits pour ramener les sympathies. Leurs auteurs y oublient trop souvent que les esprits auxquels ils s'adressent n*onl pas comme exa. cette pleine possession de la science, qui dispense d'en expliquer l'enchainemeot et d'en dessiner les contours.

Le seul livre peut-être qui échappe à ces reproches est le Traité de Mécanique ratimtielie de M. Delaunay, publié récemment. C'est inconleslahlement, à notre avis, le meilleur travail qui ait paru en oe genre : travail bien propre è décourager une tentative nolivelle, et qui nous eût arrêté, en effet, si nous n'avions eu la pensée de présenter h un autre point de vue certaines parties de notre sujet. Telles sont les définitions et les lois fondamentales, les propositions préliminaires, la loi spéciale des fluides, et, d'une manière générale, la dépendance à établir entre la Dynamique et la Statique.

On s'étonnera sans doute que nous n'exceptions pas de cette critique la Mécanique analytique de l'immortel Lagrange. Loin de nous la pensée de porter un jugement irrévérencieux sur celte œuvre de génie, qui est peul-èlre dans les annales humaines la plus haute expression de l'esprit scientifique. Mais Lagrange était un trop grand mathémaMcien pour faire un livre d'enseignement. Cet homme étonnant, qui créait le Calcul des variations pour résoudre un problème, ne pouvait

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