PRÉFACE
Une des choses qui m*ont le plus frappé dans Tétude de la Mécanique, c'est le manque de liaison entre ses diverses parties. Les théories y paraissent conçues isolément, sans préoccupation de leur solidarité; elles se succèdent, mais elles ne s'enchaînent pas.
Si bien qu'arrivé au terme de l'exposition, on n'embrasse pas l'horizon philosophique de la science : on ne voit pas au juste en quoi elle consiste, où elle commence et où elle finit.
Une autre chose qui m'a frappé aussi, c'est qu'on n'y distingue jamais nettement la partie rationnelle d'avec la partie expérimentale, le nécessaire d'avec le contingent. On s'appuie tantôt sur l'observation, tantôt sur l'Analyse ou la Géométrie, mais on n'indique pas d'une manière générale ce qui revient légitimement à chacune d'elles. Cependant l'esprit est intéressé à le con-
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natlre, puisque c'est de ce partage que chaque science reçoit son caractère véritable.
J'avoue sans difficulté que j'ai ignoré longtemps si la Mécanique appartenait aux mathématiques pures ou à la physique. Je ne savais pas davantage le motif de sa division en Mécanique rationnelle et en Mécanique appliquée; et tout ce que je comprenais, c'est qu'il y avait dans la seconde plus d'hypothèses et d'obscurités que dans la première, réprouvais les mêmes hésitations dans les détails, et je n'étais pas suffisamment pénétré de l'esprit des méthodes qui conduisaient à la solution des divers problèmes. Il n'est pas jusqu'au cas si simple et si fréquent des machines, pour lequel je ne me rendais pas compte de l'exclusif emploi de l'équation des forces vives : méconnaissant ainsi le caractère générique de ces appareils, de constituer des systèmes à liaisons complètes, où, par conséquent, une seule équation doit suffire à déterminer toutes les circonstances du mouvement.
Je serais bien trompé si beaucoup de personnes n'ont pas fait souvent les mêmes réflexions, et si elles n'ont pas puisé dans cette sorte de mécontentement philosophique une antipathie qui les a empêchées de revenir sur cette partie des études de leur jeunesse. Car, il faut bien l'avouer, si la Mécanique est une des sciences dont les applications sont le plus répandues, c'est en même temps une de celles dont l'ensemble dogmatique est le moins connu et recherché. Sauf les astronomes de profession et quelques mathématiciens, il y a